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Les circulaires B52 ou mirage 2000
volant en rafale imposent de recruter exclusivement des gens sérieux au sourcil circonflexe marque d’une interrogation profonde sur le devenir de
l’humanité souffrante et des élèves en difficulté. Le conseiller principal d’éducation résulte du fruit de cette recherche.
Les plus anciens se souviennent du surveillant général.
Il a été dégradé. Il n’est plus général et il ne surveille plus, il conseille. Il cherche le dialogue. Pour ce faire, le front plissé, il contrôle les absences, sanctionne les
retards, vérifie le bon ordre organisé par son supérieur (encore et toujours le principal). Il débusque les fumeurs souvent établis dans des lieux voués à la solitude et au recueillement, à
l’abri des regards inquisiteurs.
Il a organisé son Q.G. dans un endroit stratégique d’où il peut surveiller les entrées, les sorties, (côté jardin et
surtout côté cour).
C’est un fonctionnaire de terrain qui appréhende de s’isoler dans son bureau. Il aime les grands espaces. De temps en temps
il doit pourtant s’accouder à sa table et travailler. Il n’a pas l’habitude. Il noircit les heures de colle en tirant une langue gluante. Il essuie ses babines humides d’un revers de cubitus et
continue sa tâche en faisant de gros pâtés.
Lorsque des profs sont empêchés, cloués au lit par une panne d’oreiller ou un virus anti-éducatif, il le marque sur le
grand tableau noir des bonnes nouvelles. En général, général de brimade en ce qui le concerne, il se trompe de nom, de jour, de salle et de classe. Il ajoute ainsi au désordre qu’il est chargé de
sanctionner.
Le matin, il stationne au portail. De son regard circulaire il balaye les abords pour y débusquer une anomalie. Il ne voit
rien de sa longue vue courte. Sa conscience professionnelle est sauve.
Sauve qui peut !
Le CPE, puisque c’est son nom, est assisté d’un surveillant ASSEDU à son travail depuis que le vocable de " pion " a pris
une connotation dégradante incompatible avec l’appartenance au monde post-industriel où la revalorisation des tâches passe d’abord par la revalorisation des mots. Mais " ASSEDU " (assistant
d’éducation) donne une idée réductrice de la fonction tant elle est basée sur l’écoute et la vigilance de tous les instants.
Aussi, vigile paraît particulièrement approprié.
Le vigile marche beaucoup. Pour soulager ses jambes traumatisées et ses chevilles enflées, dés que son emploi du temps le
lui permet, il repose ses pieds sur la table la plus proche, les tendons d’Achille posés sur un dictionnaire moelleux et instructif, car, comme le disait ce cher Hector, " le tendon, c’est
fragile ". Il s’abrite derrière une bande dessinée, met le casque de son baladeur sur les oreilles. Il est paré, prêt à affronter les débordements sonores et ludiques d’une jeune population
assoiffée de connaissances.
Les boules puantes volent.
Les papiers aussi.
Certains réactualisent les jeux d’un autre âge (le moyen) en joutes destructrices à la pointe du compas. D’autres découpent
les devoirs du matin. Ils lancent leurs médiocres résultats comme des confettis. Une autre manière de s’envoyer en l’air ! D’autres enfin répètent les cours de chant. Ils martèlent les silences à
coups de pieds. Ils rotent les soupirs.
Imperturbable, le vigile avance dans sa lecture.
Les élèves ont sorti les portables. Ils actualisent le téléchargement des films pornos et s’émoustillent des photos prises
en classe.
A l’heure dite, le vigile renaît au monde des vivants, s’étire, constate sa solitude et entame le tome deux des œuvres
complètes de Piga.
De l’extérieur, les élèves surveillent sa progression littéraire.
Au collège de Nichon la Gaillarde, une vache retrouve toujours son veau.

Les élèves continuent de surveiller les surveillants.


