Dimanche 16 mai 2010 7 16 /05 /Mai /2010 15:16

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Depuis le scribe aux dents de sabre et le moine à poils ras l’homme a toujours cherché à dupliquer sa pensée.

A cet égard plusieurs techniques se sont montrées décevantes. Celle de la multiplication des peints sur le papier du même nom a fini droit dans  le mur, les signaux de fumée style apache islandais ont perturbé le trafic aérien et la gravure sur marbre n’a pas fait carrière.

Heureusement, Bébert, le roi de la plume mécanique, plus connu sous le nom de Gutenberg, l’homme qui a transformé l’oral par les cris, un homme de caractère, a mis du plomb dans la cervelle de l’humanité et a participé à la civilisation du livre, demain en voie de disparition, remplacée par internet et ses écrivains sans papier.

En attendant, l’imprimerie a déclenché la folie salvatrice de la prolifération du savoir qui a envahi notre société et en particulier son sanctuaire le plus fondamental, l’école.

 

Un de ces jours gris qui jalonnent notre hiver et pollue notre été, un de ces jours qui engluent notre quotidien depuis l’avènement de l’empereur Nico premier, l’homme qui tond les moutons plus vite que son ombre, un camion affronte les intempéries du magnifique mois de Mai pour se rendre au collège dit « de la fesse triste » (en hommage à un ancien chef d’établissement), dans la cité médiévale du Gué Clain bien connue pour ses cloches romanes et son bistrot fleuri.  

 

 

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Le chauffeur se dépêche. Sa retraite n’est pas loin et il veut y arriver avant d’en revenir.

La Bérézina n’est pas une fatalité en matière de retraite.


Dans ses bagages, une magnifique photocopieuse dernier modèle. Carrossée par Bertone, huilée à la graisse de phoque riche en oméga trois, motorisée à l’arrière avec double arbre à came pure coke en tête. Le tableau de bord, cuir en plastique avec finition main. Vitre teintée sur le four, rétro éclairage à la lampe à souder. Tout électrique. Pas besoin de pédaler pour la faire avancer. En option elle passe la brosse à reluire. Fait des étincelles avec le toner. Clignote si on lui triture les boutons et pète quand fondent les plombs.

 

Lorsque le chauffeur arrive à bon port, il n’oublie pas de se coiffer d’un casque à pointe. Depuis la sacralisation du principe de précaution et l’oublie de l’excellente formule d’un très grand écrivain (Piga pour ne pas le nommer) « la plus grande cause de mortalité, c’est la vie ! », notre homme ne lésine pas sur la protection de son environnement immédiat et de sa personne en  particulier et du siège de son humanité révélée les jours de grande beuverie. Je vous le donne en mille,

SON CERVEAU,


si l’on peut nommer ainsi la petite masse grisâtre et spongieuse qui niche au fond du crane. Le casque à pointe est là pour éviter un tomber du ciel sur la terre, un vol de météorite, une avalanche de coups du sort, un retour de bâton. Le symbole de la tuile protectrice les jours d’orange se muant en danger mortel en cas de chute est très présent dans ses actes quotidiens.

Il a revêtu aussi son gilet jaune qui éloignera les sangliers distraits s’égarant dans une cour d’école. Lorsqu’il traverse un champ de taureaux il enfile un gilet rouge. Lorsqu’il rencontre un troupeau d’écologiste il met son gilet vert.

 

Le muscle est à l’honneur. Il faut descendre la machine. Deux magnifiques spécimens de la race humaine élevés sous la mer, garantis sans hormone artificielle et sans pensée subversive, à la sangle abdominale développée à la bière brune et au whisky coca se découpent sur l’horizon dégrisé.

Pas de problème, l’élévateur hydraulique a fait le boulot et pousser la machine en appuyant sur le bouton du charriot électrique est un jeu d’enfant, car ne l’oublions pas, l’enfant est au cœur du système éducatif. La photocopieuse est placée dans la salle de reprographie, proche de la salle des profs, à côté des water closet, pas loin de la cantine, accessible par la porte de sortie qui, parfois, sert aussi de porte d’entrée.  Allumée la nuit elle est le phare du collège, indique les écueils, guide les enfants vers le sud après qu’ils aient perdu le nord.   

