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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 14:15

Après le génial "La journée sans voisin", Piga récidive avec

"La journée sang voisin"

A l'instar de la journée sans voiture ni capote,
sans son ni Dalida,
sans queue ni tête,
centurion ni opione,
certains proposent de déposer en Préfecture une demande officielle de célébration d’une journée sans voisin, qui, comme la grève au bord de la mer, serait reconductible et illimitée.
Depuis mon installation dans un immeuble du centre-ville, moi, Piga, déjà auteur de « la journée sans voisin », livre culte paru en 2014, estime devoir aller plus loin. J’opte pour une journée sang voisin autour d’un barbe cul où les meilleurs d’entre eux seraient grillés à la chaleur de la baise chaude et du charmant de vigne.

Parution dans quelques mois...

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 13:59
CLASH!

Le dernier livre de Piga est l'histoire d'un clash entre l'homme et le chien, du genre "je t'aime, moi non plus".

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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 11:56

Dans l'Education nationale, collèges et lycées, l'intendant, c’est ce personnage affable, qui tel saint Pierre possède toutes les clés sauf celle de son coffre-fort, sorte de citadelle en acier blindé dont la porte ne s’ouvre que pour les rentrées d’argent et reste obstinément fermée aux retraits.

Qui paie ? Pas moi ! Sont les mots jouissifs l’intendant en pleine dépression budgétaire lorsque la fin de l’année approche et que les crédits diminuent.

Qui paie ? Pas moi ! Sont les mots appris lors de stages de remise à niveau où l’on met en garde l’intendant contre le bas peuple dispendieux contrairement à lui, grand argentier de la couronne et gardien inflexible de la porte blindée de son bureau. La félicité comptable est à ce prix qui, d’ailleurs, n’a pas de prix car qui paie ? Pas moi!

Mais l’intendant c’est aussi la cantine, rebaptisée restaurant scolaire eu égard à la modernisation des mots avant celle des locaux. Là aussi, il est le gardien de l’équilibre nutritionnel et budgétaire. L’intendant se venge des mauvais traitements de sa maman en imposant des épinards dont le succès gastronomique ne se dément pas ou des choux de Bruxelles dont l’odeur alléchée concurrence celle de l’usine de pâte à papier la plus proche. Les élèves ont reçu des parents une éducation alimentaire frappée au coin du bon goût. Pour eux, la mer est peuplée de poissons panés, les bâtons de surimi se trouvent sous les rochers, le bœuf haché broute dans les verts pâturages, le poulet pond des nuggets. Imaginez leur surprise lorsque les pauvres enfants découvrent une arête dans le lieu noir ou un os dans un volatile.

L’intendant, c’est encore cet individu qui gère les locaux et les impondérables travaux dont les retards systématiques égayent les rentrées décalées. La peinture qui sèche à la première sonnerie, la bétonnière qui se met en route à la seconde, le marteau-piqueur qui vibre à la récré, les chants joyeux des ouvriers du bâtiment pendant le cours de musique, la perceuse qui résiste au béton vibré, le semi-remorque qui défonce les terrains de sport, la nacelle qui brise les vitres du premier, les hurlements du contremaître au bord du burn-out.

L’intendant, c’est encore et toujours le réceptacle des mauvaises nouvelles du matin. À l’aube naissante, il y a toujours un prof qui a mis la photocopieuse en panne. Bourrage et débourrage sont les deux mamelles de la vache à traire les feuilles blanches noircies des maux et des cris. Le prof se tire comme un loqueteux laissant au suivant le soin de se faire tancer par l’intendant à qui il annonce la victoire de la bête électronique sur le muscle cérébral. Il y a aussi l’enseignante surgelée confinée dans sa salle de classe orientée au nord et dont le radiateur a explosé pendant la nuit. Dès huit heures, le chef de l’enseignement du savoir national arrive avec la liste des travaux à mettre en œuvre dans son appartement de fonction. Sa fonction requiert un logement gratuit pour lui, mais payant pour les autres. Évidemment, les charges sont financées sur le dos de l’établissement. À huit heures dix, la cuisine ronge son frein, la livraison de poisson est en retard. Le colin s’est fait la malle au pied de la colline. Heureusement le ravioli en boîte, triomphe de la gastronomie italienne, qui a vocation à remplir les estomacs le vendredi soir devant un frigo vide de sens et d’espérance, va sauver la situation.

À huit heures et quart, tous les élèves sont rentrés dans les classes, tous les profs sont planqués derrière les élèves, tous les administratifs sont couchés sous leur bureau, l’intendant peut alors rejoindre sa tanière et s’affaler sur son fauteuil à bascule devant son ordi branché sur « Candy crash ». Le téléphone sonne alors, strident comme une sirène de pompiers, c’est une mère d’élève, qui, ayant maintenant tous les droits, conteste la facture de la demi-pension. Elle trouve le coût trop élevé, les repas pas à la hauteur, le papier non recyclable et l’enveloppe d’une drôle de couleur. Elles sont timbrées, l’une au tarif lent, l’autre au tarif xanax.

