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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 18:53

Comme tous les matins depuis des millénaires, le soleil triomphait de la nuit et s’élançait paresseusement à l’assaut de la journée, dardant ses rayons bienfaisants sur la forêt primaire et le monde animal, tant à cette époque le monde animal et végétal se confondait avec l’humanité naissante.


Les rayons dardaient mais le vieux chef engourdi tardait à se secouer. Pourtant, du fond de la grotte il s’extirpa des femelles amalgamées autour de lui et gagna du pas pesant du primate l’entrée du refuge.


Les mouches préhistoriques attirées par l’odeur de bouc de la peau de chèvre enroulée autour des reins de notre héros, s’attablèrent sur les poils malodorants. Du geste auguste du semeur, il écarta les bestioles outrecuidantes et ouvrit ses narines à pleins poumons. L’air frais de la fin d’été pénétra au plus profond de ses entrailles.


Pour activer ses maigres qualités intellectuelles, l’hominidé se gratta les couilles avec enthousiasme mais son œil inquiet scruta l’horizon exceptionnellement calme. Pas de bruit d’oiseau à poils ras, pas de sifflement de serpent à plumes, pas un souffle de tigre aux dents de sabre, pas le moindre couinement de chimpanzé en rut astiquant sa légitime du moment.

Du fagot d’à côté surgit, mal campée sur ses courtes jambes décharnées, la forme sombre d’une compatriote. Visiblement seconde dans la hiérarchie de la harde, elle calquait son comportement sur celui de son chef. Ses narines bouchées par un rhum tenace l’obligeaient à ouvrir une bouche démesurée où s’engouffraient les mouches chassées de la peau de la bête de la bête. De son œil perçant, les paupières plissées par l’effort, elle essayait de détecter des mouvements suspects, mais sa myopie ne lui laissait qu’un champ de vision limité à un jardinet de centre ville.  


Rassurés par le calme apparent, les deux êtres se posèrent sur le sol caillouteux et la femelle entrepris le travail long et pénible d’épouiller son dominant. Elle s’appliquait car de ses performances dépendaient sa position dans la tribu et déjà en ce temps là, les sanctions pour insuffisance de résultat se multipliaient et les licenciements pleuvaient comme les nuages tropicaux à la saison chaude.

Pendant ce temps, le reste de la tribu s’était levé.

Une cinquantaine d’individus aux arcades sourcilières proéminentes  recherchait dans les os rongés jusqu’à la moelle un reste de viande avariée afin de satisfaire la faim du matin. L’un d’entre eux se saisit de quelques branchages et jeta le bois sec sur les braises rougeoyantes. Le feu repris, la fumée envahit la caverne finissant d’asphyxier les catarrheux, la chaleur monta vers le ciel et les membres frigorifiés de la tribu se rassemblèrent autour des flammes. C’est alors que le grand chef toujours affublé de sa sous-chef se mit à entonner un chant guerrier ponctué des cris rauques des uns et des trépignements des autres.

De ces singes à peine dégrossis l’humanité future prenait son envol.

Pendant ce temps, le soleil avait poursuivi sa conquête de l’ouest et la journée s’annonçait belle et longue.

D’un geste, le chef arrêta la débandade criarde qui commençait à s’installer et tous se rangèrent pour faire face à la forêt.

Du fond des chênes et des bouleaux, un murmure s’élevait, suave tout d’abord, plus inquiétant ensuite. Les animaux effrayés par tant d’agitation avaient regagné leurs terriers, seules quelques hyènes qui avaient flairé la bonne affaire restaient tapies sur la moquette moussue des alentours.

Toute la tribu avait les yeux rivés sur les broussailles d’où sortit une foule hurlante de petits êtres rigolards, des enfants sûrement, armés de doubles faces et de petits sacs en peau de chagrin. Les enfants, car il s’agissait bien d’enfants, traversèrent la clairière au pas de course et gagnèrent la caverne. La tribu tenta bien de mettre un peu d’ordre mais que pouvait faire une cinquantaine d’adultes contre plusieurs centaines d’envahisseurs ?

Submergé, le chef assénait des coups de gourdin à son associée laquelle déplorait par de petits cris plaintifs ce traitement de faveur.

Mais les jours de rentrée, c’était toujours comme ça, les enfants étaient très excités et les adultes très déprimés, bien qu’en ce temps là, à l’aube de l’humanité, la soif de progresser dans l’évolution était immense même si des fois elle était mal contrôlée. Le bâton sans la carotte faisait office de pédagogie active et si les enfants n’étaient pas plus intelligents pour autant, les adultes étaient beaucoup plus serins.