 

Dés le lendemain, ce matériel exceptionnel est à la disposition des enseignants.

 

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Aux  premières minutes une foule chamarée et attentive se presse autour de l’objet de tous les désirs. Les femmes s’essayent à des œillades aguichantes,  les hommes bombent le torse.

Qui va entreprendre la bête androgyne. Le prof de latin dégaine en premier. L’Eneide au poing, il fend la foule, s’agenouille devant la machine, lui tend respectueusement les feuillets, tape les numéros, donne un coup de pied affectueux à l’engin domestique, attend respectueusement à l’autre bout et dans ses mains tremblantes tombent vingt cinq feuillets d’un Virgile impeccable, propre sur lui, l’original sur le dessus, les photocopies dessous.

Explosion de joie chez les spectateurs attentifs.  Les profs s’étreignent, certains pleurent, une photocopieuse en état de marche, ils n’avaient plus eu ça depuis de longs jours. La révolte couvait, les champions de la lutte des classes, les dignes enfants de la révolution française, celle de 1968, allaient remonter sur les barricades.

La nouvelle photocopieuse met un terme à cette ébullition, au grand soulagement de l’administration.

La prof de math profite de l’allégresse générale pour s’extraire du groupe, se faufiler à quatre pattes, chercher le diamètre du cercle des initiés, tirer une diagonale dans les coins, consulter son logarithme népérien, s’accoupler  à la photocopieuse, placer son exercice, tenter un recto verso, enfoncer les touches avec les seins…

Rien ne vient.

Elle appuie du nez, le bouton rouge clignote, alors elle pousse un cri de désespoir, donne des coups de genou, gémit devant la mauvaise volonté, martèle le clavier de sa chaussure à talon, le bouton vire au violet, puis le verdict apparait ; bourrage. 

Enfer et masturbation !

Bourrage.

Non, j’s’uis pas bourrée.

Bourrage et recopiage, les deux mamelles de la reprographie.

On pourrait croire les autres profs abattus par ce coup du sort ! Non, énergiques comme rarement, ils se ruent sur les mathématiques. La pensée unique et collective va-t-elle l’emporter sur les parallèles qui ne se coupent jamais ? Les plus acharnés attaquent la pauvre femme au cutter et aux ciseaux à bouts ronds. Ils lui coupe la tête, la plante au manche du balais brosse et la promène autour de la salle en hurlant des chants de haine et proférant des insultes grossières à l’encontre de la toute puissance des scientifiques, incapable de dominer le fonctionnement d’une simple photocopieuse.

La vaillante police municipale, à la recherche d’un apéro géant non autorisé ou d’une rave party interdite, s’apprête à intervenir, lorsque le gong de la rentrée sonne la fin du round et le début des cours.

Les pros rafistolent les corps en saignant, on recolle rapidement la tête de la prof de math. Le chef d’établissement se félicite du bon esprit général, assure que la photocopieuse sera bientôt réparée et souhaite bon courage à sa petite communauté qui part, en rang par deux, à la recherche des élèves.

 


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Pendant ce temps, l’ouvrier d’entretien, celui qui est payé pour réparer les conneries des autres, accroupi, la tête dans les engrenages, muni de son instrument de travail, la pince à épiler, dégage un à un les morceaux de papier coincés entre les rouleaux.


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Samedi 24 avril 2010 6 24 /04 /Avr /2010 10:36

 

Dans une cuisine, il n’y a qu’un chef.

 

 

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 Le chef.

 

Après une longue période de congé maladie, dans un sursaut d’orgueil, le chef, pour faire taire les mauvaises langues qui avaient émis l’hypothèse d’une crise de flemme récurrente ou d’une crise de sobriété néfaste à sa jovialité, avait décidé de reprendre les reines à pleine bouchées et de se présenter ce matin à son travail.

