Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 11:56

Dans l'Education nationale, collèges et lycées, l'intendant, c’est ce personnage affable, qui tel saint Pierre possède toutes les clés sauf celle de son coffre-fort, sorte de citadelle en acier blindé dont la porte ne s’ouvre que pour les rentrées d’argent et reste obstinément fermée aux retraits.

Qui paie ? Pas moi ! Sont les mots jouissifs l’intendant en pleine dépression budgétaire lorsque la fin de l’année approche et que les crédits diminuent.

Qui paie ? Pas moi ! Sont les mots appris lors de stages de remise à niveau où l’on met en garde l’intendant contre le bas peuple dispendieux contrairement à lui, grand argentier de la couronne et gardien inflexible de la porte blindée de son bureau. La félicité comptable est à ce prix qui, d’ailleurs, n’a pas de prix car qui paie ? Pas moi!

Mais l’intendant c’est aussi la cantine, rebaptisée restaurant scolaire eu égard à la modernisation des mots avant celle des locaux. Là aussi, il est le gardien de l’équilibre nutritionnel et budgétaire. L’intendant se venge des mauvais traitements de sa maman en imposant des épinards dont le succès gastronomique ne se dément pas ou des choux de Bruxelles dont l’odeur alléchée concurrence celle de l’usine de pâte à papier la plus proche. Les élèves ont reçu des parents une éducation alimentaire frappée au coin du bon goût. Pour eux, la mer est peuplée de poissons panés, les bâtons de surimi se trouvent sous les rochers, le bœuf haché broute dans les verts pâturages, le poulet pond des nuggets. Imaginez leur surprise lorsque les pauvres enfants découvrent une arête dans le lieu noir ou un os dans un volatile.

L’intendant, c’est encore cet individu qui gère les locaux et les impondérables travaux dont les retards systématiques égayent les rentrées décalées. La peinture qui sèche à la première sonnerie, la bétonnière qui se met en route à la seconde, le marteau-piqueur qui vibre à la récré, les chants joyeux des ouvriers du bâtiment pendant le cours de musique, la perceuse qui résiste au béton vibré, le semi-remorque qui défonce les terrains de sport, la nacelle qui brise les vitres du premier, les hurlements du contremaître au bord du burn-out.

L’intendant, c’est encore et toujours le réceptacle des mauvaises nouvelles du matin. À l’aube naissante, il y a toujours un prof qui a mis la photocopieuse en panne. Bourrage et débourrage sont les deux mamelles de la vache à traire les feuilles blanches noircies des maux et des cris. Le prof se tire comme un loqueteux laissant au suivant le soin de se faire tancer par l’intendant à qui il annonce la victoire de la bête électronique sur le muscle cérébral. Il y a aussi l’enseignante surgelée confinée dans sa salle de classe orientée au nord et dont le radiateur a explosé pendant la nuit. Dès huit heures, le chef de l’enseignement du savoir national arrive avec la liste des travaux à mettre en œuvre dans son appartement de fonction. Sa fonction requiert un logement gratuit pour lui, mais payant pour les autres. Évidemment, les charges sont financées sur le dos de l’établissement. À huit heures dix, la cuisine ronge son frein, la livraison de poisson est en retard. Le colin s’est fait la malle au pied de la colline. Heureusement le ravioli en boîte, triomphe de la gastronomie italienne, qui a vocation à remplir les estomacs le vendredi soir devant un frigo vide de sens et d’espérance, va sauver la situation.

À huit heures et quart, tous les élèves sont rentrés dans les classes, tous les profs sont planqués derrière les élèves, tous les administratifs sont couchés sous leur bureau, l’intendant peut alors rejoindre sa tanière et s’affaler sur son fauteuil à bascule devant son ordi branché sur « Candy crash ». Le téléphone sonne alors, strident comme une sirène de pompiers, c’est une mère d’élève, qui, ayant maintenant tous les droits, conteste la facture de la demi-pension. Elle trouve le coût trop élevé, les repas pas à la hauteur, le papier non recyclable et l’enveloppe d’une drôle de couleur. Elles sont timbrées, l’une au tarif lent, l’autre au tarif xanax.

Partager cet article

Repost 0
Published by PIGA - dans HUMOUR
commenter cet article

commentaires

Le Blog De Piga

  • : C'est la rentrée! Le blague blog de PIGA
  • C'est la rentrée! Le blague blog de PIGA
  • : C'est la rentrée, c'est encore la rentrée, c'est toujours la rentrée!
  • Contact

Profil

  • PIGA
  • Issu du croisement entre une solide lorraine et un léger gascon, j'ai attendu la force de l'âge pour m'investir dans la littérature et commettre des textes qui enrichiront les décharges publiques.
  • Issu du croisement entre une solide lorraine et un léger gascon, j'ai attendu la force de l'âge pour m'investir dans la littérature et commettre des textes qui enrichiront les décharges publiques.

Recherche

PIGA en librairie


Autres forfaits de PIGA...