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 15:01

J’ai un voisin au second étage qui est un vrai mec.

Il est beau, il est blond, il est con. C’est un homme bien élevé au moins un mètre quatre-vingt, sans trop de cerveau, un grand sympathique souriant. Visiblement il a une situation assise qui le tient debout droit dans ses mocassins, ses petits costumes étriqués et sa barbe de trois jours. Il aime le cul, mais sans trop, avec lui les dés ne sont pas jetés, mais pipés, alea ejaculat est. Son épouse est tout à fait charmante et son petit garçon adorable.

Il travaille comme cadre administratif à Saclay, à côté de l’accélérateur de testicules.

Un véritable voisin moyen.

 

Il ne met jamais le linge sale dans la bonne panière. Celle du linge propre est à hauteur de la table à repasser, rose avec une étiquette dessus, « linge propre ». Celle de linge sale est à hauteur du hublot de la machine à laver, marron, avec l’étiquette « linge sale ». Il n’est pas obligé de se baisser, il peut lancer sa chemise en sueur de la porte de la buanderie. Non, il la met dans le linge propre avec l’impression d’avoir fait son devoir et d’avoir participé, au moins à cinquante pour cent des tâches ménagères. Le surlendemain, il cherche une chemise propre dans la panière de linge propre, il en trouve une, la sale qu’il a déposée l’avant-veille. « Chéri, c’est quoi la lessive que tu utilises ? »

 

Depuis dorénavant, il s’occupe de la vaisselle. Sa femme fait la cuisine, met la table, sert les plats, va chercher l’eau dans le garage, descend à la cave prendre une bouteille de vin, dessert la table. Lui, stoïque, attend devant l’évier, à côté du lave-vaisselle. En professionnel du matériel haut de gamme et soucieux de la préservation du dit matériel, soucieux aussi du gaspillage phréatique de la nappe frénétique il range la vaisselle à l’état brute sans s’avilir à un fastidieusement inutile prérinçage manuel. Les spaghettis bolognaises avec gruyère râpé en option obligatoire sont son ennemi juré. La seconde cuisson, celle du rinçage à quatre-vingt-dix degrés colle l’amie molette à la faïence dans une union irréversible. Seuls le marteau et le bourrin, remplaçant officiel de la faux cil, viendront mettre un terme à ce scellement orgasmique.

 

Il a un jeu dans lequel il excelle ; le lancer de bouteille de bière vide dans la poubelle en fer et contre tous. Le sport se déroule en trois phases distinctes. Décapsulage, avalage, lançage. Le canapé est en face de la télé et pas loin de la porte de la cuisine qui elle-même jouxte la poubelle si bien qu’en position assise on peut lancer la bouteille en se tournant vers la droite. À vingt et un zéro pour Toulon, premier essai, Biling. Essai accordé. À la mi-temps, Blong, essai refusé, la canette a manqué son but et a explosé par terre. Il passe le balai, mais pas sous la table ni dans les coins. Son gosse de quelques mois rampe dans la cuisine sous la table et dans les coins. Il adore sucer le verre éparpillé au bon goût de bière.

 

Certains soirs il doit garder son petit garçon. Sa femme son épouse sort avec ses copines. Le grand bébé est encore petit, il ne marche pas et porte des couches. S’il ne marche pas, c’est qu’il est un peu lourd du fessier. Il l’appelle affectueusement « cul de plomb » lorsque sa mère n’est pas là. Elle est très attachée à ne pas dégrader l’image de son fils. « Cul de plomb » c’est dégradant d’autant plus qu’il ne manque pas une occasion de shooter dans le postérieur bien protégé de cellulose. Cela fait toujours rire le père et le fils et jamais sa mère.

« Tu n’oublieras pas de changer la couche d’Arthur, il va peut-être faire son petit caca ».

Pourquoi ce rappelle de la mission première du gardien d’enfants. Changer les fesses sales. Une évidence !

Il ne change jamais son fils quand il est sale. Il fonctionne à l’odeur. Dès que ça se gâte, il éloigne l’enfant et attend le retour de la mère.

« Il n’a pas changé la fesse du gentil Arthur le vilain papa. Un si joli caca ».

Un gros tas de merde immonde. La chiasse de bébé est aussi puante que celle de l’adulte. Pourquoi irait-il mettre son nez dessus ?

 

Il n’en a pas l’envergure ni la statue, mais il en a l’esprit. Il aimerait être concierge. Un bruit dans la rue, il bondit à la fenêtre. Il voit mal, il ouvre la fenêtre, se penche. Il identifie les fauteurs de troubles, de belliqueux éboueurs qui se livrent à leur tâche. Rassuré, il se plonge dans son canapé. Une porte s’ouvre,

« Qui c’est ? »

« Coucou, chéri, qui veux-tu que ce soit d’autre ? »

Pas convaincu, il regarde par le trou de la serrure

« Si tu veux mieux voir, tu peux ouvrir la porte ».

