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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 11:16

 

Ce soir, c'est Noël. Chez mes voisins, c'est l'ambiance « grande fête ». Ils perpétuent la tradition du solstice d'hiver inventée par nos ancêtres cro mignons qui nous ont légué la chanson immortelle « Mon beau sapiens, roi des ... ». Le chromosome du cadeau a réactivé le neurone financier lui-même branché sur le code génétique de la carte bleue.

                                            

Pour ma tendre épouse, le plus beau cadeau que je puisse lui faire est d'être encore vivant. Je lui évite de rejoindre les statistiques exponentielles de la multiplication des veuves sur lesquelles les interrogations pleuvent. La veuve est-elle une espèce nouvelle issue du réchauffement climatique et de la fonte des glaciers, ou bien est-elle le résultat de l'évolution darwinienne de la lignée humanoïde ? En tout cas, elle se reproduit à un âge où sa fertilité devrait laisser à désirer. La veuve sauvage a été avantageusement remplacée par la veuve d'élevage, confinée dans des cages à vieilles poules. Cependant mon immeuble reste bien pourvu de quelques veuves nées sous l'ancien régime, celui où le sel et le gras n'étaient pas bannis, de la veuve joyeuse qui peut enfin s'ébattre avec son amant sans risquer de se faire surprendre par un mari inconvenant, à la veuve un peu rance sentant le renfermé et dont la principale activité est de se plaindre.

La plainte de la veuve au fond des bois.

Elle est lancinante et revient sans cesse aux oreilles de la fille soumise ou du fils ingrat, « je suis seule et abandonnée ». Il existe de nombreuses variantes, « tu ne viens jamais me voir », « ma voisine a de la chance, ses enfants lui rendent visite». La veuve nous enterrera tous, mais elle est très malade. La plainte est maladive, « je suis très mal ».

Maison de retraite ?

A ces seuls mots, la veuve se redresse, accélère le pas, cesse de pleurnicher, va beaucoup mieux. Si la vieille veuve mettait autant d'énergie à aller bien plutôt que d'aller mal, elle se porterait comme un charme.

                                       

 

Ce soir, c'est Noël et je reçois ma fille, mon gendre et mes petits enfants.

Oui, aussi étonnant que ça puisse paraître, Piga est grand père. Qui l'aurait dit au vue de sa silhouette juvénile, de sa chevelure fauve et de sa démarche alerte ? Avec ma femme on l'a prénommée Ursula parce que c'était le jour du « u ». Si elle était née le jour du « q », on aurait tenté Quitterie. Manque de pot ce prénom ne lui a pas convenu, elle l'a laissé tomber pour Mauricette. Son mari, lui, a choisi Maurice. Pour les enfants, ils n'ont encore rien choisi, ils ont subi. Marcel et Marcelle. Au nombre de lettres, la fille a été plus gâtée.

A part ça ils sont très consommables, juste un peu trop festifs à mon goût. Ma fille a voulu un développement intellectuel épanouissant à travers une stimulation de tous les instants. Les pauvres gosses ont eu droit à tous les jouets lumineux possibles et inimaginables. Ils bronzaient, couchés dans leur berceau, sous l'effet de lampes colorées. Après une séance de rouge et bleu, ils se pointaient chez la nourrice en violet. Ils sont entrés en maternelle avec les joues turquoise. Les séances de luminothérapie avaient l’avantage d'être silencieuses.

Malheureusement, Maurice veillait.

Il les a initiés aux percussions classiques dont le célèbre concerto dit « concerto des tonneliers », en baguettes de tambour et peau de chagrin soutenu par le marteau et cerclage en fer. L'éducation s'est terminée avec le chant chorale et le décapant contre ut du Serge Lama à poil dur.

Le but a été atteint. A sept et neuf ans les enfants sont sourds et hurlent pour s'entendre, à moitie aveugles ils shootent dans tous les meubles, les plus fragiles de préférence. Mais enfin, ce sont mes petits fils et filles et je leur dois le respect, car maintenant, pauvre lecteur, l'enfant à tous les droits et aucun devoir comme le disait une institutrice de mes amies.

 

Heureusement, l'esprit de Noël veille.

