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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 18:35


Charles avait été son premier amant. Des Charles célèbres avaient déjà jalonné l’histoire du monde,

des hauts comme de Gaulle,

des grands comme Magne,

des déplumés comme le chauve,

des princiers comme d’Angleterre,

des corses comme Pasqua,

mais aucun n’avait été le premier amant de Cécilia, même pas le petit Nicolas ! Ce souvenir merveilleux, Cécilia l’avait enfoui sous un des nombreux méandres des boyaux de son cerveau pour ne jamais oublier le gentleman délicat qui avait fermé les yeux sur les draps souillés, le gentleman attentionné qui l’avait raccompagnée de peur qu’elle ne s’installe et le gentleman prévoyant qui avait verrouillé la porte de peur qu’elle ne revienne.

Cécilia avait vécu son intronisation dans « plus belle la vie » avec l’émerveillement des jeunes filles romantiques qui comptent les diamants sur la bague de fiançailles et les fleurs dans la corbeille de la mariée.

Quelques messieurs plus tard, à la naissance de son fils, par grandeur d’âmes elle avait laissé son conjoint choisir un premier prénom suffisamment insignifiant, propre, le prénom, à ne pas faire de l’ombre au second, tout naturellement, Charles. Le mari, benêt par nature et abruti par fonction avait trouvé Ernest.

Le pauvre homme croyait dominer les ébats. Il en était simplement le cocu par anticipation d’abord, le cocu par contumace ensuite.

Peu importe la place pourvu qu’on ait la femme !

En représailles, aidé de la divine providence, le mari avait affublé bobonne et fiston d’un nom à divorcer dehors, Débarras.

Nom ancien, fixé au moyen âge à partir de l’activité principale de son porteur, à savoir l’utilisation de la serpillère. Le seigneur avait le heaume, le serviteur lavait at home, le serviteur et la serpillère étant rangé dans le placard.

Bon débarras !

Seule ombre à ce merveilleux tableau à la Mickeymousse, le petit Ernest Charles Débarras subissait des difficultés respiratoires délicates à soigner et pénibles à surmonter.

Son début de scolarité avait donc été chaotique mais son esprit acéré et sa volonté de fer l’avaient remis à flots avec l’aide et les soins de sa grand-mère qu’il appelait granma.

 

Ernest Charles Débarras était accoudé au portail du collège.

A côté de lui, une espèce de grand futur gaillard, aux lunettes épaisses et à la voix de fausset, gesticulait. Depuis la maternelle, il était son ami fidèle, si fidèle qu’il était devenu Fidel. C’était lui qui, pour des raisons de rapidité linguistique avait raccourci Charles en Che et appelait Ernest Débarras, le Che.

 

En ce jour J, de l’année A au temps T, rentrée des sixièmes.

Les parents se pressaient. Depuis qu’ils étaient  incapable d’élever leurs gosses, ils les accompagnaient vers le seul endroit à peu près structuré de notre société, l’école. Ils étaient comme au supermarché, avec leur petit caddy. Le supermarché, le seul endroit sans limitation de vitesse. On pouvait y rouler à fond en s’arrêtant à tous les rayons. Et là, ils s’arrêtaient à tous les rayons.

Les manuels scolaires

La cantine,

Le foyer socio éducatif

L’infirmière

L’assistante sociale.

Ils repartaient au bout de deux heures, le temps des courses du samedi matin, le caddy plein. Le collège n’était plus un lieu où l’on apprenait, c’était un lieu où l’on consommait. Les enfants allaient consommer du savoir, le mâchouiller entre leurs fils dentaires et leurs dents de lait, puis le cracher au sol en l’écrasant soigneusement du bout de la chaussure de marque signe extérieur du rayonnement intellectuel. Signe des temps, la cours était déjà tapissée de chewing-gum marque non dégradable d’un enseignement dégradé.

 

Les enfants suivaient.

Ils se dissimulaient derrière une mine concernée.

Ils n’avaient plus rien à voir avec le petit Nicolas (encore un…), le vrai, celui de Sempé et Goscinny.

Mais qu’ils étaient mimis les rois du RNB et de la funk avec leurs petites mèches collées au gel ! Ils avaient une tronche à la Renaud, pas le vrai celui des années 80, mais le faux celui des années 2009.

Ce jour de rentrée, ils traînaient leurs parents en les poussant.

Les vieux refoulaient les mauvais souvenirs, les jeunes passaient du bac à sable à la maison des jeunes et de la culture. Surtout des jeunes d’ailleurs !

L’été y’avait la cours de récrée, l’hiver y’avait du chauffage, le soir de la lumière, à midi de quoi manger, des potes plein partout.

Le petit chaperon rouge était dedans, les loups restaient dehors en bouffant mère grand. Quant aux chasseurs, ils avaient mouillé leurs cartouches en même temps que leurs culottes.

 

Au fond, près des bâtiments, les profs s’organisaient en une société féodale, regroupée autour du castel commandé par un châtelain nommé Luc certainement apôtre dans une autre vie.

Le seigneur des lieux trônait.

Debout, devant.

Principal, même plus, Essentiel. Il ruminait la circulaire de rentrée, son niveau de compétence, la pandémie grippale qui s’abattait sur son collège comme la vérole sur le bas clergé.

Tout au fond,  la noblesse de cloche (sans commentaire… !), les stagiaires, claquaient des genoux en portant les sacs des certifiés, noblesse de robe, qui levaient le doigt pour s’adresser à la noblesse d’épée, les agrégés qui eux ne portaient rien si ce n’est le poids de la pédagogie sacerdotale et héréditaire.

Encore plus derrière, les vilains nettoyaient les écuelles et briquaient les cuivres. Ils avaient abandonné leur condition de cerfs éducatifs pour être promus vilains départementaux.

 

Pendant une année entière tout ce beau monde allait subir les ailettes du mixeur de saint Luc. La mixité sociale, la pensée unique, la pilule du lendemain, l’hétérogénéité, l’apprentissage des compétences, l’alternance et l’orientation réussie. A la sortie, une belle pâte à tarte avec, comme d’habitude, en bas la croute, en haut, la crème et tout en haut la cerise et encore plus haut la bouche de la pâtissière.

 

           

              - Dis moi Fidel, on va faire de l'astronomie cette année?

              - Peut-être la rotation de la terre sur elle-même.

             - Je préfère quand elle tourne autour du soleil, ça s'appelle une révolution!

 

 

 

 

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Published by PIGA - dans humour
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