Le voisin rentre des courses, c’est son heure et il n’a pas besoin d’aide, il voulait s’en assurer. Dans la soirée, les talons aiguille de la voisine du dessus entrent en action.

« Elle va se coucher ! »

« Nous aussi, chéri ! ».

Le matin, il vérifie à l’oreille que le voisin du dessus est bien parti bosser, dans la cage d’escalier il suit les effluves du parfum de la dame en noir, sa voisine de droite, en bas il salut super Dédé assoupi sur son manche à balai et déboule dans la rue à la recherche d’informations intéressantes.

 

Il n’aime pas prendre de l’essence. Ce n’est pas de l’avarice, c’est simplement une question de principe. Moins on met de carburant dans une voiture, moins elle consomme et si on en met plus du tout, elle ne consomme rien vu que c’est la femme qui pousse. En dehors de ces considérations misogynes qui dégradent celui qui les écrit et abêtissent ceux qui les lisent, il considère le plein d’essence comme une perte de temps. Pourquoi s’arrêter alors que la voiture roule si bien sur l’autoroute. S’arrêter veut dire ralentir, tourner, se garer, aller à la pompe. Une perte de temps nuisible à une moyenne soutenue. En ville, c’est plus simple, il n’y a plus de station-service, la tentation de s’y arrêter est réduite à zéro. Et puis, c’est beaucoup plus simple de tomber en panne, le taxi est là, au coin de la rue pour vous prendre avec votre petit bidon rouge.

Il n’a pas de petit bidon rouge.

Il est parfait !

 

Il ne fait pas ses comptes. Pour lui, l’argent c’est du liquide, il coule à flots, lui coule tout court. Aux hurlements de son épouse devant l’écran d’ordi, il sent que le rouge est largement majoritaire sur ses extraits bancaires. On est le quinze du mois, mais la carte bleue fonctionne toujours.

« Chéri, c’est quoi ce chèque de six cents euros de la semaine dernière ? »

Il prend rapidement la fuite comme le matador devant un taureau hargneux mais revient bientôt agiter sa cape rouge devant les yeux injectés de sang de l’animal en furie avant de se faire encorner par la bête qui n’a pas encore compris la valeur surévaluée du héros dévalué.

Un grand coup de bite ce soir, et tout sera oublié. Il se trompe, elle prendra le coup de bite et pour lui un coup de gourdin.

 

Ainsi va le voisin moyen qui ressemble comme deux gouttes d’eau à son voisin moyen qui, lui-même est le portrait craché de son voisin moyen, imitation réussie du voisin moyen, copie conforme du calque du voisin moyen grandeur nature.

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3 juin 2015 3 03 /06 /juin /2015 10:47

Pas très loin, j’ai un voisin prof. C’est le dernier vestige de la lutte des classes depuis l’éradication des ouvriers, des usines et des syndicats. À y réfléchir calmement, il ne s’agit pas de lutte des classes mais de confrontation avec la classe, cet ensemble de gamins mal élevés qui s’appuie sur des parents compréhensifs pour abattre l’éducateur.

Ce voisin a beaucoup de vacances. On le voit partir à l’arrivée des beaux jours, la pelle du dix-neuf juin (y’en a marre du 18) sur l’épaule vers des contrées chaudes et ensoleillées peuplées de populations colorées. Dans les temps anciens et merveilleux où le colon blanc venait défricher la savane, les Européens amenaient dans leurs bagages des maladies honteuses et des affections graves qui décimaient le pauvre natif. C’était un spectacle qui ne manquait pas de saveur ni de sel à défaut de piment. Maintenant c’est le contraire, l’autochtone refile sans vergogne son chikungunya ce qui est beaucoup moins rigolo. Mon voisin s’est fait piquer par un moustique. C’est dingue ! Il a donc passé son séjour rongé par la fièvre. Sa femme s’est éclatée sur les plages de sable blond. Il est rentré très fatigué et il est prêt à embrayer sur un congé longue maladie. Être en forme devant des enfants est une obligation, mieux, un devoir pour un enseignant et l’enseignant est un spécialiste du devoir.

Mon voisin est prof de sciences expérimentales. La partie expérimentale est assurée par une esclave. Blanche. Cela change des stéréotypes de l’esclave noire. Il n’y a pas de raison pour qu’un blanc ne soit pas non plus esclave. Halte à la discrimination et à la stigmatisation des couleurs.

La jaunisse s’est christianisée, elle est devenue maladie de foi.

Les gueules noires sont devenues des sales gueules.

Le petit noir n’est pas devenu le pygmée, mais le nain noir en concordance avec le nain jaune. Nain est aussi un mot inconvenant. Il faut dire de petite taille. Le petit noir est donc devenu jus de chaussette de petite taille. C’est plus simple de dire café.

