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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 10:36

 

Dans une cuisine, il n’y a qu’un chef.

 

 

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 Le chef.

 

Après une longue période de congé maladie, dans un sursaut d’orgueil, le chef, pour faire taire les mauvaises langues qui avaient émis l’hypothèse d’une crise de flemme récurrente ou d’une crise de sobriété néfaste à sa jovialité, avait décidé de reprendre les reines à pleine bouchées et de se présenter ce matin à son travail.

Bel exemple de conscience professionnelle pour un homme de cet âge mais encore trop jeune pour prétendre à la retraite qu’il voit s’éloigner au fur et à mesure qu’il vieillit.

 

Il se lève tôt avale à la hâte un café trop fort, trop noir et trop sucré.

L’énergie transmise par la boisson le transcende.

Il souffle ses ondes positives par les naseaux. La bave s’échappe entre ses dents déchaussées. Il tape du poing sur la table rythmant un chant patriotique et guerrier.

 

En quête d’identité nationale, il jette un coup d’œil au miroir, approuve d’un hochement de tête sa barbe de trois jours, déboule dans sa voiture au pas de charge, cherche à ouvrir la porte, pas de chance elle est fermée, il cherche la clé dans ses poches, ne trouve pas ses poches, cherche son pantalon, ne trouve pas son pantalon, cherche…enfin, gagné par la trépidance de la vie moderne, il a oublié de s’habiller.

Nullement découragé par ce contretemps il retourne chez lui. Devant la porte, il cherche sa clé dans ses poches, ne trouve pas ses poches ni son pantalon.

Il sourit car notre homme a de l’humour.

Tout nu devant la voiture, tout nu devant la maison. La cohérence de la situation rassure l’homme pressé. Pour toucher du bois il enfonce la porte de chêne d’un grand coup de tête.

 

Il s’habille en coup de vent, prend ses papiers car un travailleur sans papier est comme un fil sans conducteur ou un mécanicien sans huile de coude ou encore une racine sans cheveux.

 

Il s’engouffre dans sa voiture et fonce vers son travail situé mil cinq cent mètres plus loin. A mi chemin il s’impose une halte salvatrice où il vide sa vessie, remplit son réservoir et assèche un verre de calva, pas très bon, il faut l’avouer, mais un second fera passer le mauvais goût du premier.

 

Enfin, vers six heures trente minutes, le chef fait une entrée triomphale dans sa cuisine accueilli comme il se doit par sa précieuse collaboratrice sous un concert de casseroles et le ricanement du stagiaire un adolescent boutonneux au rire épais et aux cheveux gras.

Sa précieuse collaboratrice, une femme de couleur, car le blanc est aussi une couleur, lui tend affectueusement sa fesse droite pour une tape amicale, et comme elle est chrétienne, elle tend aussitôt la fesse gauche pour un pincement affectueux.

L’homme n’étant pas du bois dont on fait les éros glisse sa main sous la jupe…

Temps d’arrêt.

Il réfléchit, exercice douloureux et périlleux.

 

IL FAUT SE METTRE AU BOULOT, comme dirait un arbre de mes amis.

 

Cinq cent trente deux élèves du collège dont je tairais le nom eu égard aux oreilles indiscrètes qui me lisent, vont débouler dans le self vers douze heures dix,  avec la ferme intention de ne rien manger, car par définition « la cantine c’est mauvais »...même si « à la maison, c’est pas bon ! »

 

Le chef s’empare d’une gamelle, la remplit d’eau et, d’un geste assuré,  la met sur le feu. Il pousse un cri de victoire, écrase un ou deux boutons du stagiaire, masse l’arrière train de sa collaboratrice. C’est parti ! L’eau chaude est la première pierre de l’édifice culinaire.   

Bientôt elle chante sous la flamme, se répand en effluves inodores, exhale un brouillard de fines gouttelettes incolores…

 

A travers le brouillard, entre deux gouttelettes, apparait une forme immaculée, une sorte de druide, avec un masque de chirurgien, des mains gantées et une coiffe bretonne aplatie sur le haut. (C’est la coiffe qui est aplatie, pas la bretonne !)

 

 

La collaboratrice aurait pu expliquer qu’il s’agissait d’un chirurgien de l’hôpital mandaté par la faculté pour observer le  fonctionnement d’une cuisine à l’hygiène exemplaire et en tirer les précieux enseignements susceptibles d’éviter les maladies nosocomiales dans son service de viande froide.

En fait Jean Bon avait remplacé le chef pendant sa période d’absence et était conservé sur place en sur effectif.

 

Un chef de cuisine qui se respecte est chatouilleux de ses prérogatives, n’est pas prêteur de ses outils, a les plates-bandes sensibles, les sourcils broussailleux et la tête près de la toque. Ce n’est pas un chirurgien habillé en druide et coiffé comme une bretonne qui va faire monter la mayonnaise au septième ciel surtout si la gamelle a le feu au cul.

Bref, une hostilité constructive s’installe entre les deux hommes, la poignée de main est glaciale. Pour ne pas interrompre la liaison froide le druide est projeté dans la chambre de refroidissement rapide et expédié aussitôt dans la chambre de congélation, à moins 18 degrés, température où l’on garde son sang froid et son haleine fraîche. La porte est cadenassée, la clé fondue avec du gruyère dans un plat régional savoyard.

 

Le chef dirige une équipe. Un détenteur de pouvoir, aussi petit soit-il (pas le pouvoir, le détenteur) doit gérer le rapport avec ses larbins avec diplomatie, respect, clarté et justice. Il est coulant comme le nœud, des fois coulant comme le camembert mais jamais comme le Titanic et sa communication est basée sur le dialogue.

    

Le tout a été aboyé de la voie gutturale du cuisinier gestapiste en train d’assaisonner Jean Moulin.

Le chef s’empare du fusil, affûte son hachoir et charge contre les navets qui sont exterminés à la vitesse du mur du con. Les carottes sont cuites et les poireaux ne font pas long feu, ils n’en sont pas revenus.  Le persil est tronçonné au taille haie, l’ail haché menu et l’oignon épelé à touts le sauces.

La viande, où est la viande ? Dans le congélo fermé à clé et la clé fondue. Pas de viande. Idem pour le sorbet.

Le chef revoit sa stratégie, cet Austerlitz ne sera pas son Waterloo. Il butte sur sa collaboratrice qu’il décanille à coups de coudes et tombe sur les oranges. Il shoote dans la plus grosse. Le stagiaire pare le coup avec son bouclier fiscal, le chef monte à la volée de bois vert, il smache sur la ligne de fond de veau, le stagiaire renvoie l’orange du marchand, le chef rattrape la balle en fond de court bouillon et la catapulte dans la cuisinière ouverte, sa collaboratrice la ferme.  

Le dessert est trouvé : marmelade ! En confiture!

 

 

 

 

La cuisine n’est pas l’expression triviale d’une réaction animale face à la faim,

c’est un art.

 

 

Les enfants à la queue leu leu devant le self soupçonnent-ils que sous l’abondance de cette   nourriture terrestre se cache les oligo-éléments de la nourriture spirituelle ?

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Published by PIGA - dans humour
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