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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 16:04

 

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Six costauds et neuf costaudes, tous profs au collège de Nichon la gaillarde, sortent des vestiaires!

La brume de cet après midi d’hiver adoucit les traits grossiers de ces hommes et femmes de devoirs aux regards de braise et à la démarche lourde. Pourtant, ils ne sont pas tous de cette trempe. De rares petits malingres se pressent parmi eux et jouent avec une espèce de ballon ovale sorti du temple de l’enseignement, contenant les textes sacrés selon saint Luc. Le jouet semble ridicule dans les mains des armoires à glace mais visiblement ils prennent du plaisir à le manipuler.

La brume s’est transformée en une petite pluie glacée.

Elle mouille la bougresse.

Ils sont arrosés les tripoteurs de ballon venus se rassembler dans le champ de luzerne et autres trèfles à quatre feuilles délimité par des barrières blanches. La peinture date un peu. Elle remonte à la dernière guerre, celle de 1968.

Les pédagogues en goguette goguent dans le pré, histoire de se réchauffer, de passer le temps entre amis et d’échanger dans un souffle embué les derniers potins de la salle des profs. Ils se filent et refilent le précieux ballon, cherchent à s’en débarrasser pour le retrouver aussitôt.

Ils labourent le terrain de leurs chaussures à clous. Nous sommes dans une région du territoire où la mécanisation est lente à s’installer et le muscle humain commandé par un cerveau aux neurones bien huilés pallie l’absence de machine.  

Un homme tout de noir vêtu, le principal du collège, semble vouloir conduire la manœuvre. Il s’est muni d’un sifflet pour se mieux faire comprendre car dans certaines campagnes le langage articulé est d’une utilisation complexe.

Il est évident que quinze personnes, fussent-elles fortes, ne sont pas suffisantes pour labourer un terrain aussi vaste. Donc le principal appelle du renfort, des parents d’élèves.

Quinze autres joyeux drilles et drôlesses viennent rejoindre leurs copains, mais restent sagement dans leur coin.

Ils labourent entre eux, de l’autre côté du terrain avec, dans les mains, un autre ballon, dépositaire des textes sacrés selon saint Jules.

L’homme en noir sort son sifflet et en joue tel Mozart de sa flûte enchantée.

Le sifflet est un langage universel connu de tous et décrypté par chacun, utilisé aussi bien par les policiers que les militaires. Dans certaines écoles, on prend sifflet en première langue et matraque en deuxième. Les plus doués y ajoutent l’option gaz lacrymogène.

Un seul melon reste sur le terrain.

L’arbitre siffle plus fort que d’habitude et ceux qui ont le melon le gardent à vue alors que les autres se précipitent pour le récupérer et en faire bon usage à voir l’énergie déployée pour ne pas se le faire piquer.

Les échanges sont vifs et la lutte sournoise.

De quoi peuvent-ils bien parler ? Des élèves et des enfants pardi !

La bêtise subliminale du chérubin a-t-elle un lien direct avec la tronche abrutie des parents qui bottent régulièrement en touche ?

L’ignorance subliminale du chérubin a-t-elle un lien direct avec la pédagogie approximative des enseignants qui bottent régulièrement en touche ?

La mêlée est ouverte et les regards fermés.

En ce qui concerne le labourage, ça marche plutôt bien. Les joueurs courent dans tous les sens et la pelouse ne résiste pas aux clous des semelles. De plus, le temps pluvieux permet une meilleure pénétration de la terre et favorise la fertilisation des sols et son aération.

Au bout d’un certain temps les acteurs se sont regroupés et se tiennent par les épaules. Ils se foncent dessus, tête baissée, encouragés par le  grognement collectif de la harde de sangliers ruminant un gland avalé de travers. C'est ce qu'on appelle en langage technique, la confrontation des idées.

Les uns veulent gagner du terrain mais les autres s’échappent du contrôle parental, débordent par les ailes et marquent un essai à la Montaigne, rugbyman bordelais bien connu.

Les parents et les profs sont dos à dos. Les parents cherchent à comprendre, les profs ne s'expliquent pas. Le parent est de mauvaise foi, le prof n'a plus la foi.images-copie-19.jpg

Le labourage du pâturage va-t-il permettre un nouveau germinal ?

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Published by PIGA - dans humour
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  • Issu du croisement entre une solide lorraine et un léger gascon, j'ai attendu la force de l'âge pour m'investir dans la littérature et commettre des textes qui enrichiront les décharges publiques.
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