L’esclave blanche prépare les expériences que le prof va foirer devant des élèves ébahis et goguenards. La vocation d’une expérience n’est-elle pas de rater lamentablement ? Une expérience réussie est un miracle ou une évidence. Alors l’esclave blanche remballe les éprouvettes et va faire la vaisselle dans l’arrière-salle obscure appelée laboratoire. C’est une souris de laboratoire et comme chacun sait les souris de laboratoire sont blanches. Chaque chose est ainsi à sa place.

Ce voisin prof est aussi syndicaliste. Il est seul dans son local. Le petit drap peau rouge est devenu le drapeau rouge pour éviter la stigmatisation des Amérindiens. Au fil des années il a viré au rose puis au blanc. Maintenant il est gris. Mon voisin prof syndicaliste évite les gros mots comme grève, sauf pour évoquer la plage. Quelquefois il susurre mobilisation, pas trop fort pour être sûr que personne n’entende.

Lorsqu’il rentre chez lui, le soir, après le travail, sa femme l’attend avec un rouleau à pâtisserie et lui demande de se mettre rapidement aux expériences ménagères. Le débouchage de l’évier est l’expérience la plus redoutée. Il faut d’abord qu’il trouve le siphon. Ce n’est pas le plus difficile, en général sauf détournement par un plombier vicieux, il est placé directement sous l’évier, mais, c’est là où le vice du plombier apparaît dans toute son horreur, en général aussi, difficilement accessible. Derrière l’étagère du placard de rangement de produits ménagers. À quatre pattes sur le carrelage humide, le prof dérange les fioles consacrées aux expériences de nettoyage. Il sort l’étagère, avance la tête et essaye de dévisser le cul du siphon avec la main droite. De la main gauche, il se tire un peu plus en avant et tourne la tête autour du filetage. Il ne voit rien car le placard sous l’évier n’est pas la partie la plus éclairée de la maison. Il pense qu’il va avoir besoin d’une clé multiprise. Sa pâtissière de femme, celle qui tient le rouleau, lui tend l’outil. L’homme de sciences essaye de l’attraper malgré sa position inconfortable, son épaule droite coincée le bras tendu, sa main gauche agrippée au sol et le torticolis qui gagne du terrain. Il s’extirpe de son antre, fais des exercices d’assouplissement, évite le regard de sa femme et dévisse le siphon avec la clé. Victoire ! Plusieurs mètres cubes d’eau stagnante gorgée de soude caustique utilisée par la femme pour fluidifier le transit dans les tuyaux se déversent sur le carrelage. Dans un geste aussi inutile que dérisoire mon voisin place ses mains en bouchon. Il se brûle à la soude et se fait un tour de rein de part la position inconfortable. Dans le flot tumultueux, l’amas graisseux qui obstruait le conduit s’est fait la malle. Il reste à remonter le siphon et éponger. La femme au rouleau de printemps, puisque nous sommes en Avril, s’impatiente. Elle frappe sa paume de main avec le rouleau à pâtisserie. Au bout de longues minutes d’une angoissante activité, la cuisine est nickel. Le prof commet l’erreur de vouloir valoriser son travail en ouvrant le robinet. C’est lui qui aurait du prendre la fuite, c’est l’eau qui s’écoule sur le carrelage. Gros progrès, l’eau est propre.

Du coup, les coups pleuvent.

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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 16:06

Aujourd’hui c’est fête. Mon voisin de soixante-cinq ans part à la retraite. C’est une performance, car chez un homme, arriver à cet âge avancé est suffisamment rare pour être signalé. En plus, comble de bonheur, il n’est pas encombré de sa femelle, il est veuf. Ce n’est pas encore un VVF, vieux veuf fatigué, mais peut-être que ça viendra, j’espère que ça viendra, car le vieux veuf a été une espèce en voie de disparition, au bord du gouffre de l’éradication.

À la fin du XVIIe siècle de nombreux troupeaux de vieux veufs broutaient librement les champignons hallucinogènes et buvaient aux fontaines de vins de pays dans les plaines du val de Loire ou du Bordelais. Mais après la Révolution française, son ennemie jurée, la vieille veuve pleurnicharde a pris du poil de la bête. Nourrie par un sentiment de revanche et une volonté dominatrice, animée du sentiment chromosomique de la toute-puissance elle a commencé l’anéantissement du paisible pauvre vieux veuf.

Une monstruosité, je veux dire, un crime contre l’humanité. Au fil des ans, le vieux veuf a pratiquement disparu de la surface du pays.

Au début des années cinquante il restait quelques spécimens éparpillés dans la verte cambrousse. Ils ont été parqués dans des enclos où ils ont subi une véritable Bérézina physique et intellectuelle. Le vieux veuf ne se reproduisait plus.

Les années soixante-dix allaient inscrire le vieux veuf dans les pages encore vierges des homo sapiens disparus. Tel l’homme de Néandertal notre connaissance du vieux veuf tiendrait dans les mains des archéologues au cours de fouilles dans des caves encombrées d’ossements de poulets et de poêle à frire cabossées.