A force de broyer des os, une certaine tranquillité gagna les lieus ponctuée par les cris de douleur de ceux qui avaient morflé plus que les autres et le chef suprême fit comprendre par un regard féroce la nécessité du silence en balayant l’air de la caverne de son gourdin rougi par le sang de sa vieille copine encore debout malgré les coups. Son sourire édenté et sa langue chargée d’émotion en disaient long sur l’amour fusionnel qui la liait à son chef bien aimé.

Une sorte de sorcier, reconnaissable à ses cornes de cocu et à sa face de fesse lança des incantations apaisantes. Tout le monde s’assit par terre sur les silex tranchants qui servaient à allumer le feu, sur les restes des repas antérieurs, sur les épines des branchages, sur les fruits pourris et les restes d’animaux morts car personne n’avait songé à nettoyer la grotte dans l’espoir que quelques millénaires plus tard, des archéologues soigneux le feraient à leur place.

A défaut de projet de société, l’oisiveté était déjà un art. 

Le sorcier australopithèque sortit d’une sorte de sac, en fait un estomac de mammouth soigneusement lavé, et nettoyé où pouvaient rentrer plusieurs mètres cube de matériel de chaman. Il sortit donc de son sac plusieurs poudres de couleur empaquetées dans des feuilles séchées. Il y avait là, l’ocre de la terre d’à côté, le rouge des joues d’une jouvencelle, le noir des braises éteintes, le violet des fleurs des champs, le gris des airs soucieux.  Il distribua les couleurs aux enfants et leur intima l’ordre de colorier les parois de la grotte.

Le sorcier, dans le bourbier et les méandres non identifiés de son cerveau en pleine croissance, avait compris que le dessin était les premiers pas d’une civilisation et qu’il fallait l’enseigner sans relâche jusqu’à la fin des études et même plus.

Une journée de rentrée des classes est très angoissante avant, très éprouvante pendant et très interrogative sur l’après.


Les micros magnon s’en donnèrent à cœur joie. Ils barbouillèrent la pierre avec application, puis se barbouillèrent entre eux, avant de barbouiller l’accroc magnon du chef, qui, trop heureuse de participer à la fête jeta de la cendre sur les autres adultes. Ils n’ont pas aimé ça du tout et donc se vengèrent sur les gamins. En représailles ils firent parler les bifaces pendant que les gourdins grondaient. Après quelques heures de mêlées et d’emmêlées le souffle des homo sapiens devint court et les couleurs du chaman venaient à manquer. D’un commun accord cette merveilleuse démonstration d’éducation collective cessa.

Les adultes mâls envoyèrent les femelles à la recherche de quelques baies pour le repas du soir et les petits cro magnons furnt invités à regagner leurs cavernes alentours. Leurs parents, les plus armés d’entre eux, ceux qui avaient les plus gros gourdins, occupaient des cabanes individuelles en os de vache sauvage pour l’armature et peau d’hippopotames imperméabilisée pour protection et en plumes d’aigle pour la décoration. Ce furent les premières maisons phénix.

Dans la caverne nouvellement et richement décorée, les hommes de la tribu, grignotaient assis les denrées frugales ramenées par leurs compagnes, qui, debout, se nourrissaient des poux des époux. Vous savez ce qu’étaient les soirées ancestrales, lorsque la télé n’existait pas et que la seule distraction consistait à écouter en baillant le bâillement du voisin accablé d’un ennui profond. ?

En ce début septembre, le froid commençait à pointer sous le soleil couchant, le feu faiblissait et les femmes claquaient des dents dans un bruit de castagnettes insupportable pour ceux qui, les yeux mi-clos, cherchaient à creuser leur réflexion dans le silence bienfaisant de cette belle fin de journée. Les claques et les coups tombèrent drues sur les donzelles rapidement traînées par les cheveux vers les couches malodorantes en peaux de bête tannées approximativement.   

Ce soir, le chef de bande s’endormit rapidement auprès de sa compagne. Il lança, dans un souffle en triturant le fessier de la sous chef :


"LASS KHÔ"

 

 

En langage primaire, cela voulait dire, « je vais encore la niquer la vieille ! »

 

Dans nos temps modernes cette phrase nous a été restituée sous deux formes. D’une part elle est restée attachée à ce lieu et au fil des pérégrinations littéraires a donné Lascaux, ce site bien connu. D’autre part, elle a été véhiculée par des homos des premiers âges à travers l’Europe, a traversé le détroit de Bering pour éclore chez les amérindiens et désigner la femme, la squaw.


Comme quoi, la peinture est une aventure exceptionnelle et la baise un sport universel.

 

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