Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 18:04

Après une longue période de congé maladie, dans un sursaut d’orgueil, le chef, pour faire taire les horreurs éhontées suggérées à son égard, a décidé de reprendre les reines à pleine bouchées et de se présenter, ce matin, à son travail.

Il se lève tôt avale à la hâte un café trop fort, trop noir et trop sucré.

L’énergie transmise par la boisson le transcende.

Il souffle ses ondes positives par les naseaux. La bave s’échappe entre ses dents déchaussées. Il tape du poing sur la table rythmant un chant patriotique et guerrier.

En quête d’identité nationale, il jette un coup d’œil au miroir, approuve d’un hochement de tête sa barbe de trois jours, déboule dans sa voiture au pas de charge, cherche à ouvrir la porte, pas de chance elle est fermée, il cherche la clé dans ses poches, ne trouve pas ses poches, cherche son pantalon, ne trouve pas son pantalon, cherche…enfin, gagné par la trépidance de la vie moderne, il a oublié de s’habiller.

Nullement découragé par ce contretemps il retourne chez lui. Devant la porte, il cherche sa clé dans ses poches, ne trouve pas ses poches ni son pantalon.

Il sourit car notre homme a de l’humour.

Tout nu devant la voiture, tout nu devant la maison. La cohérence de la situation rassure l’homme pressé. Il enfonce la porte de chêne d’un grand coup de tête, s’habille en coup de vent, prend ses papiers car un travailleur sans papier est comme un fil sans conducteur ou un mécanicien sans huile de coude.

Il s’engouffre dans sa voiture et fonce vers son travail situé mil cinq cents mètres plus loin. A mi-chemin il s’impose une halte salvatrice où il vide sa vessie, remplit son réservoir et assèche un verre de calva, pas très bon, il faut l’avouer, mais un second fera passer le mauvais goût du premier.

Enfin, vers six heures trente minutes, le chef fait une entrée triomphale dans sa cuisine, accueilli comme il se doit par sa précieuse collaboratrice sous un concert de casseroles et le ricanement du stagiaire un adolescent boutonneux au rire épais et aux cheveux gras.

Sa précieuse collaboratrice, une femme de couleur, car le blanc est aussi une couleur, lui tend affectueusement sa fesse droite pour une tape amicale et, comme elle est chrétienne, elle tend aussitôt la fesse gauche pour un pincement affectueux.

L’homme n’étant pas du bois dont on fait les éros glisse sa main sous la jupe…Temps d’arrêt… Il réfléchit, exercice douloureux et périlleux.

IL FAUT SE METTRE AU BOULOT !

Cinq cent trente deux élèves du collège de Nichon-la-Braillarde, vont débouler dans le self vers douze heures dix,  avec la ferme intention de ne rien manger, car par définition « la cantine c’est mauvais »...même si « à la maison, c’est pas bon ! »

Le chef s’empare d’une gamelle, la remplit d’eau et, d’un geste assuré, la met sur le feu. Il pousse un cri de victoire, écrase un ou deux boutons du stagiaire, masse l’arrière train de sa collaboratrice. C’est parti ! L’eau chaude est la première pierre de l’édifice culinaire.   

Bientôt elle chante sous la flamme, se répand en effluves inodores, exhale un brouillard de fines gouttelettes incolores…

Un chef de cuisine qui se respecte est chatouilleux de ses prérogatives, n’est pas prêteur de ses outils, a les plates-bandes sensibles, les sourcils broussailleux et la tête près de la toque.

Le chef dirige une équipe. Un détenteur de pouvoir, aussi petit soit-il (pas le pouvoir, le détenteur) doit gérer le rapport avec ses larbins avec diplomatie, respect, clarté et justice. Il est coulant comme le nœud, des fois coulant comme le camembert mais jamais comme le Titanic et sa communication est basée sur le dialogue.

Les ordres sont aboyés de la voie gutturale du cuisinier gestapiste en train d’assaisonner Jean Moulin.

Le chef s’empare du fusil, affûte son hachoir et charge contre les navets qui sont exterminés à la vitesse du mur du con. Les carottes sont cuites et les poireaux ne font pas long feu, ils n’en sont pas revenus.  Le persil est tronçonné au taille-haie, l’ail haché menu et l’oignon épelé dans toutes les langues.

La viande, où est la viande ? Aujourd’hui, bœuf barbare !

Il butte sur sa collaboratrice qu’il décanille à coups de coudes et tombe sur les oranges. Il shoote dans la plus grosse. Le stagiaire pare le coup avec son bouclier fiscal, le chef monte à la volée de bois vert, il smashe sur la ligne de fond de veau, le stagiaire renvoie l’orange du marchand, le chef rattrape la balle en fond de court bouillon et la catapulte dans la cuisinière ouverte, sa collaboratrice la ferme.  

Le dessert est trouvé : marmelade !

La cuisine n’est pas l’expression triviale d’une réaction animale face à la faim,

C’est un art.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by PIGA - dans humour
commenter cet article

commentaires

Le Blog De Piga

  • : C'est la rentrée! Le blague blog de PIGA
  • C'est la rentrée! Le blague blog de PIGA
  • : C'est la rentrée, c'est encore la rentrée, c'est toujours la rentrée!
  • Contact

Profil

  • PIGA
  • Issu du croisement entre une solide lorraine et un léger gascon, j'ai attendu la force de l'âge pour m'investir dans la littérature et commettre des textes qui enrichiront les décharges publiques.
  • Issu du croisement entre une solide lorraine et un léger gascon, j'ai attendu la force de l'âge pour m'investir dans la littérature et commettre des textes qui enrichiront les décharges publiques.

Recherche

PIGA en librairie


Autres forfaits de PIGA...