Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 16:10

 

Ma voisine est une femme remarquable. Avec son voisin de mari elle est une des plus anciennes habitantes du lotissement.

Ce n'est pas cela qui est remarquable, c'est la longévité de sa vie commune avec son mari. Un homme petit par la taille, aux neurones compressés dans un volume crânien bien modeste par rapport à celui des mandibules. Un mec avec les exigences du vingt et unième siècle et la mentalité du dix millième... avant Jésus Christ, temps béni où l'homo tirait sa grognasse par les cheveux et l'emmenait au fond de la caverne pour la tirer à grands coups de gourdins. Beaucoup plus vieux qu'elle, il avait érigé son grand âge en mur de protection contre les réflexions et remarques acerbes de son épouse. Heureusement, la vie est courte surtout lorsqu'on est vieux. Il est décédé cette nuit, à l'aube. Ses dernières heures de sommeil étant l'ultime cadeau de la vie.

Les cérémonies qui entourent un enterrement ressemblent furieusement à celles qui prévalent pour le mariage. Mêmes acteurs, même lieux, mêmes petits costumes étriqués qui résistent mal à la poussée abdominale. Mêmes sourires convenus. Mêmes grandes claques fraternelles dans le dos et le rire stupide livré avec.

«  Ça fait plaisir de se revoir, on a tant de choses à se raconter ! »

Hormis deux ou trois souvenirs en commun et le traditionnel « comment ça va et moi ça va » en trois minutes la messe et dite. Vivement le prochain mariage ou le prochain enterrement. La fructueuse conversation pourra reprendre.

Le mari mort sera enseveli sous un lourde plaque de marbre, un cas rare, gravée de lettres dorées.

La résurrection improbable, mais dont on ne peut écarter totalement la possibilité, est définitivement écartée vu le poids du caillou. En attendant il gît sur le lit conjugal pourtant déserté depuis de longues années car l'amour c'est le contraire du gonocoque, une fois contracté il nous quitte aisément.

En ce jour de grande tristesse, ils sont tous là, la famille et les amis. Ils se serrent les coudes pour la première et dernière fois.

Il y a là Émilie, la fille d'un premier mariage, une grosse boutonneuse, rousse au soleil couchant et blonde le reste de la journée. Elle porte un pantalon blanc serré qui ne cache rien de sa cellulite. Elle porte un pantalon blanc serré et transparent qui laisse deviner une petite culotte à fleurs. Le pull noir marque le respect, la larme à l’œil marque le chagrin, les trémolos dans la voix marquent le réconfort d'avoir bientôt accès à l'héritage. Le type, derrière elle qui lui pince les fesses, c'est Lulu, son copain. Il voudrait bien la culbuter sur le lit mortuaire, mais un jour de deuil, ce n'est pas convenable. Et Lulu est très à cheval sur les convenances. Il se contente de sourire niaisement à la fille du boulanger venue en voisine. Elle promène une grosse paire de miches et question pétrissage elle s'y connaît. Elle regarde attentivement le travail de Lulu et se rapproche pour prodiguer des conseils et profiter de l'expérience. Plus loin, Dédé traîne une tête de content de lui. C'est l'amant de la voisine et la disparition du mari le touche favorablement. Il soutient manuellement la veuve de ses mains baladeuses. A côté, la femme de l'amant, la trogne renfrognée, trouve que son mari en fait trop dans le style « imposition des mains sur la veuve souffrante ». Mais que voulez-vous, le jour de deuil est un jour de compréhension et de pardon. Kevin et Marvin, les deux racailles des beaux quartiers qui bourrent régulièrement la boite aux lettre du vieux de pétards à mèches, viennent s'assurer de l'arrêt définitif des poursuites. Puis il y a un chien. Dans toutes les circonstances un chien se balade la truffe en l'air et respire les effluves encore fraîches de la viande froide. Le propriétaire du chien est là aussi, c'est le frère du défunt. Ils ne s'étaient pas revus depuis au moins dix ans. Un bail. Ils ne se reconnaissent plus. Pour le mort, c'est compréhensible, pour le vivant moins. En fait, était-est-ce bien son frère ? Il pressent l'arnaque. Qui veut lui faire croire que le type sur le lit est bien son frère ? A-t-il un frère ? C'est pas sûr ! Après tout, dehors le temps est à l'orage, dedans les filles sont appétissantes. Allons y le buffet est ouvert.

Déjà dans la salle à manger des gens s'empiffrent. Il ne faut pas perdre de temps. Ils ne sont pas passés par la case mortuaire, n'ont pas laissé leur tour et s'incrustent directement devant le cubi de vin de pays. Les cousins sont directement entrés dans la cuisine. Le buffet froid les laisse de glace. Eux, c'est du lourd. Cent trente kilos de viande et de gras en moyenne, un QI réduit au minimum vital. Ils viennent de l'autre bout du pays, là où la mer est un rêve et la caillasse une réalité. Les cousins, on ne sait si ils sont trois ou quatre tant ils sont compactes et se serrent les coudes, n'ont pas de femmes. Dans leur coin de campagne, à part les chèvres, aucune femelle n'a pris racine. C'est le maillon faible de l'évolution, les hommes ne se reproduisent pas entre eux.

Le prêtre vient d'arriver avec son eau de vie et son au-delà. Il a la mine constipée des mauvais jours. Depuis que le mariage des curés est interdit, il vient accompagné de sa bonne et de son fils. Même les homos vont pouvoir convoler. C'est pas gay. Son enfant de cœur porte un ballon. Il le tient respectueusement entre les jambes. Il pourra peut être jouer dans le jardin.

Un cousin tape dedans, fait la passe à son frère mais Lulu intercepte, dribble le trop statique Dédé. Tacle par derrière de la femme de l'amant. Elle tente le retourné acrobatique mais son mouvement technique est entravé par sa jupe trop serrée, même si sa petite culotte rayée est du plus bel effet. La veuve plonge. Elle rate le ballon. Kevin et Marvin se jouent de l'opposition stérile du prêtre. La bonne du curé se révèle une excellente technicienne. Double contact, petit pont, passe décisive au vieux frère. Malgré ses jambes branlantes il glisse le ballon dans le but, en pleine lucarne. Le mort, apathique et trop raide, n'a pu se détendre, le ballon passe sous ses bras et achève sa course victorieuse sur l'oreiller.

Le foot, c'est plus fort que tout !

Tournée générale. Le cubi est mis en perse comme le suggère mon shah.

Partager cet article

Repost 0
Published by PIGA - dans humour
commenter cet article

commentaires

Le Blog De Piga

  • : C'est la rentrée! Le blague blog de PIGA
  • C'est la rentrée! Le blague blog de PIGA
  • : C'est la rentrée, c'est encore la rentrée, c'est toujours la rentrée!
  • Contact

Profil

  • PIGA
  • Issu du croisement entre une solide lorraine et un léger gascon, j'ai attendu la force de l'âge pour m'investir dans la littérature et commettre des textes qui enrichiront les décharges publiques.
  • Issu du croisement entre une solide lorraine et un léger gascon, j'ai attendu la force de l'âge pour m'investir dans la littérature et commettre des textes qui enrichiront les décharges publiques.

Recherche

PIGA en librairie


Autres forfaits de PIGA...