Où le nettoyage et la réparation font, somme toute, bon ménage.
Les personnels de service restent accrochés au premier barreau de l’échelle sociale éducative sans espoir de gravir un jour le second : le barreau n’est pas leur avocat, ce serait plutôt leur prison.
Les profs, fiers émules de la révolution française, champions de
l’émancipation des masses laborieuses, théoricien de la promotion des travailleurs et
travailleuse, ces « Che Guevara » du sofa ou « Fidel Castro » du bistro se mélangent rarement avec les représentants de la sueur et de la crasse. Ils les regardent parfois et,
s’ils les voient, c’est pour jeter sur eux un regard oblique chargé de condescendance plus ou moins bienveillante.
Dans l’accomplissement de leur épanouissement professionnel, ces personnels qui travaillent plus et gagnent moins, sont souvent des femmes. Rassurez-vous, rien de chromosomique dans cette maladie. La multiplication de la gent féminine est le seul syndrome éducatif transcatégoriel.
La femme de ménage nettoie. La tache est sa tâche.
C’est une tradition. Les traditions ne doivent pas se perdre, sinon elles deviennent folklore. Un folklore de ménage, ça donne le ballet du balai. Un pas serpillié à droite, un pas serpillié à gauche. Double saut mouillé avec détergent. Double concentration, celle de l’esprit, celle du produit. Sur les patins, le grand écart est parfois tenté mais rarement réussi. Si, dans un craquement de bois sec et un énorme hurlement de douleur, l’entre jambe touche le sol, tous les membres du conseil d’administration viendront décorer l’héroïne de la légion d’horreur ou du savon de palme académique.
Dans le collège, il existe deux écoles.
Celle de la tornade blanche. Cette ménagère de plus ou moins cinquante ans considère la poussière comme une insulte. Là où le balai passe, la saleté trépasse. Lorsque l’éponge s’humidifie, la crasse se liquéfie. Les inox brillent comme de l’argenterie, les vitres étincellent comme du cristal. Si vous passez un doigt sale sur une armoire, il en ressort propre.
Puis il existe l’école de la fée Carabosse. A cheval sur son balai, le cheveu raide et le sourire sardonique, la sorcière ignore les coins. Elle ne décrit que des lignes courbes. Sa probité morale lui interdit les dessous de table. Sa petite taille l’éloigne des meubles hauts.
Son exactitude lui commande de partir tôt pour arriver à l’heure chez elle.
Le collège est un lieu où l’emmerdement matériel est élevé au rang de sacerdoce. Le robinet qui fuit, le carreau qui casse, la fenêtre qui tombe, le plafond qui s’écroule, le bâtiment qui se fissure, l’amiante qui s’envole, le gaz qui s’échappe, l’électricité qui disjoncte, le sol qui se dérobe, le volcan qui jaillit.
L’apocalypse n’est pas pour demain. Elle se joue au jour le jour.
Le tournevis à la main, le chef réparateur patrouille avec son marteau et sa faucille dans l’autre main. Il aboie des
commentaires désobligeants à chaque dégradation constatée. Ce n’est pas une vie d’avoir à réparer les dégâts des autres. Mais il est payé pour ça et s’acquitte de son boulot avec mauvaise
humeur.
Le chef réparateur, appelé aussi ouvrier d’entretien, Factotum de son nom de famille s’impose comme roi du court circuit, prince du fil dénudé et empereur de la paire de douilles. Il faut le voir plonger la tête la première isolée par une chevelure clairsemée, dans l’armoire électrique. Aucune force au monde ne peut l’arrêter. Ni les éclairs aveuglants, ni le tonnerre vrombissant, ni l’arc électrique dardant ses flèches incandescentes. Le sourcil cramé et l’œil illuminé, il éteint, il allume.
Les plombs sautent.
A ce stade, il en fait une affaire personnelle. Ignorant la prudente réserve des instants précédents, il fusible à tour de bras. Le cuivre fait les frais de l’opération. Le courant passe, l’ouvrier surpasse.
Factotum a disjoncté mais l’électricité est rétablie. Les ordinateurs vont fonctionner aujourd’hui.