Bel exemple de conscience professionnelle pour un homme de cet âge mais encore trop jeune pour prétendre à la retraite qu’il voit s’éloigner au fur et à mesure qu’il vieillit.

 

Il se lève tôt avale à la hâte un café trop fort, trop noir et trop sucré.

L’énergie transmise par la boisson le transcende.

Il souffle ses ondes positives par les naseaux. La bave s’échappe entre ses dents déchaussées. Il tape du poing sur la table rythmant un chant patriotique et guerrier.

 

En quête d’identité nationale, il jette un coup d’œil au miroir, approuve d’un hochement de tête sa barbe de trois jours, déboule dans sa voiture au pas de charge, cherche à ouvrir la porte, pas de chance elle est fermée, il cherche la clé dans ses poches, ne trouve pas ses poches, cherche son pantalon, ne trouve pas son pantalon, cherche…enfin, gagné par la trépidance de la vie moderne, il a oublié de s’habiller.

Nullement découragé par ce contretemps il retourne chez lui. Devant la porte, il cherche sa clé dans ses poches, ne trouve pas ses poches ni son pantalon.

Il sourit car notre homme a de l’humour.

Tout nu devant la voiture, tout nu devant la maison. La cohérence de la situation rassure l’homme pressé. Pour toucher du bois il enfonce la porte de chêne d’un grand coup de tête.

 

Il s’habille en coup de vent, prend ses papiers car un travailleur sans papier est comme un fil sans conducteur ou un mécanicien sans huile de coude ou encore une racine sans cheveux.

 

Il s’engouffre dans sa voiture et fonce vers son travail situé mil cinq cent mètres plus loin. A mi chemin il s’impose une halte salvatrice où il vide sa vessie, remplit son réservoir et assèche un verre de calva, pas très bon, il faut l’avouer, mais un second fera passer le mauvais goût du premier.

 

Enfin, vers six heures trente minutes, le chef fait une entrée triomphale dans sa cuisine accueilli comme il se doit par sa précieuse collaboratrice sous un concert de casseroles et le ricanement du stagiaire un adolescent boutonneux au rire épais et aux cheveux gras.

Sa précieuse collaboratrice, une femme de couleur, car le blanc est aussi une couleur, lui tend affectueusement sa fesse droite pour une tape amicale, et comme elle est chrétienne, elle tend aussitôt la fesse gauche pour un pincement affectueux.

L’homme n’étant pas du bois dont on fait les éros glisse sa main sous la jupe…

Temps d’arrêt.

Il réfléchit, exercice douloureux et périlleux.

 

IL FAUT SE METTRE AU BOULOT, comme dirait un arbre de mes amis.

 

Cinq cent trente deux élèves du collège dont je tairais le nom eu égard aux oreilles indiscrètes qui me lisent, vont débouler dans le self vers douze heures dix,  avec la ferme intention de ne rien manger, car par définition « la cantine c’est mauvais »...même si « à la maison, c’est pas bon ! »

 

Le chef s’empare d’une gamelle, la remplit d’eau et, d’un geste assuré,  la met sur le feu. Il pousse un cri de victoire, écrase un ou deux boutons du stagiaire, masse l’arrière train de sa collaboratrice. C’est parti ! L’eau chaude est la première pierre de l’édifice culinaire.   

Bientôt elle chante sous la flamme, se répand en effluves inodores, exhale un brouillard de fines gouttelettes incolores…

 

A travers le brouillard, entre deux gouttelettes, apparait une forme immaculée, une sorte de druide, avec un masque de chirurgien, des mains gantées et une coiffe bretonne aplatie sur le haut. (C’est la coiffe qui est aplatie, pas la bretonne !)

 

 

La collaboratrice aurait pu expliquer qu’il s’agissait d’un chirurgien de l’hôpital mandaté par la faculté pour observer le  fonctionnement d’une cuisine à l’hygiène exemplaire et en tirer les précieux enseignements susceptibles d’éviter les maladies nosocomiales dans son service de viande froide.

En fait Jean Bon avait remplacé le chef pendant sa période d’absence et était conservé sur place en sur effectif.