Il faut dire que moi, qui ne croit pas en grand chose, je mets chaque année mes souliers sous le sapin et chaque année ma savate est pleine à craquer. Je crois au père Noël jusqu'à ce que mort s'en suive ou que ma chaussure soit vide. Mes petits enfants, eux, n'y croient plus. Il y a toujours quelqu'un de bien intentionné pour vendre la mèche. L'avantage de cette situation est de couper court à l'éternel débat : quand est-ce-que l'on ouvre les cadeaux ? Combien de Noëls gâchés par une décision précipitée ou peu appropriée ?

Combien de divorces prononcés parce que des maris pressés s'impatientaient le 24 au soir ? Combien de femmes frustrées ont fait la grève du sexe en attendant le 25 au matin ? Des millions selon les organisateurs, des dizaines selon la police. Trop de toute évidence.

Aujourd'hui plus de discussion, les enfants sont grands, les parents aussi, donc les cadeaux seront offerts le soir du 24 décembre. Autre avantage, les enfants seront occupés à casser leurs jouets et éviteront de dégrader l'appartement sous l’œil béat des parents admiratifs, sous l’œil compréhensif de maman Piga et le sourire crispé et réprobateur de papa Piga. Rien ne se crée, rien ne se perd, sauf la claque éducative.

Comme dit plus haut, le Maurice est joyeux et dynamique surtout un soir de fête. Sa dernière idée originale : se déguiser en Père Noël et descendre par la cheminée. Bravo enchaîne Mauricette, la femme servile, applaudissements des enfants abrutis, bonne idée déclare sobrement mon épouse, quel con pense-je tout bas car on pourrait bien m'entendre. Mais l'esprit de Noël veille et voulant me fondre dans l'enthousiasme général je fais remarquer qu'il y a une cheminée dans le salon, qu'elle n'a pas servi depuis plus d'un siècle, donc le conduit est froid et que l'accès à la toiture est aisé par le grenier. Pour faciliter l’ascension du père Noël, il y a même une échelle.

Le Maurice est joyeux et aussi volontaire. Ce n'est pas la moindre de ses qualités. Il s'habille en conséquence, chaudement de préférence et rouge en évidence. Sous les encouragements de la foule en délire, il gravit peu à peu la face nord en prenant l'ascenseur. On le voit disparaître dans les combles. On le suit par la pensée, on l'imagine ouvrir le vasistas qui donne sur le toit, marcher sur la terrasse, aller à la cheminée, s'introduire dans le conduit et descendre tranquillement en s'appuyant sur les barreaux intérieurs.

Comme un seul homme dans un mouvement harmonieux de grande cohésion familiale, nous nous précipitons à l'âtre. Âtre, mon frère âtre, ne vois tu rien venir ? Je ne vois que la lune qui poudroie et la suie qui merdoie.

Pas de trace du gendre. C'est une bonne nouvelle en soi pas encore partagée par le reste de la famille.

Le temps passe et il fait faim et soif. Je laisse un guetteur près de la cheminée ce qui nous permet de nous attabler l'esprit serein. La bûche de fin de repas est l'objet de plaisanteries désopilantes en rapport avec la cheminée. Le champagne et les chants paillards clôturent cette excellente soirée avec une seule ombre au tableau, l'absence des jouets emportés on ne sait où par le père Noël.

Dernier coup d’œil rapide dans le conduit et ma fille s'en va rejoindre le flot ininterrompu des veuves. Elle emmène ses enfants, mes adorables petits enfants et me fait promettre de regarder de temps en temps si rien ne tombe dans la cheminée.

 

L'année suivante, les mêmes causes produisant les même effets, nous nous retrouvons, le 24 décembre au soir, devant la Sainte table décorée d’huîtres et autres fruits de mer. L'ombre de mon gendre disparu plane sur le foyer mais ne nous coupe pas l’appétit.

A la fenêtre, à minuit, le ciel s'illumine d'une étoile filante. Elle se rapproche. C'est le père Noël. Les enfants se précipitent, ma femme et ma fille écrasent

une larme. Je reste calme car je sais depuis toujours que le père Noël existe. Flottant dans l'air les rennes tirent un chariot rouge conduit par...une mère Noël sculptée dans le moule qui a servit pour Monica Bellucci. A côté d'elle un père Noël, mon gendre, enlace la belle grognasse et nous fait un doigt d'honneur.

 

 

 

C'ETAIT NOËL...

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Published by PIGA - dans HUMOUR
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commentaires

SEUTRE Natacha 13/02/2015 20:19

Excellent !!!

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