Les personnels de service, nettoyeurs et réparateurs sont une même famille. Ils obéissent aux ordres du Général Conseil. En anglais, Conseil Général, assemblée de notables dont le président seigneur et maître dirige le département. Ici la Peine et Marne, chef lieu Tripatouille sur Erection, sous préfecture Nichon la gaillarde. Depuis la dernière guerre, celle de la décentralisation, les murs des collèges sont tombés dans le fief départemental, ses soldats aussi.
La pédagogie, c'est comme Sarkozy, ça résiste encore, mais pour combien de temps.
Où deux plus un ne font pas toit.
A Nichon la Gaillarde le beau temps est rare. Le dernier coin de ciel bleu a été aperçu au siècle dernier. Pour ceux qui n’étaient pas nés il existe de vieilles photos en noir et blanc. Elles donnent un aperçu très approximatif des rayons du soleil. Ainsi il existe des régions peu paradisiaques où les travailleurs devraient être payés double et les antidépresseurs donnés gratuitement sur la place du village, les jours de marché.
Cependant, nous sommes dans un pays nourri, pour l’instant, par un droit à l’éducation pour tous et, malgré les intempéries, les élèves du collège ne se privent pas du festin.
Dans le collège, pendant les heures d’activité, il existe, normalement, deux catégories d’élèves. Ceux qui sont en classe et ceux qui sont en permanence (terme approprié indiquant une situation provisoire). Donc personne ne doit traîner dans les couloirs à part quelques surveillants nostalgiques, quelques secrétaires dépressives, quelque chef d’établissement en chaleur cherchant à débusquer une proie facile pas trop regardante sur la marchandise.
Sauf que Mathieu, élève de cinquième, est un enfant turbulent qui n’aime pas la chaleur ouatée des salles de classe. Ça tombe bien, la salle de classe n’aime pas le Mathieu. Mathieu met toute son énergie créatrice à embêter son voisin de devant. Lorsqu’il a du temps libre dans son emploi du temps et qu’il lui reste un peu de courage, il se repose sur sa chaise, mâchouille un reste de stylo, baille jusqu’à la déchirure du muscle masséter.
Cela se termine par une sanction pédagogique dont l’intérêt et la pertinence n’ont jamais été démentis :
Mathieu dehors !
Toujours partisan des économies d’énergie, le gamin n’est plus rentré en classe pour ne pas avoir à en sortir. Dans le même état d’esprit, il s’évite des courses inutiles dans les couloirs et a installé son campement au rez de chaussée au carrefour du français et de l’histoire-géo.
Au fil du temps, il a amélioré son confort et a amené des couvertures, un réchaud et dernièrement, un petit chien qui remue la queue.
Mathieu passe les journées et maintenant les nuits à se gratter les dessous de bras et à regarder circuler les autres, ses anciens coéquipiers.
Ses parents ne se sont pas aperçus de son absence, la communauté éducative feint d’ignorer sa présence, les sévices sociaux ont d’autres chiens à fouetter, les médias ne se sont pas déplacés. Bref, un cas dont la désolante banalité incite au mépris ou à la condescendance bienveillante.
Matthieu a grandi. Petit à petit il a élargi son domaine et squatté une salle de classe. Il s’est installé sous le bureau et, avec des couvertures, s’est construit une maison close où il reçoit des souris à la recherche d’un peu de fromage à grignoter.
Les femmes de ménage contournent ces lieux dont l’odeur rappelle celle du bouc de montagne avant ses ablutions. Matthieu a entamé un timide dialogue avec les rétamés qui l’alimentent en canettes de bière. Les exclus de cours rejoignent cet espace, les maltraités de la cour y recherchent protection.
Bientôt une trentaine d’élèves sont présents dans sa salle. Quelques heures par semaine Matthieu y donne des conférences de savoir vivre sans domicile fixe. Il apprend à regarder de bas ceux qui le toisent de haut. Il enseigne la mendicité sans agressivité.
Le chef d’établissement a entériné ce fait accompli dans un ambitieux projet pédagogique où l'absence de solution est la meilleure des solutions.
