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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 18:17

Le champ de notre ami Roland G.

 

Tennis-11.gif


(je suis obligé de garder le secret sur le nom de cette honorable personne car elle sucre encore les fraises au domicile de sa fille, qui, par bonne éducation et charité chrétienne, change la paille de sa litière deux fois par semaine et l’amène, les jours d’été, respirer l’air du large devant sa fenêtre entrouverte derrière les volets clos)


était particulièrement aride et de couleur ocre. Roland était un homme de cor, grand adepte de la culture bio, celle qui nourrit quelques bobos argentés et repus. Il cherchait toujours à se rapprocher de la nature originelle. Il avalait de la viande crue, mangeait les pissenlits par la racine et surtout, rongé par la peur de l’engrais chimique, avait mis son champ en jachère de sorte que rien n’avait jamais poussé, pas même les mauvaises herbes. Roland devenu vieux  parlait couramment le cro magnon dans un souffle émis  entre ses chicots sauvegardés d’un désastre bucco dentaire, véritable Hiroshima dental. Il vendit pour une poignée de postillon sa terre au maire.

 

Omer était un homme de conviction. Il avait triomphé à l’arrivée de Pétain, avait débarqué avec de Gaule, avait exulté avec Giscard, avait applaudit avec Mitterrand, avait présenté sa femme à Chirac venu tâter le cul des vaches. Le maire mur mais encore vert, pour sa dernière année de mandat électoral, en plus du don de sa personne avait transformé la terre de Roland G. en un magnifique terrain de tennis, orgueil du village et de son environnement culturel. Le bouche à oreille avait merveilleusement fonctionné et on se pressait des alpages voisins, au chant des vaches à lait.

Sur cette terre, pousse maintenant de belles fleurs jaune et rondes, ramassées à la raquette et envoyées dans un filet central. Un homme juché sur une haute chaise surveille la récolte en comptant de quinze en quinze, chiffre, comme chacun sait, multiple de set.

 

001.gif

Avec le temps, le tournoi intercommunal de Roland

 

(depuis la notoriété de l’évènement, on ne dit plus « Roland G. », on dit simplement « Roland ». On va à « Roland » comme on va à Roncevaux, on va à « Roland » comme on va à Volleau, avec un haussement du sourcil droit et une moue d’ennui)

 

a permis au commerce local de s’épanouir. Le père Guèze et la mère Guèze vendent  des frites dans l’arrière camion familial qui marche exclusivement à l’huile de coude. Un sénégalais de couleur présente une collection de masques, style « arts premiers » tendance Trocadéro avec estampille originale « made in china », gage de qualité, tant le petit jaune bu sans modération n’a jamais déçu. Un artisan indien a hissé le drap peau rouge, mais il y a aussi un montreur d’ours en peluche, un cracheur du feu de Dieu, un mime plongé dans le monde du silence, un orfèvre en la matière.

Un puits de science creusé dans une mine de renseignement abreuve la terre ocre les jours de grande sècheresse comme aujourd’hui où « le prince des bocages » affronte « l’ogre de la champignonnière ».

Ils sont de chaque côté du filet et se frappent à coups de raquette. Tout est permis, le lift dans les gencives, le slice dans le bide, la volée au menton, l’amortie vicieuse, l’effet rétro vengeur. Les deux hommes suent sang et eau. Plus incisif derrière ses sourcils broussailleux « l’ogre » décroche le filet, entoure son adversaire, le terrasse à la truelle, le découpe au couteau suisse et jette les morceaux au public en délire. Seule la femme du « petit Prince » pleurniche en essayant de récupérer les bouts de son mari, pourtant un homme entier.

Des esclaves viennent nettoyer la reine rougie d’hémoglobine avant le tableau suivant.

La première semaine est consacrée à la rentrée des jouteurs, la seconde à la sortie.

La télé locale s’est déplacé…un homme, une femme. Ils jouent aussi. La femme porte les balles dans son sous tif, l’homme les a dans son calbut et ils s’affrontent à la raquiquette.

Heureusement, cette année, la saison des pluies est en avance et les nuages broient du noir, tombent la pluie des mauvais plans, fini d’aller se faire mettre chez les grecs, fini de s’éclairer au pétrole sur les plages de Amiami, fini de trainer avec un masque de Mickey, la coupe est pleine et les bourses sont vides, fini les apéros géants, fini d’être pauvre sur le dos des riches, fini de refroidir les gamins au congélo …la finale est annulée.

 

Roland est mort, vive le foot (c’est pour demain),

Roland est mort, vive le vélo (c’est pour après),

Roland est mort, vive la télé (c’est pour toujours!).

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