Jeudi 23 février 2012 4 23 /02 /Fév /2012 19:29

 

Ci-gît en eau profonde le vieux BEPC, examen qui sanctionnait le premier cycle. Un vrai examen qui vous mettait la gorge sèche et le cœur en batterie de tambour.

Le brevet des collèges lui a succédé. Son niveau a suivi la dévaluation du franc. Moins haut, moins beau, moins fort et un tantinet inutile.

Le brevet NATIONAL des collèges est le petit dernier de la famille, le siphon des bas-fonds, la lie de l’hallali, l’olé du laid, le pipo de l’appeau, le clown des clones, le seul diplôme pour lequel le travail est un obstacle à la réussite.

Cependant, le succès à un examen, fût-il « le brevet », reste, dans le manque d’imagination collective, une étape importante de la future vie de chômeur. Il faut l’avoir la fameuse feuille de chou !

 

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Comme par hasard, et la hasard n’en est pas vraiment un lorsque Piga est aux commandes, farfouillant dans des archives secrètes, bien planquée dans le fond d’un casier abandonné de la salle des profs, froissée sous une chemise décolorée, un agent d’entretien découvre une lettre soigneusement cachée à des générations d’élèves. Celle qui contient le secret ancestral de l’équation magique donnant accès à la réussite aux examens.

 

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« La clé de la réussite aux examens ».


Cette lettre, jaunie par le temps, éclairée par l’inspiration, émane d’un obscur RENE et s’adresse à un mystérieux JEAN.

 

« La clé de la réussite à un examen est conditionnée aux conseils ci-dessous et à l’application de la formule scientifique découverte depuis peu mais jamais démentie.

En premier lieu, je ne saurais trop vous conseiller de prendre huit bons jours de repos avant l’examen afin d’aborder celui-ci complètement décontracté et en pleine possession de vos exceptionnels moyens.

Je viens de mettre à jour, comme chaque année à pareille époque, mon équation sur les probabilités de sortie des sujets, et plus je la regarde plus ma conviction se raffermit, elle est absolument inattaquable.

Si,

N= nombre de sujets du cours,

n= nombre de sujets données à l’examen,

X= nombre de sujets étudiés

Et si N est supérieur à n et X inférieur ou égal à N, on pose :

1/N x n x X = C

C est la constante de la chance. Pour que la chance reste entière il faut évidemment qu’elle soit égale à 1.

En supposant N=100 et que n=1 il faudrait étudier 100 sujets pour que C=1, c'est-à-dire :

1/100 x 1 x 100 = C

Ou, en simplifiant, 1 x 1 = 1

Donc, si nous avons deux sujets à l’examen, nous écrirons, toujours en supposant que N= 100 :

1/100 x 2 x X= 1

D’où, X = 100/2 = 50


Il suffit donc de connaître la moitié des sujets pour que les chances de réussite soient entières.

J’espère que vous ferez profit de mes calculs. Il ne me reste plus à souhaiter qu’un bon vent de poupe à l’esquif de votre intellect vogue sur la mer des concepts mathématiques ».

 

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L’impasse, cette égérie des cancres, fustigée comme la faiblesse des fumistes est, en fait, une géniale démarche scientifique. Du coup il convient de regarder d’un autre œil les élèves de troisième. Tous ceux qui feuillettent les cours avec le détachement des félins terminant une sieste salutaire ont, par intuition, résolu une équation dont les grands noms de la physique quantique cherchent encore la solution.

L’impasse n’est pas une voie sans issue.


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Samedi 18 février 2012 6 18 /02 /Fév /2012 10:35

 

 

 

Au départ du commencement du début, juste après un petit air de big bang jazz, Dieu, dans sa grande sagesse, juste après avoir donné sa dent à Ève, a désigné l’homo enseignis en tant que détenteur du gène de la transmission du savoir.

 

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Proposant son humilité face à un destin grandiose, cet ancêtre primate, marqué du chromosome de l’évolution se déplaçait à quatre pattes, le nez dans la bouse de mammouth, en quête de pommes à croquer ou de serpents à sonner.

Ses femelles traquaient le pou récalcitrant sur sa toison en friche de mâle superbe et généreux qui pérennisait l’espèce semant, du geste auguste de sa bite turgescente, les spermatozoïdes vigoureux.

L’homo enseignis écoulait sa dure vie primitive, affalé sous un arbre vertement feuillu, sommeillant sur l’avenir incertain tout en ingurgitant les baies juteuses tombées directement dans sa gueule béante. pr2.jpg

Cette vie paisible où l’humanité était la nature tant son osmose avec l’environnement terrestre l’assimilait aux éléments de ce monde encore neuf, cette vie paisible, donc, allait prendre fin le jour où le pouce, organe à l’esprit pourtant conciliant, s’opposa furieusement aux quatre doigts de la main, favorisant préhension et manipulation. Notre homo, légitimement soucieux de s’élever dans la hiérarchie animale, se dressa sur ses jambes arquées, tendit le poing vers les cieux nuageux et revendiqua la dictature du prolétariat simiesque sur l’oligarchie carnivore du tigre aux dents de sabre, du lion aux mâchoires d’acier ou de l’ours mal léché.

