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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 16:06

Il en était à son deuxième verre de blanc et il commençait à en ressentir les premiers effets sur son estomac.  Notre homme était peu accessible à l’ivresse mais par contre, son estomac était d’une remarquable sensibilité à son environnement et en particulier à l’acidité néfaste des petits blancs avalés à la hâte. Les petits blancs en question ne brillaient pas par leurs arômes de fruits rouge, leur longueur en bouche ni leur cuisse légère, ils ne brillaient pas du tout sur un zinc de bistrot de quartier, mais auraient leur place dans la trousse du plombier du même quartier pour déboucher les canalisations encombrées.

Je ne dis pas non plus que ces petits blancs n’auraient pas leur place dans une trousse de secours bio, à la place des antiseptiques classiques industriels. En tous les cas, ils seraient à proscrire en lisière de forêt  car l’inflammabilité du produit serait un danger pour les pins maritimes.


Bref, notre homme commençait à avoir mal au bide. C’est vrai qu’il ne déjeunait pas le matin, contrairement aux recommandations de la propagande officielle. Son dernier repas datait de la veille et il essayait de se rappeler les principaux acteurs de la démolition de sa flore intestinale.

De la tomate farcie !

Une injure à des siècles de gastronomie, un non sens culinaire, une provocation à l’encontre de la dignité humaine. Regardez bien cette peau rouge plissée, cette viande grasse et bon marché, cette flotte inondant le fond du plat, cette vapeur corrosive. La tomate farcie est un attentat contre les estomacs.

 

Il se disait qu’il fallait manger.

Des croissants au sourire triste attendaient, au coin du bar l’offrande d’une bouche. En fait, il était nul ce bar, niché entre une brasserie rénovée, style arts déco du coin de la rue et le réduit à kebab d’en face. Il affichait  la mine déconfite du commerce dépassé qui cumulait les handicapes de la vieillesse à savoir la décrépitude et la nostalgie.

Mais l’heure n’était pas à l’étude sociologique de l’estaminet, il était temps de colmater les dégâts occasionnés par le passage désastreux  du liquide, car peut- on encore appeler « vin »le flot d’acide ingurgité. L’homme pris un croissant voyant dans cette décision le premier pas vers un soulagement attendu avec une certaine impatience. N’oublions pas l’apport non négligeable de la tomate farcie dans notre réflexion. Cependant le repas datait de la veille et il était inutile de ressasser les vieilles histoires surtout celles qui vous restaient sur l’estomac.

Il pensait  tremper le croissant dans son vin blanc.

Le trempage du croissant est une institution, voire un art. Par contre ce croissant était imperméable à l’institution et au soulagement rapide des aigreurs d’estomac. Il ne rentrait pas dans le verre de blanc. C’est vrai que ce n’était pas entièrement de sa faute car l’ouverture du verre qui se voulait tulipe était étroite.  Souvenez- vous du renard et de la cigogne.  Heureusement le monsieur dont il est question était l’homme de la situation. Il avait prévu un plan B.

 

Il commanda un grand crème. Derrière son comptoir, le barman avait, depuis longtemps, perdu sa capacité d’émerveillement. Même le but de la main gauche d'Henry l'avait laissé de marbre. Il servit la demande sans un mot, rejetant par-dessus l’épaule une sorte de serpillère grisâtre qui avait déjà beaucoup donnée de sa personne. Les normes d’hygiène augmentaient dans les établissements de bouche, pas dans celui là. Pour une fois, soyons honnête, le troquet en question avait tué moins de monde que la guerre en Irak ou la grippe mexico porcine. Donc, foutons la paix à la serpillère.

Nanti de son grand crème, il en jeta le contenu par terre et remplit la grande tasse du blanc qui lui restait. Maintenant le croissant rentrait dans la tasse et s’imbibait du blanc. Le soulagement était proche.

