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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 10:24

En vert et contre tous, je n’aime pas la couleur verte. Ma femme une fine psychologue me dit que cela vient de l’enfance. En effet, lorsque je m’analyse au fond de mon canapé, la canette de bière à la main, je me souviens de mon très jeune âge. Je revois ma mère en train de m’essayer à la pénétration de l’épinard dans le gosier. Dans mon assiette s’affalait une sorte de bouse verdâtre dont je pensais que la merde de vache devait être meilleure. Plus tard, vers les dix ans, ma mère, toujours la même, a essayé de me convertir au haricot vert avec toute la finesse pédagogique dont les parents d’une certaine époque étaient capables. « Tu manges ou je te cogne une beigne ! » Malheureusement la beigne n’arrivait jamais m’interdisant l’excuse de regagner ma chambre en pleurant, criant au désespoir et menaçant de déposer un projet de loi à l’assemblée nationale pour inclure dans la maltraitance des enfants, l’abus des légumes verts.

Beaucoup plus tard, ma femme, remarquable cuisinière, a voulu instaurer une journée brocoli dans l’année alimentaire. Le brocoli a une qualité, celle d’avancer démasqué. Au retour d’un labeur scandaleusement sous payé, je rencontre le concierge un masque à gaz sur le nez et une bombe désodorisante à la main. Il me fait signe de rester sur place et me supplie de demeurer à l’écart d’une attaque chimique dont seuls les islamistes les plus radicaux sont capables. Je passe outre. Dans l’escalier, il y a toujours une vieille qui traîne. Ses sens sont émoussés mais l’odeur du brocoli en pleine cuisson passe à travers la cloison nasale. La pauvre femme escalade à genoux les dernières marches qui mènent à son petit deux pièces. Le râle pathétique qui s’échappe de ses alvéoles pulmonaires commande une euthanasie immédiate. Peu charitable, je la lui refuse. En face de chez moi, le voisin a mis son nez dans la litière pour chat inodore. Il me montre ma porte d’entrée en tendant le poing.

Horreur et putréfaction. L’odeur du dehors était suave par rapport aux effluves du dedans. Le brocoli en train de mijoter donne toute la mesure de ses exceptionnelles capacités de nuisance. Être obligé de supporter l’insupportable n’est pas supportable. Le brocoli cuit est une atteinte à la dignité humaine. J’opère un repli stratégique et m’en vais deux rues plus loin m’asseoir devant une belle côte de bœuf servie avec des pommes sarladaises et arrosée d’un petit Canon Fronsac.

En dessous de chez moi, le voisin a la main verte dont il aime la couleur. Il a joliment décoré son balcon de magnifiques plantes aux noms latin et pour la plupart à l’origine exotique. Les feuilles sont persistantes et il veut profiter de son petit carré de verdure toute l’année. Moi, mon balcon est nickel. Pas une mousse, pas une trace de lichen chlorophyllé. Je mets un point d’honneur à ce que l’hygiène de mon petit carré de béton soit irréprochable. L’eau de javel est ma meilleure amie. J’en verse de larges rasades et frotte avec un balai-brosse. Le surplus de chlore est évacué par de petits trous percés pour éviter les eaux stagnantes. Il s’écoule largement sur le balcon du voisin du dessous et arrose généreusement ses plantations. Las, les orangers du Mexique et les Photinias n’aiment pas la javel qui le leur rend bien. Le pauvre homme a bien tenté de mettre sa verdure contre sa baie vitrée. Il croyait déjouer mon incroyable capacité à détourner les lois les plus fondamentales de la physique quotidienne. La javel a plus d’un tour dans son sac, elle s’insinue dans les fissures, traque l’enduit poreux, elle cherche l’oxygène, s’agrège à la pluie fine et se déverse sur la plante. Cette dernière pâlit et s’effondre en un petit tas brunâtre. Morte. La vie tient à peu de chose. En signe de bonne volonté et pour marquer mon sens de la conciliation, je lui ai acheté de la peinture verte. Passée en couche épaisse sur son balcon elle donne un style « gazon anglais » du meilleur effet.

À la recherche d’air respirable non pollué par le vert des chênes centenaires ou du gazon maudit, je descends les escaliers et malheureusement je rencontre super Dédé. Il joue de la bombe aérosol comme Mozart de la flûte enchantée. L’air s’enivre des effluves de pin parasol. Super Dédé est content, il sent la mer et les coquillages. Je me rue vers la sortie et enfin, remplis mes poumons des gaz d’échappement, mes narines frémissent à l’humidité des pluies acides. Je n’ai pas besoin de me polluer les bronches de fumée de cigarette, l’air urbain fait son travail. On aperçoit même un rayon de soleil à travers les nuages de carbone. La vie est belle !

Le piga-magnon n’a pas quitté l’Afrique couvert de poils, les jambes arquées, le front étroit et l’air complètement abruti,

Il n’a pas marché des siècles et des siècles suivant la piste improbable du mammouth aux dents de sabres,

Il n’a pas escaladé les Alpes avec son petit pagne en renard argenté croquant la neige à pleines dents pour étancher sa soif de survie,

Il n’a pas chopé des maladies honteuses avec des Néandertaliennes de mauvaises vies recluses au fin fond de grottes humides,

Il n’a pas défriché la forêt primaire pour construire des cabanes en bois qui brûlaient mieux que les cabanes en pierres depuis l’invention du feu,

Il ne s’est pas mis à fumer de la gauloise délaissant la gitane aux Ibères,

Il n’a pas massacré les huns et les autres,

Il n’a pas inventé l’imprimerie pour dupliquer des idées et répandre la bonne parole,

Il n’a pas troqué son cheval de trait pour le cheval-vapeur plus sûr et plus rapide pour sa femelle ménopausée,

Il n’a pas fait perdre la tête aux rois et fait tourner la tête aux reines,

Il n’a pas arrêté des hordes de Teutons abreuvés de sang impure qui voulaient détruire Paris et appeler leurs filles Germaine,

Il n’a pas voté pour le prestigieux François Hollande,

dans le seul but de brouter l’herbe fraîche et se rafraîchir à la rosée du matin !

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