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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 16:17

Ça sent bon chez mon voisin d’en face. Pas tout à fait en face, un peu décalé sur ma droite. Il est vendredi soir, jour de pénurie. Ma femme a fuit la maison et va perdre quelques grammes de graisse et gagner des kilos de muscle dans la salle de sport localisée derrière le gymnase. Le gymnase, un lieu qui sent bon l’injure et la grossièreté. À interdire aux enfants et à consommer avec infime modération pour les adultes. Seulement en position assise, une bière à la main et l’autre main prête à dégainer le paquet de clopes.

Le frigo est désespérément vide. Vide ? Non, pas tout à fait, il reste une salade verte et une courgette. Rien dans le congélo, pas le moindre embryon humain surgelé. Retour vers la salade, elle est en voie de décomposition avancée, sûrement une vieille salade frisée achetée en début de mois pour accompagner une omelette aux pommes de terre. L’absence des œufs et l’oubli des patates ont sauvé la frisée de la mastication massive mais pas de la décomposition active. La courgette, rien que de la regarder ne me donne aucune envie d’y toucher. C’est long, c’est vert, c’est plein d’eau. Je fais partie de l’association pour la suppression des légumes verts dans les repas quotidiens et de l’éradication de la courgette, cucurbitacée phallique d’une mollesse indigne d’un homo érectile.

Par l’odeur alléchée, je frappe à la porte de mon voisin pour quémander un petit peu de pain, frais de préférence.

  • Salut Piga, comment vas-tu ?
  • Pas bien du tout…
  • Ta femme s’est fait la malle ? Ta femme s’est fait le mâle ?
  • Non simplement une partie de jambes en l’air avec des poids et haltères.
  • Merde alors… Je plaisante !

Il me traîne dans la cuisine ou mieux, je le suis dans sa cuisine.

Là, une explosion d’odeurs me saisit à la gorge, me rentre par les trous de nez, un Hiroshima gastronomique. Le salaud a préparé une poule au pot qui mijote sur le coin du feu. J’approche mes naseaux, le fumé traverse mes narines, la salive monte à ma bouche, mes dents claquent de plaisir. Je ferme les yeux. La poularde est belle, grosse sans être grasse, elle frissonne dans son jus.

  • Il y a encore une bonne heure de cuisson.

Devant mon air déconfit où la vapeur de la marmite s’imprime comme une sueur, il me propose l’apéro, un verre de mojito.

Vous prenez du rhum blanc agricole, des feuilles de menthe, du sucre de canne, de l’eau gazeuse, des glaçons.

Dans un premier temps, vous vous servez une bonne rasade de rhum que vous buvez cul sec histoire de tester sa qualité. Ensuite, vous donnez la bouteille d’eau gazeuse à un ennemi proche de vous, histoire de faire gonfler son estomac. La menthe sera précieusement conservée pour assaisonner les tomates, le sucre servira pour le café. Vous remettez les glaçons au congélateur pour ralentir la fonte des glaces et enfin, vous pressez le citron, qui, ajouté à de l’huile d’olive, fera une excellente vinaigrette pour salade.

Au bout de notre deuxième verre, manger devient une nécessité, or la poularde présente de nombreuses qualités, mais en ce moment précis, elle a la mauvaise idée de ne pas être cuite bien que les carottes le soient.

Mon voisin n’est pas en panne d’arguments. Il plonge dans un meuble réfrigéré de marque frigidaire et ressort avec de quoi faire une première approche de l’éradication de la faim dans le monde. Des petits fromages cubiques à ouverture facile. Il faut trouver le système. Une languette incolore à tirer. Donc, je tourne le cube dans tous les sens, pas de languette. Faut-il être maudit pour que mon carré de fromage soit le seul sans languette. Je remets le cube dans l’écuelle et en prends un autre. Grosse satisfaction, la languette apparaît aux yeux du Piga ébahi qui commence à avoir une sérieuse dalle. Voir la languette est une chose, l’attraper en est une autre. Impossible de l’attraper, la languette reste collée au plastique en aluminium. Je commence à penser que le fromage en carré se ligue contre moi. Pendant ce temps, mon voisin enchaîne la réussite et avale les fromages. Autre fromage, autre déconvenue. La languette casse. Au diable la languette. Autre fromage, tiré au sort, je méprise la languette et attaque directement le papier. Il plie mais ne rompt pas. Bien décidé à gagner la guerre contre le fromage, je montre les dents et attaque férocement le papier-alu. Le fromage s’aplatit et tombe lamentablement par terre, l’enveloppe me reste entre les dents égayant mon sourire enjôleur.

Ouverture facile, oui, mais pour qui !

Pas pour moi, car ma vie quotidienne est une lutte longue et douloureuse dont je sors rarement vainqueur.

En voiture par exemple. J’ai toujours devant moi un véhicule lent. Limitation de vitesse à cinquante à l’heure, le mec devant roule à trente. Limitation à trente, le mec devant moi est à vélo et roule à dix à l’heure. Je marche à pieds, le mec devant moi est handicapé avec une canne et un fauteuil roulant, il recule. Je marche à quatre pattes, le chien du voisin me précède. Il s’arrête pour pisser.

En voiture toujours, le mec devant moi pique les feux verts. J’arrive toujours au rouge. Si par hasard le feu est vert, le mec devant moi cale et ne redémarre que deux feux verts suivants histoire de me sanctionner de n’être pas passé au vert.

En voiture encore, dans un embouteillage, je suis toujours dans la file qui n’avance pas. Pour mon voisin de droite, l’horizon se dégage, il avance, même punition pour mon voisin de gauche, moi, je reste planté là. Si je passe sur une autre file, elle se bloque automatiquement. Mon voisin de derrière prie ouvertement pour mon passage à droite ou à gauche.

En voiture encore et toujours, si je roule sur une départementale, j’avale des mètres cubes de fumée noirâtre derrière un tracteur de la dernière guerre, celle du feu. Il a éteint le feu mais gardé la fumée. Et surtout il avance au pas et même petit pas. Bien sûr, impossible de doubler. Des voitures viennent en face. Il n’y a plus de voiture en face, qu’à cela ne tienne, le sort à plus d’un tour dans son sac, une ligne blanche continue serpente en ligne droite à perte de vue sur un tronçon large et dégagé.

Des fois, pour aller plus vite, je m’engage sur l’autoroute. Mon ennemi juré, le péage devient infranchissable. Le type de devant a perdu son ticket. Il le cherche partout, dedans, dehors. Il appelle le préposé par l’interphone qui ne marche pas. Il veut entreprendre une marche arrière, mais derrière moi, il y a vingt sept personnes à l’arrêt, les dents serrées et le klaxon en bandoulière.

Si je suis seul à l’arrêt devant la barrière qui fonctionne de manière satisfaisante, c’est ma courroie de transmission qui quitte le navire, mon train de pneus qui se dégonfle, mon réservoir qui fuit, mon liquide de refroidissement qui se réchauffe, me laissant, moi, pauvre capitaine, errer au rythme de ma dépression.

La poule au pot semble cuite. À propos de poule, ma femme sonne à la porte. Elle a compris qu’il fallait suivre la bonne odeur pour retrouver le bon mari.

Le chéri, c’est moi en l'eau cul rance, est ramené à la maison, le jambon blanc et la purée mousseline l’attendent.

Pour moi, la poule, c'est manque de pot !

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Published by PIGA - dans humour
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