Heureusement, dans les années quatre-vingt-dix, des hommes et des femmes courageux ont bâti des zoos de retraite, sortes de maisons closes, afin de sauvegarder les derniers individus et d’essayer de se lancer dans l’insémination artificielle. Le succès ne s’est pas fait attendre. Bientôt des jeunes veuves, moyennant un prix modique, ont pu se presser devant les grilles et jeter des cacahuètes aux vieux mâles souvent assis. Le sperme du vieux veuf s’est remis à couler d’abord très aqueux, genre pipi de chat, puis plus épais, genre sauce béchamel.

Depuis les années deux mille, et compte tenu des progrès de la médecine et de la bienveillance des veuves, le jeune veuf peut caresser l’espoir de devenir vieux. Mais il faudra pour lui, rester vigilent car jamais la vieille veuve ne voudra partager intégralement sa longévité. Elle y veille personnellement, armée de son dentier en céramique, de sa canne en kevlar et de son fauteuil roulant à cinq vitesses chaussé par Micheline et carrossé par Bertine.

Le jeune retraité a terminé sa carrière (appelons ainsi le chemin vicinal qui mène de peu de chose à pas grand-chose) dans l’Éducation nationale où, heureusement pour lui, il n’exerçait pas la fonction d’enseignant mais d’intendant. L’intendant, c’est ce personnage affable, qui tel saint Pierre possède toutes les clés sauf celle de son coffre-fort, sorte de citadelle en acier blindé dont la porte ne s’ouvre que pour les rentrées d’argent et reste obstinément fermée aux retraits.

Qui paie ? Pas moi ! Sont les mots orgasmiques de l’intendant en pleine dépression budgétaire lorsque la fin de l’année approche et que les crédits diminuent. Qui paie ? Pas moi ! sont les mots appris lors de stages de remise à niveau où l’on met en garde l’intendant contre le bas peuple dispendieux contrairement à lui, grand argentier de la couronne et gardien inflexible de la porte blindée de son bureau. La félicité comptable est à ce prix qui, d’ailleurs, n’a pas de prix car qui paie ? Pas moi !

Mais l’intendant c’est aussi la cantine, rebaptisée restaurant scolaire eu égard à la modernisation des mots avant celle des locaux. Là aussi, il est le gardien de l’équilibre nutritionnel et budgétaire. L’intendant se venge des mauvais traitements de sa maman en imposant des épinards dont le succès gastronomique ne se dément pas ou des choux de Bruxelles dont l’odeur alléchée concurrence celle de l’usine de pâte à papier la plus proche.

Les élèves ont reçu des parents une éducation alimentaire frappée au coin du bon goût. Pour eux, la mer est peuplée de poissons panés, les bâtons de surimi se trouvent sous les rochers, le bœuf haché broute dans les verts pâturages, le poulet pond des nuggets. Imaginez leur surprise lorsque les pauvres enfants découvrent une arête dans le lieu noir ou un os dans un volatile.

L’intendant, c’est encore cet individu qui gère les locaux et les impondérables travaux dont les retards systématiques égayent les rentrées décalées. La peinture qui sèche à la première sonnerie, la bétonnière qui se met en route à la seconde, le marteau-piqueur qui vibre à la récrée, les chants joyeux des ouvriers du bâtiment pendant le cours de musique, la perceuse qui résiste au béton vibré, le semi-remorque qui défonce les terrains de sport, la nacelle qui brise les vitres du premier, les hurlements du contre-maître au bord du burn-out.

L’intendant, c’est encore et toujours le réceptacle des mauvaises nouvelles du matin. À l’aube naissante, il y a toujours un prof qui a mis la photocopieuse en panne. Bourrage et débourrage sont les deux mamelles de la vache à traire les feuilles blanches noircies des maux et des cris. Le prof se tire comme un loqueteux laissant au suivant le soin de se faire tancer par l’intendant à qui il annonce la victoire de la bête électronique sur le muscle cérébral. Il y a aussi l’enseignante surgelée confinée dans sa salle de classe orientée au nord et dont le radiateur a explosé pendant la nuit.

Dès huit heures, le chef de l’enseignement du savoir national arrive avec la liste des travaux à mettre en œuvre dans son appartement de fonction. Sa fonction requiert un logement gratuit pour lui, mais payant pour les autres. Évidemment, les charges sont financées sur le dos de l’établissement.

À huit heures dix, la cuisine ronge son frein, la livraison de poisson est en retard. Le colin s’est fait la malle au pied de la colline. Heureusement le ravioli en boîte, triomphe de la gastronomie italienne, qui a vocation à remplir les estomacs le vendredi soir devant un frigo vide de sens et d’espérance, va sauver la situation.

À huit heures et quart, tous les élèves sont rentrés dans les classes, tous les profs sont planqués derrière les élèves, tous les administratifs sont couchés sous leur bureau, l’intendant peut alors rejoindre sa tanière et s’affaler sur son fauteuil à bascule devant son ordi branché sur « Candy crash ».