La période la plus terrible est celle des vacances d'hiver. Le collège se vide, le chauffage est coupé. Le SDF allume du feu avec de vieilles tables cassées et économise ses provisions laissées par des élèves charitables.
Des fois le Principal fait une ronde. Il lui demande ses papiers, lui propose un logement en foyer autre que le foyer socio-éducatif, lui prodigue des paroles chargées d'espoir et s'en retourne fourrer sa dinde.
Heureusement, de joyeuses perspectives s’annoncent enfin.
D’abord, Matthieu n’a jamais redoublé et il quittera le collège la tête haute. Ensuite, dans environ un an, Mathieu aura franchi la barre symbolique de la scolarité non obligatoire. Il sera libéré sans caution de l’Education nationale. Enfin, le printemps se pointe à l’horizon et avec lui de nombreux festivals de musique. Le futur ancien élève pourra suivre, avec des collègues rencontrés sous les cartons, les notes mélodiques et la baraque à frites de la mère Guez.
Peut-être reverrons nous un jour Matthieu, déguisé en enseignant, instruire une foule de blondinets sur les vertus de la marche à pied, du ciel chargé d’étoiles filantes, du litre de rouge qui tache, des joies de la vie en plein air.
Ci-gît en eau profonde le vieux BEPC, examen qui sanctionnait le premier cycle. Un vrai examen qui vous mettait la gorge sèche et le cœur en batterie de tambour.
Le brevet des collèges lui a succédé. Son niveau a suivi la dévaluation du franc. Moins haut, moins beau, moins fort et un tantinet inutile.
Le brevet NATIONAL des collèges est le petit dernier de la famille, le siphon des bas-fonds, la lie de l’hallali, l’olé du laid, le pipo de l’appeau, le clown des clones, le seul diplôme pour lequel le travail est un obstacle à la réussite.
Cependant, le succès à un examen, fût-il « le brevet », reste, dans le manque d’imagination collective, une étape importante de la future vie de chômeur. Il faut l’avoir la fameuse feuille de chou !
Comme par hasard, et la hasard n’en est pas vraiment un lorsque Piga est aux commandes, farfouillant dans des archives secrètes, bien planquée dans le fond d’un casier abandonné de la salle des profs, froissée sous une chemise décolorée, un agent d’entretien découvre une lettre soigneusement cachée à des générations d’élèves. Celle qui contient le secret ancestral de l’équation magique donnant accès à la réussite aux examens.

« La clé de la réussite aux examens ».
Cette lettre, jaunie par le temps, éclairée par l’inspiration, émane d’un obscur RENE et s’adresse à un mystérieux JEAN.
« La clé de la réussite à un examen est conditionnée aux conseils ci-dessous et à l’application de la formule scientifique découverte depuis peu mais jamais démentie.
En premier lieu, je ne saurais trop vous conseiller de prendre huit bons jours de repos avant l’examen afin d’aborder celui-ci complètement décontracté et en pleine possession de vos exceptionnels moyens.
Je viens de mettre à jour, comme chaque année à pareille époque, mon équation sur les probabilités de sortie des sujets, et plus je la regarde plus ma conviction se raffermit, elle est absolument inattaquable.
Si,
N= nombre de sujets du cours,
n= nombre de sujets données à l’examen,
X= nombre de sujets étudiés
Et si N est supérieur à n et X inférieur ou égal à N, on pose :
1/N x n x X = C
C est la constante de la chance. Pour que la chance reste entière il faut évidemment qu’elle soit égale à 1.
En supposant N=100 et que n=1 il faudrait étudier 100 sujets pour que C=1, c'est-à-dire :
1/100 x 1 x 100 = C
Ou, en simplifiant, 1 x 1 = 1
Donc, si nous avons deux sujets à l’examen, nous écrirons, toujours en supposant que N= 100 :
1/100 x 2 x X= 1
D’où, X = 100/2 = 50
Il suffit donc de connaître la moitié des sujets pour que les chances de réussite soient entières.