 

Un chef de cuisine qui se respecte est chatouilleux de ses prérogatives, n’est pas prêteur de ses outils, a les plates-bandes sensibles, les sourcils broussailleux et la tête près de la toque. Ce n’est pas un chirurgien habillé en druide et coiffé comme une bretonne qui va faire monter la mayonnaise au septième ciel surtout si la gamelle a le feu au cul.

Bref, une hostilité constructive s’installe entre les deux hommes, la poignée de main est glaciale. Pour ne pas interrompre la liaison froide le druide est projeté dans la chambre de refroidissement rapide et expédié aussitôt dans la chambre de congélation, à moins 18 degrés, température où l’on garde son sang froid et son haleine fraîche. La porte est cadenassée, la clé fondue avec du gruyère dans un plat régional savoyard.

 

Le chef dirige une équipe. Un détenteur de pouvoir, aussi petit soit-il (pas le pouvoir, le détenteur) doit gérer le rapport avec ses larbins avec diplomatie, respect, clarté et justice. Il est coulant comme le nœud, des fois coulant comme le camembert mais jamais comme le Titanic et sa communication est basée sur le dialogue.

    

Le tout a été aboyé de la voie gutturale du cuisinier gestapiste en train d’assaisonner Jean Moulin.

Le chef s’empare du fusil, affûte son hachoir et charge contre les navets qui sont exterminés à la vitesse du mur du con. Les carottes sont cuites et les poireaux ne font pas long feu, ils n’en sont pas revenus.  Le persil est tronçonné au taille haie, l’ail haché menu et l’oignon épelé à touts le sauces.

La viande, où est la viande ? Dans le congélo fermé à clé et la clé fondue. Pas de viande. Idem pour le sorbet.

Le chef revoit sa stratégie, cet Austerlitz ne sera pas son Waterloo. Il butte sur sa collaboratrice qu’il décanille à coups de coudes et tombe sur les oranges. Il shoote dans la plus grosse. Le stagiaire pare le coup avec son bouclier fiscal, le chef monte à la volée de bois vert, il smache sur la ligne de fond de veau, le stagiaire renvoie l’orange du marchand, le chef rattrape la balle en fond de court bouillon et la catapulte dans la cuisinière ouverte, sa collaboratrice la ferme.  

Le dessert est trouvé : marmelade ! En confiture!

 

 

 

 

La cuisine n’est pas l’expression triviale d’une réaction animale face à la faim,

c’est un art.

 

 

Les enfants à la queue leu leu devant le self soupçonnent-ils que sous l’abondance de cette   nourriture terrestre se cache les oligo-éléments de la nourriture spirituelle ?


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Dimanche 28 mars 2010 7 28 /03 /Mars /2010 18:12

 

 

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Aujourd’hui c’est lundi et comme tous les lundis, au collège de Fausse- Joie dans la banlieue nord de Chimou  sur Comédon, se tient la très fameuse réunion de direction, rendez vous  hebdomadaire mais néanmoins extraordinaire, tant l’extraordinaire est le lot quotidien de l’éducation nationale. 

Elle  rassemble des personnages de premier plan à l’intelligence aiguisée par des années d’expériences et aux regards habitués à scruter l’horizon assombri du système éducatif.  La profondeur des ébats et la hauteur des arguments en font un évènement « people »commenté avec objectivité dans la salle des profs, arrière cours de la maison de la culture et avant scène du théâtre d’ombres (je n’ai pas dit de marionnettes) où se joue, toutes les heures, l’avenir de nos chérubins.

Il s’agit de discuter de la semaine qui s’annonce mal, car si elle s’annonçait bien, ce rassemblement  serait parfaitement inutile et pourrait s'apparenter à  une causerie aimable et superficielle, insulte à l’urgence des décisions à prendre, des drames à dénouer, des cocotiers  à secouer.


 

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Le chef d’établissement préside. Comme tous les chefs, il est assisté de deux collaborateurs fidèles, soumis… pas trop quand même. Il ne s’agit pas  de donner l’illusion de la servilité.

