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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 18:41

 

Comme tous les matins blêmes, ceux qui font suite à une nuit noire, le missionnaire Swargenegert, héritier spirituel du docteur Schouetzer, s’épongeait le front moite avant de remettre son casque en liège.

Le liège avait ouvert chez lui un cas de conscience que seuls les auteurs classiques omnubilés par le choix cornélien avaient sondé avant lui. Avant son arrivé en Afrique, la fameuse écorce ne servait que de bouchon sur les bouteilles de bordeaux, mais depuis, Swargi (surnom amical de l’homme d’église) s’était ouvert aux idées nouvelles et avait admis que les propriétés isolantes du produit pouvaient procurer une relative fraîcheur à un cerveau en ébullition. Garder la tête froide, c’était l’isoler du soleil équatorial.

Pour aller dans le sens de sa réflexion, les bouteilles utilisées sur place étaient nanties d’une capsule vissée, donc le problème du bouchon ne se posait plus dans les mêmes termes.

Tout ça pour dire que le père Swargenegert avait un casque de liège blanc, de la même couleur que sa robe, fermée par de nombreux boutons.

Le matin, le pauvre homme passait un temps considérable à boutonner son devant d’habit et le soir la même chose mais en sens inverse. Dans un pays où la canicule était permanente consacrer une partie de la journée à s’habiller et se déshabiller constituait une offense à la bonne organisation de son sacerdoce mais c’était indispensable, car l’homme de dieu ne pouvait se montrer dans le plus simple appareil devant des hommes et des femmes avides de conversion et noirs de surcroît.

 

Dans un champ dégagé à l’orée du bois, proche de sa mission, le père attendait, son bazooka anti char entre les jambes. C’était le chef du village voisin, un grand humaniste, dont le regard doux s’abritait derrière des lunettes foncées, qui lui avait donné l’engin, avant de prendre la fuite devant les envahisseurs de la tribu d’à côté, des humanistes eux aussi qui visiblement allaient s’adonner à une justice expéditive, en vengeance à l’enlèvement d’une douzaine de chèvres un jour de grand faim. Mais les chèvres n’étaient qu’un prétexte, il devait s’agir d’un problème de femme…

Mais comme vous le savez sûrement, le problème de mère ne concerne pas les pères.

 

Pour le moment, à l’ouest rien de nouveau.

 

D’une onomatopée forte et incompréhensible, Swaegenegert marqua son impatience. Deux jeunes missionnaires sortirent de la bâtisse l’air hébété mais le sourire engageant.

 

 

Les deux jeunes gens, dans la force de l’âge et en pleine possession de leurs énormes capacités tirèrent la grosse marmite du hangar qui servait de remise. Le récipient était couleur locale, c'est-à-dire noire, et mettait une certaine mauvaise volonté à se laisser traîner, mais que pouvait faire un paquet de ferraille inculte contre la manifestation la plus brutale du muscle religieux ?

Allant au devant des désirs de leur patron, les deux hommes allumèrent le feu et reculèrent devant le buisson ardent.

Ensuite Noël et Nicolas remplirent la marmite de l’eau du fleuve

 

 

Pour toute réponse, Swargenegert scrutait l’horizon vert. Le son sourd du tam tam emplissait l’air épais et s’échappait de la forêt profonde tandis que des têtes pas plus grosses que des têtes d’épingles émergeaient de l’enfer vert.

 

 

Les deux petits blancs accomplirent sans faillir le geste rituel de l’assaisonnement de l’eau bénite chaude.

Puis Swargi aboya un ordre incantatoire.

 

 

On pouvait apercevoir une foule d’enfants, qui tapaient des pieds et des mains dans un rythme ensorcelant.

Un vieil os de poulet planté entre leurs narines donnait un air farouche, mais dans leurs yeux sombres se lisait une énorme envie de se gaver de connaissances. Le missionnaire avait atteint une partie de son but, donner aux enfants le goût de la civilisation blanche donc universelle, car qui aurait l’impudence de penser que le Christ n’était pas blanc ? 

 

 

Avant, il y a très longtemps, les jours de rentrée des classes, les parents choisissaient le missionnaire à bouffer.

Depuis l’arrivé de Swargi, c’était lui qui choisissait le missionnaire à bouffer.

Mais il ne désespérait pas. Compte tenu de son influence grandissante et après des années d’enseignement, il  leur apprendrait à se bouffer entre eux.

 

Ils étaient tous là, les petits noirs sans sucre, les parents aux dents blanches et aux rires sonores, les vieilles avec leurs seins ridés comme des peaux de couille. Ils chantaient, dansaient, frappaient dans les mains. Le missionnaire envahi par la bonne humeur générale rivalisait de blagues belges du Congo d’à côté.

Noël passait les assiettes.


Les nourritures terrestres sont le gage d’une rentrée réussie.  

 

  

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