 

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Toujours le poing levé, manifestant son désir d’apprendre sans comprendre, il chercha de ses doigts gourds le moyen de transmettre ses connaissances naissantes.

Un jour où son lumbago chronique, séquelle de couchage végétal écologique mais néanmoins traumatisant, soigné aux plantes médicinales choisies avec approximation par sa compagne du moment, le laissa en paix, il lui suffit de ramasser un morceau de calcaire et de barbouiller les murs noircis de fumée des cavernes obscures pour inculquer aux hordes soumises les éléments primaires de l’ère quaternaire et en particulier l’Oligocène, période bien connue de relaxation géologique.

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Au fil des siècles il a, lui aussi, subi les outrage du temps et blanchi sous le harnais. Qu'importe, cro-magnon et néandertal réunis, marchant sur des braises chaudes, hurlèrent de bonheur sous la douleur du carbone quatorze. Non seulement cet élément primaire allait permettre de dater la découverte du tableau noir devenu blanc, mais encore, il allait permettre d'écrire lisiblement sur le support préhistorique.


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Samedi 4 février 2012 6 04 /02 /Fév /2012 10:19

Un établissement scolaire doit montrer l'exemple d'une communauté bien gérée. Pour cela, il est fait appel à une personne de grande valeur morale, de grande conscience intellectuelle, une personne aux qualités d'analyse et de synthèse évidentes, un bourreau de travail, une personne qui a tellement de cordes à son arc que son instrument ressemble à une lyre dont il joue avec justesse.

 

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LE GESTIONNAIRE.


Les lécheurs de bottes optimistes, l’appellent monsieur l’Intendant, les déçus de la comptabilité publique, l’économe. C’est un homme clé. Tel saint Pierre, coiffé de l’auréole de la noblesse d’argent, il ouvre toutes les portes, même celle de son coffre, mais pas forcément celles de son esprit (le saint Esprit bien entendu). Des fois, il est soumis à la question, mais elle est subordonnée à SA question :
Qui paie ?

 

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La réponse est incontournable. Pas moi !
C’est un garçon qui a bon fonds monétaire, il ne dit jamais non. Qui paie? Pas moi ! Cela suffit à son bonheur. Le moi n’est pas un moi personnel qui sonne comme une injure collective, c’est un moi collégial auquel il s’identifie pleinement.
En plus, il s’occupe du blanchiment de l’agent sale. Il foudroie les femmes de ménage de son oeil exercé, montre du doigt les poussières indélicates, encourage de son pif pointu, claque des mâchoires pour marquer son mécontentement, ne remercie jamais. Surtout, ne pas paraître faible.
La communauté éducative dépense, lui, gère.
Cette différence augmente son sentiment de supériorité sur le bas peuple dispendieux (nous n’avons pas les mêmes valeurs).
Si un prof téméraire profite d’un moment d’égarement pour s’introduire obséquieusement dans le bureau du gestionnaire afin de réclamer poliment un tube de colle, il doit écouter en silence et dans le recueillement, un cours d’économie forcenée, alimenté par le syndrome du comptable déprimé en fin d’année budgétaire.
Il part avec la colle, car l’homme clé n’est pas un monstre, mais pas question de revenir trop souvent.

 

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Les tribulations de DSK, le grand gagnant du festival de Kahn, ont porté un préjudice incalculable sur la crédibilité de la comptabilité publique en général et sur les rapports hommes femmes dans l’en ceinte des cercles économiques en particulier. Les donzelles à poils ras ne regardent plus le gestionnaire avec les mêmes yeux. Les belles le fuit carrément, les moches et mâle baisées s’accolent dangereusement.
A chacune de ses sorties, sa tendre épouse essuie les regards condescendants des femelles compatissantes.
Qu’elle est courageuse !
Anne, c’est le nom de l’épouse, scrute l’horizon à la recherche de la maîtresse potentielle venue de l’école primaire voisine.
Anne ma sœur Anne, ne vois tu rien venir ?