A sa gauche, côté cœur, le Principal adjoint, porte sa serviette, dépoussière son fauteuil, tourne les pages des dossiers, apporte le café, répond aux questions faciles, souffle les commentaires pointus, puis disparait dans l’ombre. Des fois il a le droit de se coucher sous la table, de gratter le tapis et de gémir de plaisir sous les coups de pieds du maître. La réunion finie, il apporte sa laisse entre les dents et suit son boss en remuant la queue. 

A sa droite, côté portefeuille, le gestionnaire, tient les cordons de la bourse. Lorsqu’il sert les cordons, ça fait pas du bien aux couilles du principal, mais il grimace, surmonte la douleur et se venge sur l’adjoint. Le reste du temps le gestionnaire est un personnage positif qui répond toujours non aux questions tout en hochant la tête de haut en bas pour simuler le oui.

En face, le conseiller principal d’éducation a déjà dégainé son stylo. Il sait conseiller  pour ne pas écouter, exclure pour mieux inclure, guérir pour mieux soigner. Il sait se déguiser en infirmière,  en police de proximité. Conseiller…aucun doute,  éducation…sans doute, mais principal ? J’en doute !


La semaine dernière a été consacrée à la recherche du point « G », équilibre parfait entre la discrimination positive et la croissance négative, un point idéal où la jouissance ne s’entend plus, muette comme les grandes douleurs, intérieure comme les grandes joies, inextinguible comme les grandes soifs.  En bref, « G » comme Gé mal à mon éducation mais Gé me soigne mais Gé pas trouvé le docteur.

Aujourd’hui, sujet de la réflexion : comment recevoiir dignement le nouveau prof de langue vivante ?


Les langues vivantes !

 

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Un vaste sujet.

Il ne faut pas croire que les petits français sont nuls en langues étrangères. Ils sont nuls en plein d’autres choses, mais pas pour causer avec les habitants du vaste monde.

L’allemand, dialecte guttural aboyé par quelques teutons mal dégrossis, a été enterré et a rejoint le paradis des langues mortes avec le latin et le grec.

L’espagnol est parfaitement assimilé, il suffit de rajouter un « a » au mot féminin français pour obtenir un excellent idiome hispanique.

Exemple ; bicyclette donne bicycletta.

Même principe en ce qui concerne les mots masculins, vous rajoutez un « o ».

Exemple ; vin donne vino.

Les noms propres doivent être maniés avec plus de finesse et de délicatesse  mais, rien d’insurmontable. Vous collez « sa » devant.

Lope de Vega devient alors, Salope de Vega.   

Avec l’anglais, l’osmose linguistique est totale. En parlant français, vous parlez anglais. Mieux, le français est en passe de devenir une langue universelle

Voyez plutôt :


"After le breakfast vous vous boostez vers l’open space pour débriffer le prime time en live. A midi, fast food avec un has been relooké en attente du tea time précédent le brainstorming à la recherche de backlinks sur le blog."


Et je n’évoque pas le wording, le percing, le bling bling…

Génial ! Je me croyais monolingue, je suis bilingue.


Donc, la question est, « comment accueillir dignement le nouveau prof de langue » ? Mais au fait, quelle langue ? La langue de bœuf, la langue de bois, la langue de chat…Non, nos grands penseurs nationaux ont optés pour une expression jeune et dynamique qui rapproche l’électronique de la sémantique, raccourcit une orthographe encombrante, synthétise une pensée brouillonne :


Le texto.


Le prof de texto doit être là, derrière la porte, les cheveux enduits de gel, le doigt vissé à son téléphone portable. Un jeune bien sûr, chargé de dynamiser le système, jouant du clavier comme Mozart de l’accordéon, écrivant à la vitesse du Dumas au galop, philosophant mieux que BHL(moins bien c’est pas possible).


« Salt, je m’appel Bruno, j’suis la pr vs apprendre la lgue du sms ;) ! Ou st vos eleves 2 mer2 ke je les 1struise ;) !! »


Bruno et son portable seront-ils en réseau avec le règlement intérieur ? Cette question fera l’objet d’une prochaine réunion de direction, lundi prochain.