Le téléphone sonne alors, strident comme une sirène de pompiers, c’est une mère d’élève, qui, ayant maintenant tous les droits, conteste la facture de la demi-pension. Elle trouve le coût trop élevé, les repas pas à la hauteur, le papier non recyclable et l’enveloppe d’une drôle de couleur. Elles sont timbrées, l’une au tarif lent, l’autre au tarif xanax.

Aujourd’hui c’est fête. Mon voisin, ex-intendant, ne connaîtra plus l’adrénaline de la rentrée scolaire, l’effervescence de la préparation budgétaire, l’émoi du compte financier, les joies de la cuisine collective, les subtilités de l’administration des agents.

Il va pouvoir s’investir totalement dans les rapports de bon voisinage, les sourires de complaisance, la gestion des conflits, les négociations avec le concierge, participer à la manifestation en faveur d’une journée sans voisin.

Un autre métier commence non rémunéré, exempte de charges sociales mais rempli de charges émotionnelles.

La charge est le poids des ans.

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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 16:17

Ça sent bon chez mon voisin d’en face. Pas tout à fait en face, un peu décalé sur ma droite. Il est vendredi soir, jour de pénurie. Ma femme a fuit la maison et va perdre quelques grammes de graisse et gagner des kilos de muscle dans la salle de sport localisée derrière le gymnase. Le gymnase, un lieu qui sent bon l’injure et la grossièreté. À interdire aux enfants et à consommer avec infime modération pour les adultes. Seulement en position assise, une bière à la main et l’autre main prête à dégainer le paquet de clopes.

Le frigo est désespérément vide. Vide ? Non, pas tout à fait, il reste une salade verte et une courgette. Rien dans le congélo, pas le moindre embryon humain surgelé. Retour vers la salade, elle est en voie de décomposition avancée, sûrement une vieille salade frisée achetée en début de mois pour accompagner une omelette aux pommes de terre. L’absence des œufs et l’oubli des patates ont sauvé la frisée de la mastication massive mais pas de la décomposition active. La courgette, rien que de la regarder ne me donne aucune envie d’y toucher. C’est long, c’est vert, c’est plein d’eau. Je fais partie de l’association pour la suppression des légumes verts dans les repas quotidiens et de l’éradication de la courgette, cucurbitacée phallique d’une mollesse indigne d’un homo érectile.

Par l’odeur alléchée, je frappe à la porte de mon voisin pour quémander un petit peu de pain, frais de préférence.

  • Salut Piga, comment vas-tu ?
  • Pas bien du tout…
  • Ta femme s’est fait la malle ? Ta femme s’est fait le mâle ?
  • Non simplement une partie de jambes en l’air avec des poids et haltères.
  • Merde alors… Je plaisante !

Il me traîne dans la cuisine ou mieux, je le suis dans sa cuisine.

Là, une explosion d’odeurs me saisit à la gorge, me rentre par les trous de nez, un Hiroshima gastronomique. Le salaud a préparé une poule au pot qui mijote sur le coin du feu. J’approche mes naseaux, le fumé traverse mes narines, la salive monte à ma bouche, mes dents claquent de plaisir. Je ferme les yeux. La poularde est belle, grosse sans être grasse, elle frissonne dans son jus.

  • Il y a encore une bonne heure de cuisson.

Devant mon air déconfit où la vapeur de la marmite s’imprime comme une sueur, il me propose l’apéro, un verre de mojito.

Vous prenez du rhum blanc agricole, des feuilles de menthe, du sucre de canne, de l’eau gazeuse, des glaçons.

Dans un premier temps, vous vous servez une bonne rasade de rhum que vous buvez cul sec histoire de tester sa qualité. Ensuite, vous donnez la bouteille d’eau gazeuse à un ennemi proche de vous, histoire de faire gonfler son estomac. La menthe sera précieusement conservée pour assaisonner les tomates, le sucre servira pour le café. Vous remettez les glaçons au congélateur pour ralentir la fonte des glaces et enfin, vous pressez le citron, qui, ajouté à de l’huile d’olive, fera une excellente vinaigrette pour salade.

Au bout de notre deuxième verre, manger devient une nécessité, or la poularde présente de nombreuses qualités, mais en ce moment précis, elle a la mauvaise idée de ne pas être cuite bien que les carottes le soient.

Mon voisin n’est pas en panne d’arguments. Il plonge dans un meuble réfrigéré de marque frigidaire et ressort avec de quoi faire une première approche de l’éradication de la faim dans le monde. Des petits fromages cubiques à ouverture facile. Il faut trouver le système. Une languette incolore à tirer. Donc, je tourne le cube dans tous les sens, pas de languette. Faut-il être maudit pour que mon carré de fromage soit le seul sans languette. Je remets le cube dans l’écuelle et en prends un autre. Grosse satisfaction, la languette apparaît aux yeux du Piga ébahi qui commence à avoir une sérieuse dalle. Voir la languette est une chose, l’attraper en est une autre. Impossible de l’attraper, la languette reste collée au plastique en aluminium. Je commence à penser que le fromage en carré se ligue contre moi. Pendant ce temps, mon voisin enchaîne la réussite et avale les fromages. Autre fromage, autre déconvenue. La languette casse. Au diable la languette. Autre fromage, tiré au sort, je méprise la languette et attaque directement le papier. Il plie mais ne rompt pas. Bien décidé à gagner la guerre contre le fromage, je montre les dents et attaque férocement le papier-alu. Le fromage s’aplatit et tombe lamentablement par terre, l’enveloppe me reste entre les dents égayant mon sourire enjôleur.

