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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 15:01

J’ai un voisin au second étage qui est un vrai mec.

Il est beau, il est blond, il est con. C’est un homme bien élevé au moins un mètre quatre-vingt, sans trop de cerveau, un grand sympathique souriant. Visiblement il a une situation assise qui le tient debout droit dans ses mocassins, ses petits costumes étriqués et sa barbe de trois jours. Il aime le cul, mais sans trop, avec lui les dés ne sont pas jetés, mais pipés, alea ejaculat est. Son épouse est tout à fait charmante et son petit garçon adorable.

Il travaille comme cadre administratif à Saclay, à côté de l’accélérateur de testicules.

Un véritable voisin moyen.

 

Il ne met jamais le linge sale dans la bonne panière. Celle du linge propre est à hauteur de la table à repasser, rose avec une étiquette dessus, « linge propre ». Celle de linge sale est à hauteur du hublot de la machine à laver, marron, avec l’étiquette « linge sale ». Il n’est pas obligé de se baisser, il peut lancer sa chemise en sueur de la porte de la buanderie. Non, il la met dans le linge propre avec l’impression d’avoir fait son devoir et d’avoir participé, au moins à cinquante pour cent des tâches ménagères. Le surlendemain, il cherche une chemise propre dans la panière de linge propre, il en trouve une, la sale qu’il a déposée l’avant-veille. « Chéri, c’est quoi la lessive que tu utilises ? »

 

Depuis dorénavant, il s’occupe de la vaisselle. Sa femme fait la cuisine, met la table, sert les plats, va chercher l’eau dans le garage, descend à la cave prendre une bouteille de vin, dessert la table. Lui, stoïque, attend devant l’évier, à côté du lave-vaisselle. En professionnel du matériel haut de gamme et soucieux de la préservation du dit matériel, soucieux aussi du gaspillage phréatique de la nappe frénétique il range la vaisselle à l’état brute sans s’avilir à un fastidieusement inutile prérinçage manuel. Les spaghettis bolognaises avec gruyère râpé en option obligatoire sont son ennemi juré. La seconde cuisson, celle du rinçage à quatre-vingt-dix degrés colle l’amie molette à la faïence dans une union irréversible. Seuls le marteau et le bourrin, remplaçant officiel de la faux cil, viendront mettre un terme à ce scellement orgasmique.

 

Il a un jeu dans lequel il excelle ; le lancer de bouteille de bière vide dans la poubelle en fer et contre tous. Le sport se déroule en trois phases distinctes. Décapsulage, avalage, lançage. Le canapé est en face de la télé et pas loin de la porte de la cuisine qui elle-même jouxte la poubelle si bien qu’en position assise on peut lancer la bouteille en se tournant vers la droite. À vingt et un zéro pour Toulon, premier essai, Biling. Essai accordé. À la mi-temps, Blong, essai refusé, la canette a manqué son but et a explosé par terre. Il passe le balai, mais pas sous la table ni dans les coins. Son gosse de quelques mois rampe dans la cuisine sous la table et dans les coins. Il adore sucer le verre éparpillé au bon goût de bière.

 

Certains soirs il doit garder son petit garçon. Sa femme son épouse sort avec ses copines. Le grand bébé est encore petit, il ne marche pas et porte des couches. S’il ne marche pas, c’est qu’il est un peu lourd du fessier. Il l’appelle affectueusement « cul de plomb » lorsque sa mère n’est pas là. Elle est très attachée à ne pas dégrader l’image de son fils. « Cul de plomb » c’est dégradant d’autant plus qu’il ne manque pas une occasion de shooter dans le postérieur bien protégé de cellulose. Cela fait toujours rire le père et le fils et jamais sa mère.

« Tu n’oublieras pas de changer la couche d’Arthur, il va peut-être faire son petit caca ».

Pourquoi ce rappelle de la mission première du gardien d’enfants. Changer les fesses sales. Une évidence !

Il ne change jamais son fils quand il est sale. Il fonctionne à l’odeur. Dès que ça se gâte, il éloigne l’enfant et attend le retour de la mère.

« Il n’a pas changé la fesse du gentil Arthur le vilain papa. Un si joli caca ».

Un gros tas de merde immonde. La chiasse de bébé est aussi puante que celle de l’adulte. Pourquoi irait-il mettre son nez dessus ?

 

Il n’en a pas l’envergure ni la statue, mais il en a l’esprit. Il aimerait être concierge. Un bruit dans la rue, il bondit à la fenêtre. Il voit mal, il ouvre la fenêtre, se penche. Il identifie les fauteurs de troubles, de belliqueux éboueurs qui se livrent à leur tâche. Rassuré, il se plonge dans son canapé. Une porte s’ouvre,

« Qui c’est ? »

« Coucou, chéri, qui veux-tu que ce soit d’autre ? »

Pas convaincu, il regarde par le trou de la serrure

« Si tu veux mieux voir, tu peux ouvrir la porte ».

Le voisin rentre des courses, c’est son heure et il n’a pas besoin d’aide, il voulait s’en assurer. Dans la soirée, les talons aiguille de la voisine du dessus entrent en action.

« Elle va se coucher ! »

« Nous aussi, chéri ! ».

Le matin, il vérifie à l’oreille que le voisin du dessus est bien parti bosser, dans la cage d’escalier il suit les effluves du parfum de la dame en noir, sa voisine de droite, en bas il salut super Dédé assoupi sur son manche à balai et déboule dans la rue à la recherche d’informations intéressantes.

 

Il n’aime pas prendre de l’essence. Ce n’est pas de l’avarice, c’est simplement une question de principe. Moins on met de carburant dans une voiture, moins elle consomme et si on en met plus du tout, elle ne consomme rien vu que c’est la femme qui pousse. En dehors de ces considérations misogynes qui dégradent celui qui les écrit et abêtissent ceux qui les lisent, il considère le plein d’essence comme une perte de temps. Pourquoi s’arrêter alors que la voiture roule si bien sur l’autoroute. S’arrêter veut dire ralentir, tourner, se garer, aller à la pompe. Une perte de temps nuisible à une moyenne soutenue. En ville, c’est plus simple, il n’y a plus de station-service, la tentation de s’y arrêter est réduite à zéro. Et puis, c’est beaucoup plus simple de tomber en panne, le taxi est là, au coin de la rue pour vous prendre avec votre petit bidon rouge.

Il n’a pas de petit bidon rouge.

Il est parfait !

 

Il ne fait pas ses comptes. Pour lui, l’argent c’est du liquide, il coule à flots, lui coule tout court. Aux hurlements de son épouse devant l’écran d’ordi, il sent que le rouge est largement majoritaire sur ses extraits bancaires. On est le quinze du mois, mais la carte bleue fonctionne toujours.

« Chéri, c’est quoi ce chèque de six cents euros de la semaine dernière ? »

Il prend rapidement la fuite comme le matador devant un taureau hargneux mais revient bientôt agiter sa cape rouge devant les yeux injectés de sang de l’animal en furie avant de se faire encorner par la bête qui n’a pas encore compris la valeur surévaluée du héros dévalué.

Un grand coup de bite ce soir, et tout sera oublié. Il se trompe, elle prendra le coup de bite et pour lui un coup de gourdin.

 

Ainsi va le voisin moyen qui ressemble comme deux gouttes d’eau à son voisin moyen qui, lui-même est le portrait craché de son voisin moyen, imitation réussie du voisin moyen, copie conforme du calque du voisin moyen grandeur nature.

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Published by PIGA - dans humour
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