 

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(avec l'aimable complicité de David G. Benuki)


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Samedi 9 janvier 2010 6 09 /01 /Jan /2010 11:48


Observez avec attention ce bipède humanoïde qui marche dans la rue un filet  à provisions à la main.

Son survêtement sent encore bon le cadeau de Noël, son regard soucieux  indique une plongée dans les promesses non tenues  de 2009 et leurs réactivations en résolutions fermes et définitives pour 2010.


2010 sera une année diététique !


Moins de café dans le sucre, moins d’eau gazeuse dans le whisky, moins de beurre dans les épinards, moins de mousse dans la bière.


2010 sera aussi et surtout une année sportive ! 

 

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L’exemple lui a été  donné par l’ami Marcel, le voisin de palier. A force de manger des légumes verts et de boire du bouillon de poireau, il avait été terrassé par l’infarctus qui guettait.  Il faut dire que l’infarctus traque les Marcel depuis une éternité et que donc l’hérédité y est pour beaucoup.  Pour remonter la pente, investir dans l’avenir et parier sur le futur, Marcel avait acheté  un magnifique vélo d’appartement  et l’avait installé dans son bureau perso.


 

 

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Pour son anniversaire il s’était  offert une télé, pour sa fête un lecteur MP3 et pour le troisième échec de son fils au bac, une caisse de bière.  Il avait trouvé, derrière son instrument de torture la vis que si on la dessert on a l’impression de descendre le mont Ventoux plutôt que de le monter. Donc il pédalait tranquillement en matant des films à la télé, en écoutant ACDC et en étanchant sa soif de sportif. Dans le sandwich il avait remplacé le jambon blanc, viande impure et grasse,  par du poulet mayonnaise bio élevé au maïs transgénique arrosé à la pisse de chat enrichie d’oligo éléments.


Le bipède humanoïde du début de l'histoire se dirige vers le gymnase du quartier et son filet à provision n’est qu’une vulgaire raquette de tennis au cordage distendu. Il a promis à sa femme, ses enfants et son médecin de se vautrer dans le sport  et l’exercice physique, de s’attaquer à sa sangle abdominale, de gonfler les muscles des bajoues, d’enfler ses poumons de l’air pur des cimes qui vient du large, d’enrayer sa chute de cheveux… de redevenir l’homme qu’il n’avait jamais été.

Comme tous les enfants de bonne famille dont la mère culpabilise si les mercredis après midi de sa progéniture ne sont pas remplis d’activités valorisantes, il avait subi les cours de piano de 14h à 15h et les courts de tennis à partir de 16h. Je passe sur le catéchisme et les leçons d’anglais. Je passe sur la danse africaine, le dentiste redresseur de chicots, la chasse aux papillons et la peinture sur soi.

Ses enfants, dont l’innocence était restée au vestiaire,  glissèrent   un mot sournois à leur mère sur les qualités tennistiques anciennes du père. Imprudemment l’homme avait du se vanter ! Le tennis, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. Une fois monté sur sa raquette on retrouve le chemin du filet.


A force de marcher, le bipède atteint le gymnase. Une sorte de hangar, glacé comme une bûche en hiver et chaud comme une saucisse en été. Un lieu à éviter pour toute personne saine d’esprit, mais il avait promis…

Il pousse la porte.

Un silence assourdissant s’est emparé du lieu. Pas un chat.

Visiblement le gymnase était abandonné depuis longtemps et les jeunes du quartier l’avaient embelli de tags grossiers, de bouteilles vides et d’immondices divers en Décembre et avariés en Juillet.

A côté, à droite, juste derrière la porte, Nenette.

Nénette est la femme de Marcel, le voisin de palier. Une dame entre deux âges attendant avec anxiété le troisième. Une femelle humanoïde  à la croupe rebondie, au poitrail avantageux, ferrée de frais dans ses nouveaux petits souliers, le naseau frémissant et le rire chevalin.


 

- C'est toi?

- C'est moi!

- Tu as reçu mon message?