Ouverture facile, oui, mais pour qui !

Pas pour moi, car ma vie quotidienne est une lutte longue et douloureuse dont je sors rarement vainqueur.

En voiture par exemple. J’ai toujours devant moi un véhicule lent. Limitation de vitesse à cinquante à l’heure, le mec devant roule à trente. Limitation à trente, le mec devant moi est à vélo et roule à dix à l’heure. Je marche à pieds, le mec devant moi est handicapé avec une canne et un fauteuil roulant, il recule. Je marche à quatre pattes, le chien du voisin me précède. Il s’arrête pour pisser.

En voiture toujours, le mec devant moi pique les feux verts. J’arrive toujours au rouge. Si par hasard le feu est vert, le mec devant moi cale et ne redémarre que deux feux verts suivants histoire de me sanctionner de n’être pas passé au vert.

En voiture encore, dans un embouteillage, je suis toujours dans la file qui n’avance pas. Pour mon voisin de droite, l’horizon se dégage, il avance, même punition pour mon voisin de gauche, moi, je reste planté là. Si je passe sur une autre file, elle se bloque automatiquement. Mon voisin de derrière prie ouvertement pour mon passage à droite ou à gauche.

En voiture encore et toujours, si je roule sur une départementale, j’avale des mètres cubes de fumée noirâtre derrière un tracteur de la dernière guerre, celle du feu. Il a éteint le feu mais gardé la fumée. Et surtout il avance au pas et même petit pas. Bien sûr, impossible de doubler. Des voitures viennent en face. Il n’y a plus de voiture en face, qu’à cela ne tienne, le sort à plus d’un tour dans son sac, une ligne blanche continue serpente en ligne droite à perte de vue sur un tronçon large et dégagé.

Des fois, pour aller plus vite, je m’engage sur l’autoroute. Mon ennemi juré, le péage devient infranchissable. Le type de devant a perdu son ticket. Il le cherche partout, dedans, dehors. Il appelle le préposé par l’interphone qui ne marche pas. Il veut entreprendre une marche arrière, mais derrière moi, il y a vingt sept personnes à l’arrêt, les dents serrées et le klaxon en bandoulière.

Si je suis seul à l’arrêt devant la barrière qui fonctionne de manière satisfaisante, c’est ma courroie de transmission qui quitte le navire, mon train de pneus qui se dégonfle, mon réservoir qui fuit, mon liquide de refroidissement qui se réchauffe, me laissant, moi, pauvre capitaine, errer au rythme de ma dépression.

La poule au pot semble cuite. À propos de poule, ma femme sonne à la porte. Elle a compris qu’il fallait suivre la bonne odeur pour retrouver le bon mari.

Le chéri, c’est moi en l'eau cul rance, est ramené à la maison, le jambon blanc et la purée mousseline l’attendent.

Pour moi, la poule, c'est manque de pot !

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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 15:05

La voisine du second représente la quintessence de la « ça va jamais » féminine. Elle est mariée à un être humain d'une banalité suspecte. Un homme simple aux idées simples. Un mec qui pense bêtement que un et un font deux marquant son manque total d'imagination et une capacité d'analyse tout à fait primaire. Une sorte d'animal idéal, genre poisson rouge, ce bestiau qui barbote dans une cage pleine d'eau appelée aquarium, qui pisse dans sa flotte et flotte dans sa pisse, qui sert de complément alimentaire dans la paella et de compagnon protéinique pour le chat. Il ne crie pas le jour, ne ronfle pas la nuit. Sa mémoire vive de deux secondes efface les turpitudes de la vie au fur et à mesure de leurs apparitions.

Ce mari idéal ne cherche pas le conflit et essaie de se comporter de manière avenante, sympathique. La grande majorité des « ça va toujours » trouverait en lui le compagnon idéal, mais pas la « ça va jamais » féminine.

L'homme a eu le bon goût de naître le jour de la fête des pères, d'où une économie substantielle dans l'achat des cadeaux. Un gros présent vaut mieux que deux absents et pourquoi gros alors que petit cela fait autant plaisir. Il n'y a que l'intention qui compte, l'attention, elle est réservée à l'épluchage du compte en banque.

  • Chéri, tu nous embêtes avec ton anniv le jour de la fête des pères ! Je ne sais pas quoi t'acheter.

 

Le chéri se confond en excuses, avoue son impuissance manifeste à fixer le jour de sa naissance et son incompétence notoire en matière de fête des pères. Il ajoute dans un murmure une phrase du genre : oh chérie, un cadeau, c'est trop !

