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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 09:32

 

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Au fond de mon jardin, mon terrain, sur une petite longueur, jouxte un voisin qui n'a jamais fait construire de maison. Il a d'abord installé une caravane, puis, lorsqu'elle est tombée en ruine il a rafistolé le tout avec quelques planches et des tôles ondulées. Un magnifique bidonville trône à côté de chez moi. L'homme qui l'occupe a été abandonné par sa famille depuis longtemps et surtout depuis que l'eau courante qu'il captait d'un forage clandestin sur le tuyau de son autre voisin a été coupée. Il n'y a pas que l'eau qui coure, il y a aussi le courant, obtenu par une petite éolienne.

Notre homme aime la tempête porteuse d'eau et de rafales. Elle lui assure le minimum vital.

Il semble évident que mon voisin n'a pas de revenu fixe. Il a décidé de sortir de la spirale infernale de la société de consommation et de l'endettement des ménages en arrêtant de consommer. L'effet a été immédiat, il a perdu quinze kilos sans pour autant élever son niveau de vie. Je lui ai bien passé des patates chaudes par dessus le grillage, mais ça n'a pas suffit à le renflouer.

Son terrain est vierge de toute intervention humaine, il est comme la femme du facteur, une place forte jamais prise, un secteur où la main de l'homme ne s'est pas égarée. Je lui ai alors suggéré naturellement de se mettre à la culture bio.

Le bio, culture ou agriculture ?

Rien a poussé sur le lopin de terre où les légumes avariés n'avaient à se mettre sous la dent qu'un peu de merde de chiens et d'urine de mulots. Seule une carotte égarée, en fuite du camp de concentration du maraîcher, s'est faite rattraper à la course et a fini dans la marmite. Elle a bientôt été suivie par des patates et des poireaux qui on cru dans le miracle occidental et ont cuit dans la soupe populaire. Ils sont encore nombreux ces primeurs plein d'espoir, entassés dans de vieilles cagettes vermoulues à tenter la traversée vers un resto quatre étoiles et se retrouvent dans le ventre d'un traîne savate.

De temps en temps miracle, un kebab s'intéresse à eux et les prostitue à l'arrière d'un comptoir crasseux pour finir entre les fesses d'un pain libanais gorgé de frites grasses et d'agneau à l'odeur de bouc.

La marmite, la maigreur, les cheveux blancs, mon voisin ressemble de plus en plus à un druide. Chaque soir, au milieu de son terrain, il raconte des épopées gauloises non grivoises où les armées du chef Sarkosix et de sa femelle Carlabrunix combattent le clan de l'amer Aubrix et de son lieutenant Cambadélix. Ils se foutent sur la gueule avec l'enthousiasme de ceux qui aiment le pouvoir. Les cavalières Rachidadatix et Alliomarix essayent de déjouer les plans du stratège Jacquattalix. Malgré leurs éperons et leur sein en bandoulière, à la fin, c'est toujours le rusé Holandix chevauchant sa fidèle jument Valérix qui gagne. Tout se termine autour d'un banquet copieusement arrosé de cervoise du nord. Carlabrunix pousse la chansonnette. L'expert financier Dominix, l'homme qui ne met pas toutes ses bourses dans le même sac, introduit deux amies, Siphilix et Blénoragix, pour tenir compagnie aux âmes seules.

Mais tapi derrière un bosquet le chef dissident Particommunix cherche à mettre le désordre dans ce bel agencement de la vie celtique. A sa gauche, Mélanchonix ronge un os en attendant la lutte finale et le ralliement de ses compagnons Momenpropix et Tombapix.

 

Les gens du quartier aiment ces moments culturels et se rassemblent autour du druide. D'autres individus s'amalgament, des roms de passage, des africains en attente de résidence administrative, des SDF en villégiature, des vacanciers qui cherchent la plage. Puis aussi des déçus du programme télé, des maris chassés par leur femme, des marins débarqués.

Toute cette agitation nocturne a attiré l'attention de la marée chaussée qui a dépêché sur place son meilleur officier, le centurion Lescharrus précédé des optio Poilalanus et Trouducus.

Après la charge de la police démontée, mon voisin est arrêté pour trouble à l'ordre publique, il se retrouve au poste entouré d'un pédophile pris la main dans le panier, d'un salafiste enrhumé enturbanné et des jeunes aux regards perdus qui pensent à un vol collectif.

 

Dans la marmite du voisin druide des substances hallucinogènes à base de jus de navet ont été découvertes et ça pose question.

« Où se trouve le laboratoire ? »

Au bout de longues secondes de négociation et d'un interrogatoire où les bases juridiques d'une peine de travaux forcés à perpétuité n'ont pas été trouvées, moyennant une caution de quinze centimes d'euros, mon voisin est remis en liberté, la soupe conservée au frais comme pièce à conviction.

Après un bref séjour dans sa cabane, mon voisin fait main basse sur un vieux caddy de super marché abandonné dans une décharge publique. Il met ses boites de fromage vides, du camembert Président et l'édam de hollande, dans le même sac, le jette dans une poubelle et part sur les routes.

Mon ex-voisin a installé une voile sur le caddy et il roule au gré des alizés suivi par un chien de race indetterminée appelé Cahuzac.

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Published by PIGA - dans humour
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