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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 15:05

La voisine du second représente la quintessence de la « ça va jamais » féminine. Elle est mariée à un être humain d'une banalité suspecte. Un homme simple aux idées simples. Un mec qui pense bêtement que un et un font deux marquant son manque total d'imagination et une capacité d'analyse tout à fait primaire. Une sorte d'animal idéal, genre poisson rouge, ce bestiau qui barbote dans une cage pleine d'eau appelée aquarium, qui pisse dans sa flotte et flotte dans sa pisse, qui sert de complément alimentaire dans la paella et de compagnon protéinique pour le chat. Il ne crie pas le jour, ne ronfle pas la nuit. Sa mémoire vive de deux secondes efface les turpitudes de la vie au fur et à mesure de leurs apparitions.

Ce mari idéal ne cherche pas le conflit et essaie de se comporter de manière avenante, sympathique. La grande majorité des « ça va toujours » trouverait en lui le compagnon idéal, mais pas la « ça va jamais » féminine.

L'homme a eu le bon goût de naître le jour de la fête des pères, d'où une économie substantielle dans l'achat des cadeaux. Un gros présent vaut mieux que deux absents et pourquoi gros alors que petit cela fait autant plaisir. Il n'y a que l'intention qui compte, l'attention, elle est réservée à l'épluchage du compte en banque.

  • Chéri, tu nous embêtes avec ton anniv le jour de la fête des pères ! Je ne sais pas quoi t'acheter.

 

Le chéri se confond en excuses, avoue son impuissance manifeste à fixer le jour de sa naissance et son incompétence notoire en matière de fête des pères. Il ajoute dans un murmure une phrase du genre : oh chérie, un cadeau, c'est trop !

  • Incompétence, c'est bien le mot.

 

Heureusement l'imagination de sa femme dépasse la contenance du vase qui déborde avec la goutte de Soisson (ville Picarde dont la devise est « Soisson et tais-toi »). Les enfants, eux, ne sont d'aucun secours dans l'entreprise. Du reste, ils sont rarement sollicités. Extrêmement pointilleux lorsqu'il s'agit de leurs anniversaires, ils sont beaucoup plus laxistes sur celui des autres dont ils dénoncent le bien fondé et cette habitude bourgeoise décadente. La remise en cause s'accompagne généralement d'une revendication de hausse salariale substantielle car la jeunesse a des besoins insatisfaits et l'argent de poche s'évapore. L'inflation des projets associée à l'assèchement de la masse monétaire amène invariablement une croissance zéro, et le zéro, ils connaissent.

 

Le cadeau de son mari s'inscrit dans un plan d'économie approuvé par le FMI ( Fonds des Ménagères Insatisfaites) et certifié par la BCE ( Banque Cruelle des Enfoirés).

Elle lui achète deux cravates lors d'une judicieuse promotion où le prix du deuxième achat est diminué de 50%, une broutille vu le faible prix du premier.

Lors d'une soirée sobre, non dépourvue d'émotion, où les enfants ont fait une brève apparition compte tenu du retard pris sur le planning des sorties, les deux cravates ont été offertes, majestueuses dans leur poche en plastique recyclable, le ticket de caisse agrafé sur le carton des consignes de lavage.

Évidemment les cris de surprise et de contentement furent inversement proportionnels à la qualité de l'offrande, le mari s'extasie, la femme débouche un mauvais mousseux et hop au lit pour une bonne nuit réparatrice troublée par les ronflements de l'un et les vrombissements de l'autre.

Ouf, les folles festivités se terminent sans accroc majeur.

On en fait tout un fromage, mais, moins on s'amuse, plus les gens sont contents.

La paire de fête du père n'est pas un du, simplement une tolérance.

 

Après le beau temps, la pluie. Au calme de la nuit succède la tempête du matin. A côté de la grasse mat perpétuelle des deux ados, l'homme et la femme s'activent, l'un plongeant ses lèvres asséchées par sa respiration buccale dans un café soluble, l'autre aspirant un expresso décaféiné. Elle est loin la tartine de nutella qui vous saturait en sucres rapides et vous colmatait la dent creuse de l'estomac tout en vivifiant les boyaux du cerveau, siège d'une constipation éternelle. Ils se dépêchent pour prendre d'assaut les toilettes avant de s’engouffrer dans l'unique salle de bain.

Et là, cri de désespoir.

Les onomatopées à ma disposition sont trop pauvres pour retranscrire le déchirement vocal. Le hurlement sauvage de la femme humiliée au bout de tant d'années de mariage. Le meuglement de la vache amenée à l'abattoir par son maître adoré. Un son à la portée suraiguë mais pourtant si grave où la consonne marque cruellement son absence. Les sanglots sont dans la voix, le râle au fond des yeux.

  • AAAAOOOOIIIIUUUUEEEEYYYY !

 

Puis elle s'effondre en sanglots longs. Hoquette. Sa respiration est entrecoupée de spasmes humides. De ses grands yeux où le ricile barbouille les paupières alentours, s'écoule un flot continu d'eau salée qui suit le pli naso-génien et se répand en flaque sur le parquet ciré.

L'homme n'est pas un monstre, il voit le désespoir de sa moitié sans en comprendre la cause, même si sa longue expérience lui suggère qu'il n'y est pas étranger. Il la saisit par les épaules, elle se dégage brusquement.

Il se remémore rapidement ses dernières bévues potentielles. Rien, à son sens, ne justifie...

  • Je le savais AAOOIIUUEE !

 

Il va bientôt savoir.

  • Tu n'aimes pas l'autre, snif, snif, snif.

 

Il plonge dans un abîme de perplexité. De quel autre s'agit-il ? De quelle autre est il question ? Sa connaissance du terrain lui a appris à éviter tout sourire provocateur, tout haussement de sourcil suspect, toute grimace malvenue. Pour le baiser de l'au revoir matinal il reste au garde à vous, dans une neutralité bienveillante. Un condamné à mort relâché pour bonne conduite. Machinalement il fait une check-list de son admirable personne. La chemise, la veste, la....

  • Tu vois, tu as mis la cravate rouge, je vois bien que tu n'aime pas la bleue, AAOOIIUUEE

  • Mais, ma douce chérie adorée, je ne peux pas mettre les deux cravates à la fois, demain je mettrai la bleue.

  • AAOOIIUUEEEEEEEEEE , tu n'aimes pas la rouge non plus...

 

Vive le polo !

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by PIGA - dans humour
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