Malheureusement un couple entra, l’homme était joyeux et parlait fort, la femme était forte aussi et parlait bas. Ils s’assirent, il commanda. Toute cette agitation avait fait diversion et le croissant trop imbibé était tombé au fond de la tasse sous l’œil accablé du client. Tout était à recommencer ! Depuis le début !


Non, pas depuis le début car l’homme avait considérablement avancé dans sa réflexion. Il savait qu’il avait mal au ventre, il savait qu’il n’avait plus de croissant et il savait qu’il n’avait plus de blanc. Il prit alors la seule solution intelligente, il commanda un autre verre de blanc, rapidement servi et rapidement bu afin d’éclaircir les idées.  Considérant qu’il avait étanché sa soif mais qu’il n’avait pas calmé ses douleurs abdominales, l’homme somma de lui apporter coup sur coup, un verre de rouge avec un sandwich jambon beurre.

Pour le rouge, pas de problème, le ballon se posa rapidement. Pour le sandwich, le pain manquait, le jambon suait et le beurre baratait. Pas de quoi nourrir un fier humain avec ce quignon rassis, cette graisse rancie et ce porc cuit. C’était très embêtant  car dans l’histoire, ce n’était pas le liquide qui faisait défaut.

Mais le destin veillait sur la providence et la situation allait bientôt se débloquer grâce aux olives. En effet, lorsque le barman servait un apéro, il offrait généreusement quelques olives qui se battaient en duel dans une coupelle blanche. Bien sûr, l’olive était indissociable du vin cuit, et le héros, conscient de l’urgence à avaler du solide, commanda un double martini pensant avoir une double ration d’olive. Il n’en fut rien. Le double martini était accompagné de la ration règlementaire des quelques olives qui se battaient en duel.

L’homme avait du caractère. Il ne se laissa pas démonter. Il voulait montrer au monde entier que la ténacité était une vertu essentielle sans laquelle nul ne pouvait réussir. Il s’enquilla son double martini, serein dans sa tête et droit dans ses bottes. Magnanime, il ne toucha pas aux olives.

 

Trois verres de blanc, un verre de rouge et un double martini, le tout ingurgité en moins d’une demi- heure, l’homme restait imperturbable. Son mal au ventre avait disparu et il envisageait l’avenir avec le calme intérieur des grands hommes, je veux parler des hommes aux grandes responsabilités qui affrontent l’adversité avec la sureté apparente de ceux qui vont prendre la fuite. Il commanda une double vodka.

 Le problème de la vodka est double en effet. En général, la boisson est servie dans des petits verres et si le verre est vidé vite, les papilles gustatives n’ont pas le temps d’exercer leur censure ou leur approbation d’autant plus que, et nous en arrivons au second problème, le goût est souvent caché si bien qu’il est indécelable. D’où l’intérêt évident de la double vodka.

De toute façon, la décision était prise et le verre était déjà vide.

Peut être n’avait il été pas rempli.

Pour effacer le doute, seconde double vodka, cette fois ci, pour apprécier !

Dehors, il faisait beau depuis longtemps et des enfants tristes traînaient des parents inquiets.  Une journée banale de rentrée des classes dans la petite école Jules Ferry car quelque part, toutes les écoles s’appellent Jules Ferry, même si ce nom n’évoque plus rien aux enfants, n’évoque presque plus rien aux parents.

Ce n’était pas grave, la ruée vers le savoir illuminait les âmes mais certainement pas les visages vu les trognes accablées de ceux qui passaient devant le bistrot.

Notre homme, toujours le même, écarquilla les yeux, ne disant rien, car il était incapable de prononcer quoique ce soit. Son cerveau marchait encore, il se remémorait son arrêté de mutation pour une école Jules Ferry, certainement celle là, et il a éructé dans un souffle :

 

Une rentrée réussie est une rentrée différée, demain sera un autre jour et pas un jour de rentrée.  

 

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Published by PIGA - dans humour
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