J’espère que vous ferez profit de mes calculs. Il ne me reste plus à souhaiter qu’un bon vent de poupe à l’esquif de votre intellect vogue sur la mer des concepts mathématiques ».
L’impasse, cette égérie des cancres, fustigée comme la faiblesse des fumistes est, en fait, une géniale démarche scientifique. Du coup il convient de regarder d’un autre œil les élèves de troisième. Tous ceux qui feuillettent les cours avec le détachement des félins terminant une sieste salutaire ont, par intuition, résolu une équation dont les grands noms de la physique quantique cherchent encore la solution.
L’impasse n’est pas une voie sans issue.
Au départ du commencement du début, juste après un petit air de big bang jazz, Dieu, dans sa grande sagesse, juste après avoir donné sa dent à Ève, a désigné l’homo enseignis en tant que détenteur du gène de la transmission du savoir.
Proposant son humilité face à un destin grandiose, cet ancêtre primate, marqué du chromosome de l’évolution se déplaçait à quatre pattes, le nez dans la bouse de mammouth, en quête de pommes à croquer ou de serpents à sonner.
Ses femelles traquaient le pou récalcitrant sur sa toison en friche de mâle superbe et généreux qui pérennisait l’espèce semant, du geste auguste de sa bite turgescente, les spermatozoïdes vigoureux.
L’homo enseignis écoulait sa dure vie primitive, affalé sous un arbre vertement feuillu, sommeillant sur l’avenir incertain tout en
ingurgitant les baies juteuses tombées directement dans sa gueule béante.
Cette vie paisible où l’humanité était la nature tant son osmose avec l’environnement terrestre l’assimilait aux éléments de ce monde encore neuf, cette vie paisible, donc, allait prendre fin le jour où le pouce, organe à l’esprit pourtant conciliant, s’opposa furieusement aux quatre doigts de la main, favorisant préhension et manipulation. Notre homo, légitimement soucieux de s’élever dans la hiérarchie animale, se dressa sur ses jambes arquées, tendit le poing vers les cieux nuageux et revendiqua la dictature du prolétariat simiesque sur l’oligarchie carnivore du tigre aux dents de sabre, du lion aux mâchoires d’acier ou de l’ours mal léché.
Toujours le poing levé, manifestant son désir d’apprendre sans comprendre, il chercha de ses doigts gourds le moyen de transmettre ses connaissances naissantes.
Un jour où son lumbago chronique, séquelle de couchage végétal écologique mais néanmoins traumatisant, soigné aux plantes médicinales choisies avec approximation par sa compagne du moment, le laissa en paix, il lui suffit de ramasser un morceau de calcaire et de barbouiller les murs noircis de fumée des cavernes obscures pour inculquer aux hordes soumises les éléments primaires de l’ère quaternaire et en particulier l’Oligocène, période bien connue de relaxation géologique.
Le tableau noir était né.
Au fil des siècles il a, lui aussi, subi les outrage du temps et blanchi sous le harnais. Qu'importe, cro-magnon et néandertal réunis, marchant sur des braises chaudes, hurlèrent de bonheur sous la douleur du carbone quatorze. Non seulement cet élément primaire allait permettre de dater la découverte du tableau noir devenu blanc, mais encore, il allait permettre d'écrire lisiblement sur le support préhistorique.
Un établissement scolaire doit montrer l'exemple d'une communauté bien gérée. Pour cela, il est fait appel à une personne de grande valeur morale, de grande conscience intellectuelle, une personne aux qualités d'analyse et de synthèse évidentes, un bourreau de travail, une personne qui a tellement de cordes à son arc que son instrument ressemble à une lyre dont il joue avec justesse.
LE GESTIONNAIRE.
Les lécheurs de bottes optimistes, l’appellent monsieur l’Intendant, les déçus de la comptabilité publique, l’économe.
C’est un homme clé. Tel saint Pierre, coiffé de l’auréole de la noblesse d’argent, il ouvre toutes les portes, même celle de son coffre, mais pas forcément celles de son esprit (le saint Esprit
bien entendu). Des fois, il est soumis à la question, mais elle est subordonnée à SA question :
Qui paie ?

