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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 16:33

 

Dans la société commerciale qui exploite mon talent pour un salaire de misère et une considération proche de l'escroquerie, mon voisin, dans le bureau d'à côté, était fumeur. C'était un fumeur sérieux partisan de la carburation détonante alimentée par un brasier toujours en activité.

 

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Il aimait la gitane, une belle brune à la taille de guêpe et au tempérament de feu. La fumée sortait de partout. De lui même d'abord. Lorsqu'il prenait quelque secondes de repos entre le mégot éteint et la mise en combustion de la petite nouvelle, une sorte de brouillard nauséabond s'échappait des pores de sa peau et le maintenait dans un nuage opaque. Sa viande devait sentir le bœuf boucané des caraïbes ou pire le smoked meat québécois. Il faut lui rendre cet hommage, de temps en temps il ouvrait sa fenêtre. Par contre, les jours de grand froid et de bureau clos, la fumée passait sous la porte, par le trou de la serrure et venait infester l'étage.gitane_500x500.jpg


«  ne vous faites pas de soucis, ça ne me gêne pas du tout que vous ne fumiez pas. »


Puis un jour débarquèrent les ayatollah anti-clopes et les intégristes de la fumée blanche.

Exit la gitane et son feu au cul.

Exit aussi mon voisin qui s'est mis à passer le plus sombre de son temps et par tous les temps, dehors à en griller une ou deux sous l’œil noir du camerounais chargé de ramasser les ordures.

 

Une des qualités de mon voisin est son manque d'obstination. Après un hiver frisquet et un printemps pluvieux il a jeté l'éponge et regagné son bureau à temps complet.

De dépit, il s'est consacré entièrement à la boisson. Il avait perdu la gitane, mais gardé le feu sacré. L'alcool a entretenu le brasier et le whisky a coulé à flots. Les tiroirs de l'armoire sentait la bière et l'homme décapsulait les bouteilles à tour de bras tel le légionnaire lançant sa grenade dans la mare aux canards pour pêcher son repas de midi. Certains se mirent à regretter la fumée tellement le ronflement du sommeil comateux de l'après midi était devenu insupportable. Les soirs où il trouvait la porte, il arrivait à rentrer chez lui, démentant le principe selon lequel la ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre. Les principes, il s'assoyait dessus.

Heureusement les ayatollah de l'anti-alcoolisme et les intégristes plus spirituels que spiritueux veillaient.

 

Exit les alcools forts et la bière fraîche.

 

 

 

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Dans un premier temps il a passé son temps de travail au bistrot d'en face, mais je le répète mon voisin n'est pas obstiné. La montée et descente des marches de l'escalier lui devinrent pénible surtout que le zig zag devenait dangereux. Il s'est donc arrêté de boire et s'est mis sérieusement au sexe. Le simple rapport conjugal bi-mensuel et la pipe annuelle ne lui convenait plus. Vive le festival de Kahn !

Plus très jeune mais l'alcool et la fumée conservent, et pas trop mal fait de sa personne pour un bureaucrate engourdi, il s' est mis en chasse et a augmenté considérablement l'offre sexuel dans ses activités. Nous sommes dans une société de libre échange et lorsque l'offre augmente la demande suit comme on dit chez les ramoneurs. Les stagiaires en mâle de promotion puis, compte tenu de la qualité des sévices, la secrétaire aguerrie et enfin, la collaboratrice en recherche de tir au rut, se succédèrent dans son bureau à la queue leu leu.

 

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En particulier Lucienne, appelée familièrement Lulu au gros cul, nanti de seins énormes qui logeaient difficilement dans des soutien gorges trop étroits et des chemisiers étriqués dont le bouton du haut avait tendance à démissionner les jours de grande tension. Les cris de satisfaction de Lulu et les bruits de chaises renversées laissez voguer nos imaginations qui suspectaient mon voisin, malaxant les gros nichons, triturant les bouts des seins tout en la pénétrant par derrière avec la rage du paysan embrochant sa brebis favorite. Horrible.

Heureusement les ayatollahs anti-fournication et les intégristes plus lubrifiants que lubriques veillaient.

Exit Lulu qui pourtant avait un cul à gagner de l'or.

 

 

Le bordel le plus proche était loin et mon voisin peu obstiné.

Privé de ses jouets, en manque d'affection, il s'est réfugié dans la boulimie du pauvre à savoir la nourriture riche.

Après la plaquette de beurre et le pot de saindoux, le hamburger est le huge-hamburgerproduit le plus ouvertement calorique et le plus complet dans le sens nutritionnel du mot. Du pain pour les céréales, de la salade pour les légumes crus, des oignons frits pour les légumes cuits, du fromage pour les produits laitiers, du bœuf pour les protéines, de la sauce émulsionnée pour les huiles essentielles, du papier d'emballage pour la cellulose, des graines de sésame pour l'exotisme, un nom anglais pour faire genre new-fangled.

Tôt le matin il avait la commissure des lèvres qui dégoulinait de sauce jaunâtre, à dix heures il embrayait sur toute une panoplie de wraps froids, à midi il ingurgitait des hot-dogs moutardés, à quatorze heures il se plongeait dan le sundae, le tout copieusement arrosé de coca-cola. Vers seize heures il s'octroyait quelques moments de douceur avec de belles parts de brownies. Vers dix huit heure il prenait la route et rentrait at home ventre à terre au sens propre. Cependant, par l'odeur alléchés, ses collègues voulurent participer au festin moyennant finances. Le bureau du voisin se transforma en baraque à frites. L'odeur s'est répandue comme une traînée de poudre.

Heureusement les ayatollahs anti mal-bouffe et les intégristes de la verdure biologique veillaient.

 

Exit la baraque à frites.

 

Depuis, mon voisin de bureau a complètement assimilé le concept de la vie saine. Il vient à son travail à pieds, boit sa bouteille d'eau d'un litre et demi. Il déguste cinq fruits et légumes par jour, ne mange ni salé ni sucré.images-copie-32.jpg Il va consciencieusement voter à toute les élections, porte un casque lorsqu'il monte à vélo. Il roule à trente à l'heure sur les grands boulevards, se baigne entre les drapeaux. Mon voisin fait une pose toutes les deux heures en cas de long voyage, s'hydrate en été les jours de canicule, se couvre en hiver. Il trie ses déchets, s'immerge dans la pensée uniquement correcte, pactise avec les ayatollahs et les intégristes.

Mon voisin de bureau est devenu translucide.

Je reste lucide ; je n'aime pas l'eau plate.

 

 

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