 

 

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Chaque année le gestionnaire prépare le budget. Malgré la légèreté des sommes, les chiffres sont lourds à digérer. La présentation se fait au CA. Ne pas prononcer KA mais CEA.
Le Conseil d’Administration est un rassemblement d’huiles locales. Ne cherchez pas l’huile vierge, première pression à froid, les pots sont vides. Par contre, l’huile de vidange, noircie sous la bielle assure la transmission dans les rouages de l’institution. L’huile de ricin, garantit le transit de l’information.
Il y a là des gens extérieurs au cénacle, le chef d’établissement et ses collaborateurs, des profs, des parents, des élèves et puis le fameux gestionnaire roi de la soirée dont les yeux clignotent tels des guirlandes de Noël à l’énoncé de chaque chapitre budgétaire.
Au A1 6067, tout le monde suit, au C615, les paupières tombent, au R2 6288, les ronflements s’élèvent. Heureusement il y a le ZD, avec un Z comme Zorro, « un cavalier qui surgit hors de la nuit court vers l’apéro au galop. Son nom, il le signe à la pointe de l’épée d’un Z qui veut dire Zé soif. »
Il parait que le budget est l’acte majeur de la vie de l’établissement.
Mais le gestionnaire est-il majeur ?

Des fois le gestionnaire est aussi agent comptable. Son rôle : faire diligence et vigilance, les deux mamelles de la comptabilité publique.

 

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On l’imagine alors, juché sur le siège d’un postillon, tenant les rennes des mules qui le traînent, arpentant au milieu des nuits froides de l’hiver monétaire les allées pavées de mauvais payeurs. Ces derniers, coincés sous les roues cerclées de fer, répondent de la voix fluette de ceux qui vivent sous le seuil de pauvreté « je paierai demain… ».
L'air est froid, la température glacée, le thermomètre congelé, mais le soleil brille dans le cœur de l'agent comptable. Il sera payé demain.
La diligence repart, la vigilance demeure, le fouet claque et les mules brennissent.

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A demain, si vous le voulez bien.


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Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 10:14


Les circulaires B52 ou mirage 2000 avion_crash.jpg volant en rafale imposent de recruter exclusivement des gens sérieux au sourcil circonflexe marque d’une interrogation profonde sur le devenir de l’humanité souffrante et des élèves en difficulté. Le conseiller principal d’éducation résulte du fruit de cette recherche.


Les plus anciens se souviennent du surveillant général.

 

2007DE-GAULLE.jpg Il a été dégradé. Il n’est plus général et il ne surveille plus, il conseille. Il cherche le dialogue. Pour ce faire, le front plissé, il contrôle les absences, sanctionne les retards, vérifie le bon ordre organisé par son supérieur (encore et toujours le principal). Il débusque les fumeurs souvent établis dans des lieux voués à la solitude et au recueillement, à l’abri des regards inquisiteurs.
Il a organisé son Q.G. dans un endroit stratégique d’où il peut surveiller les entrées, les sorties, (côté jardin et surtout côté cour).
C’est un fonctionnaire de terrain qui appréhende de s’isoler dans son bureau. Il aime les grands espaces. De temps en temps il doit pourtant s’accouder à sa table et travailler. Il n’a pas l’habitude. Il noircit les heures de colle en tirant une langue gluante. Il essuie ses babines humides d’un revers de cubitus et continue sa tâche en faisant de gros pâtés.

 

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Lorsque des profs sont empêchés, cloués au lit par une panne d’oreiller ou un virus anti-éducatif, il le marque sur le grand tableau noir des bonnes nouvelles. En général, général de brimade en ce qui le concerne, il se trompe de nom, de jour, de salle et de classe. Il ajoute ainsi au désordre qu’il est chargé de sanctionner.
Le matin, il stationne au portail. De son regard circulaire il balaye les abords pour y débusquer une anomalie. Il ne voit rien de sa longue vue courte. Sa conscience professionnelle est sauve.
Sauve qui peut !
Le CPE, puisque c’est son nom, est assisté d’un surveillant ASSEDU à son travail depuis que le vocable de " pion " a pris une connotation dégradante incompatible avec l’appartenance au monde post-industriel où la revalorisation des tâches passe d’abord par la revalorisation des mots. Mais " ASSEDU " (assistant d’éducation) donne une idée réductrice de la fonction tant elle est basée sur l’écoute et la vigilance de tous les instants.
Aussi, vigile paraît particulièrement approprié.

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Le vigile marche beaucoup. Pour soulager ses jambes traumatisées et ses chevilles enflées, dés que son emploi du temps le lui permet, il repose ses pieds sur la table la plus proche, les tendons d’Achille posés sur un dictionnaire moelleux et instructif, car, comme le disait ce cher Hector, " le tendon, c’est fragile ". Il s’abrite derrière une bande dessinée, met le casque de son baladeur sur les oreilles. Il est paré, prêt à affronter les débordements sonores et ludiques d’une jeune population assoiffée de connaissances.
Les boules puantes volent.
Les papiers aussi.
Certains réactualisent les jeux d’un autre âge (le moyen) en joutes destructrices à la pointe du compas. D’autres découpent les devoirs du matin. Ils lancent leurs médiocres résultats comme des confettis. Une autre manière de s’envoyer en l’air ! D’autres enfin répètent les cours de chant. Ils martèlent les silences à coups de pieds. Ils rotent les soupirs.


