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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 15:53

2014 sera une année diététique !

Moins de café dans le sucre, moins d’eau gazeuse dans le whisky, moins de beurre dans les épinards, moins de mousse dans la bière.

2014 sera aussi et surtout une année sportive !

L'exemple lui a été donné par l’ami Marcel, le voisin de palier. A force de manger des légumes verts et de boire du bouillon de poireau, il avait été terrassé par l’infarctus qui guettait. Il faut dire que l’infarctus traque les Marcel depuis une éternité et que donc l’hérédité y est pour beaucoup. Pour remonter la pente, investir dans l’avenir et parier sur le futur, Marcel avait acheté un magnifique vélo d’appartement et l’avait installé dans son bureau perso.

Pour son anniversaire il s’était offert une télé, pour sa fête un lecteur MP3 et pour le troisième échec de son fils au bac, une caisse de bière. Il avait trouvé, derrière son instrument de torture la vis que si on la dessert on a l’impression de descendre le mont Ventoux plutôt que de le monter. Donc il pédalait tranquillement en matant des films à la télé, en écoutant ACDC et en étanchant sa soif de sportif. Dans le sandwich il avait remplacé le jambon blanc, viande impure et grasse, par du poulet mayonnaise bio élevé au maïs transgénique arrosé à la pisse de chat enrichie d’oligo éléments.

Le bipède humanoïde du début de l'histoire se dirige vers le gymnase du quartier et son filet à provision n’est qu’une vulgaire raquette de tennis au cordage distendu. Il a promis à sa femme, ses enfants et son médecin de se vautrer dans le sport et l’exercice physique, de s’attaquer à sa sangle abdominale, de gonfler les muscles des bajoues, d’enfler ses poumons de l’air pur des cimes qui vient du large, d’enrayer sa chute de cheveux… de redevenir l’homme qu’il n’avait jamais été.

Comme tous les enfants de bonne famille dont la mère culpabilise si les mercredis après midi de sa progéniture ne sont pas remplis d’activités valorisantes, il avait subi les cours de piano de 14h à 15h et les courts de tennis à partir de 16h. Je passe sur le catéchisme et les leçons d’anglais. Je passe sur la danse africaine, le dentiste redresseur de chicots, la chasse aux papillons et la peinture sur soi.

Ses enfants, dont l’innocence était restée au vestiaire, glissèrent un mot sournois à leur mère sur les qualités tennistiques anciennes du père. Imprudemment l’homme avait du se vanter ! Le tennis, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. Une fois monté sur sa raquette on retrouve le chemin du filet.

A force de marcher, le bipède atteint le gymnase. Une sorte de hangar, glacé comme une bûche en hiver et chaud comme une saucisse en été. Un lieu à éviter pour toute personne saine d’esprit, mais il avait promis…

Il pousse la porte.

Un silence assourdissant s’est emparé du lieu. Pas un chat.

Visiblement le gymnase était abandonné depuis longtemps et les jeunes du quartier l’avaient embelli de tags grossiers, de bouteilles vides et d’immondices divers en Décembre et avariés en Juillet.

A côté, à droite, juste derrière la porte, Nenette.

Nénette est la femme de Marcel, le voisin de palier. Une dame entre deux âges attendant avec anxiété le troisième. Une femelle humanoïde à la croupe rebondie, au poitrail avantageux, ferrée de frais dans ses nouveaux petits souliers, le naseau frémissant et le rire chevalin.

- C'est toi?

- C'est moi!

- Tu as reçu mon message?

- Celui où tu veux jouer à "baise mi et baise moi sont sur un bateau"?

- Et c'est toujours baise mi qui tombe à l'eau!

Les deux voisins ont alors entamé un match de pénis en cinq sets sans tie-break , poursuivi par des tirs au but dans une rencontre de foutre- ball.

Observez avec attention ce bipède humanoïde qui s’en retourne d’un pas alerte vers le domicile familiale. Un petit sourire titille le coin de ses lèvres. Il va s’arrêter au troquet du coin, s’installer en terrasse, allumer une cigarette, commander une bouteille de rouge et une grosse part de frites, bien grasses.

La frite, celle qu’il adorait à la cantine scolaire, celle qui s’enfournait sans retenue dans la bouche grande ouverte d’adolescent dont le seul objectif quotidien était le remplissage de l’estomac vide. Alors, Il mâchait à peine la patate chaude pour déglutir rapidement la purée bienfaisante et tel Stakhanov dans sa mine de charbon, il rechargeait son four béant, et, les yeux mi clos, il se laissait aller à penser que ce monde était merveilleux.

Puis il recommençait pour assouvir un plaisir qui prenait faim, le plat terminé. Alors il endossait son rôle ancestral de conquérant et partait razzier les assiettes de ses petits camarades à la bouche plus petite ou au débit plus modeste. Il appartenait déjà à une prestigieuse communauté qui snobait le petit mangeur, celui qui prenait sa frite du bout de sa fourchette, qui la scrutait et la mordillait du bout des lèvres comme un bourgeois repu découvrant avec ennui une écaille de truffe coincée sous la coquille d’œuf.

A la réflexion, 2014 sera une année diététiquement calorique, parsemée de sport en chambre et de coupe du monde de football.

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