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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 09:29

 

Quinze gaillards sortirent du tunnel !


La brume de cet après midi d’hiver estompait les trais grossiers de ces hommes de devoir aux regards de braise et à la démarche féline. Pourtant, tous n’étaient pas de cette trempe. Il y avait aussi quelques rares petits malingres qui jouaient avec une espèce de melon ovale venu d’Espagne. Le jouet semblait ridicule dans les mains des armoires à glace mais ils y prenaient du plaisir. La brume s’était transformée en une petite pluie glacée. Elle mouillait la salope, mais pas seulement les hommes à la courge, aussi ceux qui étaient venus se rassembler autour du champ de luzerne et autres trèfles à quatre feuilles délimité par des barrières blanches dont la peinture remontait à la dernière guerre, je parle de celle de 1968 la seule que la France ait vraiment gagné depuis le premier empire.

 


Les hommes trottinaient dans le pré, histoire de se réchauffer, de passer le temps entre amis et d’échanger dans un souffle embué les derniers potins régionaux. Ils se passaient le fruit autant pour s’en débarrasser que pour faire plaisir aux copains.

Pour labourer le champ, les hommes avaient chaussé des chaussures avec des clous au bout, sous la semelle. Il faut dire, car cet ouvrage s’adresse aussi aux non agricoles, que la terre était un peu humide et convenait parfaitement au labourage profond. Nous étions dans une région du territoire où la mécanisation était lente à s’installer et c’était le muscle humain commandé par un cerveau aux neurones bien huilés qui palliait l’absence de machine.  

Un homme en deuil, tout de noir vêtu semblait vouloir conduire la manœuvre. Il y était poliment invité par les spectateurs, chaudement vêtu, eux, car les autres, ceux du terrain délimité, avaient visiblement eu peur de tâcher leurs beaux habits de fête et avaient revêtu des pantalons courts laissant à nues des cuisses velues et des mollets musculeux.

 

L’homme en noir s’était muni d’un sifflet pour se faire mieux comprendre, car dans certaines campagnes le langage articulé semblait d’une utilisation un peu complexe.

Il était évident que quinze gars, fussent ils des gars forts, ce n’était pas suffisant pour labourer un terrain aussi vaste, d’autant plus que les gars, ceux derrière les barrières, ne faisaient strictement rien vu que leurs chaussures n’avaient pas de clou et qu’ils buvaient de la bière en hurlant des chants grossiers.

Donc le mec en noir appela du renfort.

Quinze autres joyeux drilles vinrent rejoindre leurs copains, mais on pouvait se demander si ils étaient leurs copains vu les regards haineux échangés.

Ils se mettaient à labourer entre eux, de l’autre côté du terrain avec, dans les mains, un autre melon d’Espagne. Je pense qu’il ne s’agissait pas d’une coincidence et qu’un arrivage de melons frais avait envahi la région. En fait, envahir est un mot pas très approprié car il y en avait deux sur le terrain, ce qui ne faisait pas beaucoup.  

Bref ça labourait dans tous les sens mais en ordre dispersé et les spectateurs ne pouvaient s’empêcher de penser que la rentabilité était médiocre par rapport au poids de viande déplacé. Les spectateurs, il doit falloir les appeler ainsi étant donné le peu de part pris au travail, agitaient des casquettes en sifflant très fort et commençaient à jeter des canettes de bière sur l’homme en noir. A cet instant les canettes étaient vides car la soif était grande mais on peut se dire que plus tard, les canettes risquaient d’être pleines et que le petit homme en noir allait en prendre plein la gueule pour pas un rond.

 

L’homme en noir sortit son sifflet et en joua tel Mozart du clavecin ou Henry de sa main gauche.

Je l’ai dit plus haut, le sifflet est un langage universel connu de tous et décrypté par chacun, utilisé aussi bien par les policiers que les militaires. Dans certaines écoles, on prend sifflet en première langue et matraque en deuxième. Les plus doués y ajoutent l’option gaz lacrymogène.


Il n’y avait plus qu’un melon sur le terrain. Les spectateurs trépignaient. Ce n’était pas la peine de labourer un champ si vaste pour ne planter qu’un seul melon, fut il d’Espagne. Mais il était difficile de juger de coutumes inconnues lorsqu’on n’était pas de la région. On aurait pu penser que les choses allaient être menées promptement car, sans être un spécialiste du labourage et du plantage de melon, il faut avouer  que trente individus pour exécuter ce travail ça faisait beaucoup au mètre carré, mais je l’ai déjà dit.

Sur ces entre faits, l’arbitre siffla plus fort que d’habitude et ceux qui avaient le melon s’en débarrassaient prestement alors que les autres se précipitaient pour le récupérer et s’en débarrasser un peu plus tard. En ce qui concerne le labourage, ça marchait plutôt bien. Les hommes courraient dans tous les sens et la pelouse ne résistait pas aux clous des semelles. De plus, le temps pluvieux permettait une meilleure pénétration de la terre et favorisait la fertilisation des sol et son aération.

Au bout d’un certain temps les acteurs s’étaient concentrés sérieusement sur le plantage du melon. D’abord ils se s’étaient regroupés en se tenant par les épaules et en se fonçant dessus tête baissée. Malheureusement le melon leur avait échappé des mains et ils l’avaient dégagé au pied ce qui n’était pas la meilleur façon d’entamer les semailles.

Puis ils ont changé de tactique. Un groupe s’était emparé du fameux melon et l’avait aplati derrière une ligne qui délimitait le champ de labour. La foule s’était levée espérant un enfouissement rapide sauf qu’un autre gars l’avait envoyé à cou de pied par-dessus un portique. On avait tous craint que le fruit fût gâté, mais il n’en était rien. Ils l’ont repris pour se le disputer à nouveau.


Puis commença un moment fort, un moment inoubliable où tout le travail de labourage précédent porterait ses fruits, en l’occurrence un pauvre melon d’Espagne qui perdait de sa fraîcheur au fil de son déplacement de mains en mains avec des gens peu scrupuleux de son avenir.

Un des laboureurs pris le melon sous le bras, s’échappa à toutes jambes d’un contexte confraternel ambigu, courut le long de la ligne, et alla s’aplatir de l’autre côté, un sourire épanoui aux lèvres, sous les vivas de ses potes et sous les insultes des autres. Les spectateurs beaucoup plus sobres, entamaient un nouveau pack du bière dans le bonheur et la joie devant l’attendrissement  spectacle de ces jeunes travailleurs de la terre heureux d’avoir réussi, au bout d’une bonne heure de travail à planter des graines de melon dans l’endroit le moins labouré du terrain. Il s’agissait certainement de novices peu éduqués aux pratiques agricoles.


L’homme en noir siffla la fin du melon et donna rendez vous les semaines suivantes pour constater si la semaille était porteuse d’avenir.

La première séance de travail du lycée agricole de Trouduc sur Comédon s’était révélée prometteuse d’avenir.

Le chef d’établissement avec son complet noir et son short du dimanche avait pu constater les bonnes dispositions de ses profs en ce jour de prérentrée, car demain,


Ce sera la rentrée !

 

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