La réponse est incontournable. Pas moi !
C’est un garçon qui a bon fonds monétaire, il ne dit jamais non. Qui paie? Pas moi ! Cela suffit à son bonheur. Le moi
n’est pas un moi personnel qui sonne comme une injure collective, c’est un moi collégial auquel il s’identifie pleinement.
En plus, il s’occupe du blanchiment de l’agent sale. Il foudroie les femmes de ménage de son oeil exercé, montre du doigt
les poussières indélicates, encourage de son pif pointu, claque des mâchoires pour marquer son mécontentement, ne remercie jamais. Surtout, ne pas paraître faible.
La communauté éducative dépense, lui, gère.
Cette différence augmente son sentiment de supériorité sur le bas peuple dispendieux (nous n’avons pas les mêmes
valeurs).
Si un prof téméraire profite d’un moment d’égarement pour s’introduire obséquieusement dans le bureau du gestionnaire afin
de réclamer poliment un tube de colle, il doit écouter en silence et dans le recueillement, un cours d’économie forcenée, alimenté par le syndrome du comptable déprimé en fin d’année
budgétaire.
Il part avec la colle, car l’homme clé n’est pas un monstre, mais pas question de revenir trop souvent.
Les tribulations de DSK, le grand gagnant du festival de Kahn, ont porté un préjudice incalculable sur la crédibilité de la
comptabilité publique en général et sur les rapports hommes femmes dans l’en ceinte des cercles économiques en particulier. Les donzelles à poils ras ne regardent plus le gestionnaire avec les
mêmes yeux. Les belles le fuit carrément, les moches et mâle baisées s’accolent dangereusement.
A chacune de ses sorties, sa tendre épouse essuie les regards condescendants des femelles compatissantes.
Qu’elle est courageuse !
Anne, c’est le nom de l’épouse, scrute l’horizon à la recherche de la maîtresse potentielle venue de l’école primaire
voisine.
Anne ma sœur Anne, ne vois tu rien venir ?
Chaque année le gestionnaire prépare le budget. Malgré la légèreté des sommes, les chiffres sont lourds à digérer. La
présentation se fait au CA. Ne pas prononcer KA mais CEA.
Le Conseil d’Administration est un rassemblement d’huiles locales. Ne cherchez pas l’huile vierge, première pression à
froid, les pots sont vides. Par contre, l’huile de vidange, noircie sous la bielle assure la transmission dans les rouages de l’institution. L’huile de ricin, garantit le transit de
l’information.
Il y a là des gens extérieurs au cénacle, le chef d’établissement et ses collaborateurs, des profs, des parents, des élèves
et puis le fameux gestionnaire roi de la soirée dont les yeux clignotent tels des guirlandes de Noël à l’énoncé de chaque chapitre budgétaire.
Au A1 6067, tout le monde suit, au C615, les paupières tombent, au R2 6288, les ronflements s’élèvent. Heureusement il y a
le ZD, avec un Z comme Zorro, « un cavalier qui surgit hors de la nuit court vers l’apéro au galop. Son nom, il le signe à la pointe de l’épée d’un Z qui veut dire Zé soif. »
Il parait que le budget est l’acte majeur de la vie de l’établissement.
Mais le gestionnaire est-il majeur ?
Des fois le gestionnaire est aussi agent comptable. Son rôle : faire diligence et vigilance, les deux mamelles de la comptabilité publique.
On l’imagine alors, juché sur le siège d’un postillon, tenant les rennes des mules qui le traînent, arpentant au milieu des
nuits froides de l’hiver monétaire les allées pavées de mauvais payeurs. Ces derniers, coincés sous les roues cerclées de fer, répondent de la voix fluette de ceux qui vivent sous le seuil de
pauvreté « je paierai demain… ».
L'air est froid, la température glacée, le thermomètre congelé, mais le soleil brille dans le cœur de l'agent comptable. Il
sera payé demain.
La diligence repart, la vigilance demeure, le fouet claque et les mules brennissent.
A demain, si vous le voulez bien.