- Celui où tu veux jouer à "baise mi et baise moi sont sur un bateau"?

- Et c'est toujours baise mi qui tombe à l'eau!


 

Les deux voisins ont alors entamé un match de pénis en cinq sets sans tie-break , poursuivi par des tirs au but dans une rencontre de foutre- ball.


121-copie-1.gif Observez avec attention ce bipède humanoïde qui s’en retourne  d’un pas alerte vers le domicile familiale. Un petit sourire titille le coin de ses lèvres. Il va s’arrêter au troquet du coin, s’installer en terrasse, allumer une cigarette, commander une bouteille de rouge et une grosse part de frites, bien grasses.

La frite, celle qu’il adorait à la cantine scolaire, celle qui s’enfournait sans retenue dans la bouche grande ouverte d’adolescent dont le seul objectif quotidien était le remplissage de l’estomac vide. Alors, Il mâchait à peine la patate chaude pour déglutir rapidement la purée bienfaisante et tel Stakhanov dans sa mine de charbon, il rechargeait son four béant, et, les yeux mi clos, il se laissait aller à penser que ce monde était merveilleux.

Puis il recommençait pour assouvir un plaisir qui prenait faim, le plat terminé. Alors il endossait son rôle ancestral de conquérant et partait razzier les assiettes de ses petits camarades à la bouche plus petite ou au débit plus modeste. Il appartenait déjà à une prestigieuse communauté qui snobait le petit mangeur, celui qui prenait sa frite du bout de sa fourchette, qui la scrutait et la mordillait du bout des lèvres comme un bourgeois repu découvrant avec ennui une écaille de truffe coincée sous la coquille d’œuf.

 

 

 

 

A la réflexion, 2010 sera une année diététiquement calorique, parsemée de sport en chambre et de coupe du monde de football.


Heureusement ces activités ne sont pas incompatibles entre elles.


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Vendredi 11 décembre 2009 5 11 /12 /Déc /2009 21:34
 


                                                                 

Ce soir, rentrée en scène du père Noël.

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Le vingt trois décembre et malgré l’éminence du soir N, il s’était endormi en ronflant. Comme d’habitude ! Aurait dit la mère Noël.

Comme d’habitude le père Noël s’était débarrassé de ses habits rouges, les avait balancés en vrac au fond de la pièce, avait gardé ses chaussettes trouées car ses pieds dépassaient des draps trop courts ou des jambes trop longues. Son bonnet rouge le protégeait du jour et couvrait ses nuits. Personne ne savait s’il y avait des cheveux sous le bonnet, mais il avait la tête près du bonnet. Ensuite il avait cherché à positionner sa longue barbe blanche qui, immanquablement, s’entortillait autour du cou, accentuant les ronflements tonitruants, marque de digestion difficile et de plénitude spirituelle.

 

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Comme d’habitude, la mère Noël s’était peu découverte. Le caractère, l’âge et la froidure la maintenait emmitouflée jusqu’aux oreilles dans une vieille couverture tissée en poils de renne. Elle gardait ses bottes car depuis les dernières chaleurs ses panards avaient gonflés et le cuir faisait corps aux pieds avec la peau. Ainsi elle avait tissé un rempart contre le sexe et la fornication digne des meilleures camisoles chimiques, ce qui ne l’empêchait pas de se lever la nuit pour remettre des bûches dans la cheminée et désentortiller la barbe du mari avant l’étranglement et la quête du râle final.

Le cul de la mère Noël n’avait plus rien d’engageant et, comme d’habitude, le père Noël avait tourné sa bedaine de l’autre côté, celui des rêves et des phantasmes.

 

Depuis plusieurs jours, les rennes, cornaqués par la reine des rennes, suçaient l’herbe grasse congelée autour du chalet enneigé dans l’attente de la nuit magique où leur patron, à grands coups de savates amicaux, les obligerait à s’extraire de la paille chaude, à s’envoler dans les brumes verglaçantes, à s’immobiliser devant la lune argentée pour une photo souvenir, à inhaler la fumée toxique des cheminées non ramonées et à revenir au point du jour, les sabots usés, les naseaux freezés, les andouillers tombants et la langue pendante.