Imperturbable, le vigile avance dans sa lecture.
Les élèves ont sorti les portables. Ils actualisent le téléchargement des films pornos et s’émoustillent des photos prises en classe.
A l’heure dite, le vigile renaît au monde des vivants, s’étire, constate sa solitude et entame le tome deux des œuvres complètes de Piga.
De l’extérieur, les élèves surveillent sa progression littéraire.
Au collège de Nichon la Gaillarde, une vache retrouve toujours son veau.

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Les élèves continuent de surveiller les surveillants. 


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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 09:42

 

 

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A Nichon la Gaillarde, le chef d’établissement principal et non pas accessoire est un chef de tribu qui règne sans partage sur son secrétariat, seul havre de sécurité où il s’épanche sur sa dure condition de fonctionnaire d’autorité malmené par un ministre incompétent et des profs allergiques au son de sa voix.

La voix de son maître s’est tue, remplacée par la voie sans issue.

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Il répond aux diverses enquêtes administratives, jette les dés en cas de choix multiple, mesure les dossiers à la règle en cas de choix unique.

Le chef d’établissement est la farce du dindon de la lutte des classes seul combat encore mené dans l’Education Nationale par ceux qui la font (la classe), ceux qui la remplissent (les élèves), ceux qui la meublent (les profs).

Le sandwich n’est pas meilleur.

En haut, la tranche de pain rectorale, en bas, la tranche de pain professorale, au milieu, le jambon fumé principal et tout autour, les dents des parents d’élèves. Question beurre, pour mettre de l’huile dans les rouages, c’est plutôt période de vache maigre.

Le Principal est un grand négociateur.

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Il maintient l’ordre laïque et républicain, la paix sociale, la violence contenue, la bonne humeur et le dynamisme pédagogique. Il use de son charisme naturel, de la force législative, du pouvoir de sa conviction, de la division syndicale, du conseil de discipline (pour les élèves seulement, faut pas rêver !), de la réglementation en vigueur, de la sagacité de sa fidèle secrétaire.

Le Principal est un grand aventurier.

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Il s’est déguisé en Tintin version Spielberg pour affronter les parcours diversifiés, il se métamorphose en Lévi Strauss pour arpenter les chemins de la découverte, il se transforme en parpaing pour construire le socle commun. En fait, plus qu’un aventurier, c’est un caméléon. Il doit se fondre dans le décor coloré de l’Etat. L’Etat est son état.

Le principal n’a qu’un mot à la bouche, CO-MU-NI-QUER. Il ne mâche pas sa langue sept fois avant de l’avaler ou de l’oublier dans sa poche. En as du parler vrai et de la gesticulation médiatico-burlesque, le principal excelle dans l’art de ne pas dire les choses dans la confidentialité la plus hermétique, donc la plus crédible. La connaissance est un pouvoir. Comment satisfaire le droit à l’information sans perdre l’avantage de ce pouvoir ? Démonstration.

" Figurez-vous, votre collègue, oui, votre collègue, enfin, je ne vous en dirai pas plus, mais vous me comprenez… Vous savez bien de quoi je parle. Vous devriez lui en toucher deux mots. Entre nous, c’est pour son bien. "

Ou encore…

" Dites-moi, chers collègues, vous ne savez pas ce que je viens d’apprendre. C’est au sujet de… je ne vous en dit pas plus. Mais, c’est inimaginable. Enfin, vous me comprenez. N’en parlez pas trop autour de vous. Cela pourrait être mal compris. Les gens interprètent. Je n’ai pas besoin de vous en dire plus. D’accord ? On est sur la même longueur d’onde. "

Mais aussi…

" Chers collègues, j’ai lu la dernière circulaire. Quel choc ! Enfin, je ne vous en dis pas plus, on en reparlera. Vous me comprenez, ça va faire des vagues. "

Les, " vous me comprenez ", " je ne vous en dirai pas plus ", sont des incantations divinatoires, écoutées, décodées, décortiquées, analysées.

A côté de la parole, la chanson de geste dont l’index est l’arme absolue de la communication. Pointé sur untel, prof à la tronche de disque dur, il le désigne comme l’Interlocuteur. Si le doigt est pris d’un mouvement circulaire, il délimite un espace infranchissable. Le violer, c’est violer l’autorité. Alors, l’index se fait plus ferme, plus agressif, plus majeur. Il repousse l’impudent en dehors du cercle. S’il n’obtempère pas, la sanction est impitoyable. L’index pénètre les trous de nez, défonce la fausse nasale, ramone les sinus. On ne s’attaque pas impunément au représentant de l’Etat sinon…mise à l’index !

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