Seul point positif, la réserve de vodka aurait baissé.

 

 Je ne suis pas là pour écraser une mite, mais la vodka est une faiblesse du père Noël.

Il ne part jamais à vide et rentre toujours plein.

Vous aviez certainement remarqué des manques ou des confusions dans l’attribution des cadeaux. Vous aviez aussi remarqué des enfants au bonnet rouge parmi les naissances du 25 septembre. A la latitude où vit notre héros, le sperme reste congelé et les femmes frigides. La chaleur de nos contrées tempérées redonne à l’animal une oscillation propagatrice.

 

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Ce matin du vingt quatre, les tempes du père Noël sont moites et sa pensée obscure. Comme d’habitude aurait dit sa femme ! Sauf que là, plus obscure que jamais, comme si c’était encore la nuit dans son cerveau.

Devant l’état de son mari, elle fut contrainte d’appeler la faculté en la personne du docteur Gelure. Hans Gelure.

La maison du docteur n’était pas chauffée et à chaque printemps il se séparait d’un bout de lui-même.

Surgelé en automne, congelé en hiver, amputé en juin.

L’année dernière un doigt était tombé, l’année précédente, deux orteils et comme Hans était très vieux, il allait rapidement prendre place sur la liste illustre des primates en voie de disparition patronnée par l’UNESCO et subventionnée par le ministère des inégalités humaines.

Malgré tout, ses conseils sont précieux et son diagnostic très sûr.

Chez Hans, l’alcool à 90° est une denrée trop précieuse pour la gaspiller dans la désinfection des plaies et après plusieurs lampées partagées avec le patient, le mot est tombé d’une langue pâteuse : grippe porcino-aviairo-mexicaine.

La grippe A ! A comme abominable.

Celle qui l’Ibère les espagnols, assèche les Numides,  gomorrhe les Sodomites, allonge les fils des tantes.

La faculté a tranché et Hans perdu une oreille et la queue pendant son tour d’honneur.

Un traîneau sanitaire a conduit Noël à l’hôpital le plus proche c'est-à-dire l’igloo du chaman Tamiflu, un inuit inouï !  

A seconde vue, la convalescence sera longue, heureusement, la glace conserve les organismes, l’alcool conserve les illusions et le froid ne perd pas le nord.

Au nord, oui ! Déboussolé, non !

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Devant la catastrophe annoncée, la mère Noël convoque le banc et l’arrière banc de l’élite locale :

Blanche neige et les sept nains,

Saint Nicolas qui a déjà fini sa tournée,

Le père fouettard, âme damnée de Saint Nicolas,

La reine des rennes et son traîneau magique.

Toutes ces têtes pour un seul front.

Des gens bourrés de qualités mais strictement incompétents dans la grande distribution.

Aussi la mère Noël prit les mesures qui s’imposent :

Si le malade en réchappe, Tamiflu sera promu grand manitou-ministre de la grippe A,

Les cadeaux ne seront plus fabriqués sur place mais importés de Chine par les sept nains qui les distribueront en traîneau tiré par Blanche neige  (le traîneau, pas les sept nains),

Le père fouettard sera attaché de presse et garde du corps de la mère Noël eu égard à la stimulation par le martinet de ses besoins de tendresse.

Cette année, vu l’urgence, Saint Nicolas sera réquisitionné ce soir, mais pour diminuer sa charge de travail, seuls les enfants de sexe masculin et de plus de cinquante sept ans auront droit à un cadeau.

La reine des rennes sera transformée en pâté et étalée sur du pain blanc.

Enfin, pour finir de terminer de clore cette triste histoire, la mère Noël va aller dés demain à Copenhague pour militer en faveur du réchauffement climatique de la planète, histoire de retrouver les  lagons sous la banquise, les palmiers sur les congères, le sable sous la poudreuse et le bikini dans la banane.

Comme diraient les anciens combattants de 68 ; sous le pavé glacé, la plage, ou sous le névé, la grève.

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