  • Incompétence, c'est bien le mot.

 

Heureusement l'imagination de sa femme dépasse la contenance du vase qui déborde avec la goutte de Soisson (ville Picarde dont la devise est « Soisson et tais-toi »). Les enfants, eux, ne sont d'aucun secours dans l'entreprise. Du reste, ils sont rarement sollicités. Extrêmement pointilleux lorsqu'il s'agit de leurs anniversaires, ils sont beaucoup plus laxistes sur celui des autres dont ils dénoncent le bien fondé et cette habitude bourgeoise décadente. La remise en cause s'accompagne généralement d'une revendication de hausse salariale substantielle car la jeunesse a des besoins insatisfaits et l'argent de poche s'évapore. L'inflation des projets associée à l'assèchement de la masse monétaire amène invariablement une croissance zéro, et le zéro, ils connaissent.

 

Le cadeau de son mari s'inscrit dans un plan d'économie approuvé par le FMI ( Fonds des Ménagères Insatisfaites) et certifié par la BCE ( Banque Cruelle des Enfoirés).

Elle lui achète deux cravates lors d'une judicieuse promotion où le prix du deuxième achat est diminué de 50%, une broutille vu le faible prix du premier.

Lors d'une soirée sobre, non dépourvue d'émotion, où les enfants ont fait une brève apparition compte tenu du retard pris sur le planning des sorties, les deux cravates ont été offertes, majestueuses dans leur poche en plastique recyclable, le ticket de caisse agrafé sur le carton des consignes de lavage.

Évidemment les cris de surprise et de contentement furent inversement proportionnels à la qualité de l'offrande, le mari s'extasie, la femme débouche un mauvais mousseux et hop au lit pour une bonne nuit réparatrice troublée par les ronflements de l'un et les vrombissements de l'autre.

Ouf, les folles festivités se terminent sans accroc majeur.

On en fait tout un fromage, mais, moins on s'amuse, plus les gens sont contents.

La paire de fête du père n'est pas un du, simplement une tolérance.

 

Après le beau temps, la pluie. Au calme de la nuit succède la tempête du matin. A côté de la grasse mat perpétuelle des deux ados, l'homme et la femme s'activent, l'un plongeant ses lèvres asséchées par sa respiration buccale dans un café soluble, l'autre aspirant un expresso décaféiné. Elle est loin la tartine de nutella qui vous saturait en sucres rapides et vous colmatait la dent creuse de l'estomac tout en vivifiant les boyaux du cerveau, siège d'une constipation éternelle. Ils se dépêchent pour prendre d'assaut les toilettes avant de s’engouffrer dans l'unique salle de bain.

Et là, cri de désespoir.

Les onomatopées à ma disposition sont trop pauvres pour retranscrire le déchirement vocal. Le hurlement sauvage de la femme humiliée au bout de tant d'années de mariage. Le meuglement de la vache amenée à l'abattoir par son maître adoré. Un son à la portée suraiguë mais pourtant si grave où la consonne marque cruellement son absence. Les sanglots sont dans la voix, le râle au fond des yeux.

  • AAAAOOOOIIIIUUUUEEEEYYYY !

 

Puis elle s'effondre en sanglots longs. Hoquette. Sa respiration est entrecoupée de spasmes humides. De ses grands yeux où le ricile barbouille les paupières alentours, s'écoule un flot continu d'eau salée qui suit le pli naso-génien et se répand en flaque sur le parquet ciré.

L'homme n'est pas un monstre, il voit le désespoir de sa moitié sans en comprendre la cause, même si sa longue expérience lui suggère qu'il n'y est pas étranger. Il la saisit par les épaules, elle se dégage brusquement.

Il se remémore rapidement ses dernières bévues potentielles. Rien, à son sens, ne justifie...

  • Je le savais AAOOIIUUEE !

 

Il va bientôt savoir.

  • Tu n'aimes pas l'autre, snif, snif, snif.

 

Il plonge dans un abîme de perplexité. De quel autre s'agit-il ? De quelle autre est il question ? Sa connaissance du terrain lui a appris à éviter tout sourire provocateur, tout haussement de sourcil suspect, toute grimace malvenue. Pour le baiser de l'au revoir matinal il reste au garde à vous, dans une neutralité bienveillante. Un condamné à mort relâché pour bonne conduite. Machinalement il fait une check-list de son admirable personne. La chemise, la veste, la....

  • Tu vois, tu as mis la cravate rouge, je vois bien que tu n'aime pas la bleue, AAOOIIUUEE

  • Mais, ma douce chérie adorée, je ne peux pas mettre les deux cravates à la fois, demain je mettrai la bleue.

  • AAOOIIUUEEEEEEEEEE , tu n'aimes pas la rouge non plus...

 

Vive le polo !

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 10:33


En vert et contre tous, je n'aime pas la couleur verte. Ma femme une fine psychologue me dit que cela vient de l'enfance. En effet, lorsque je m'analyse au fond de mon canapé, la canette de bière à la main, je me souviens de mon très jeune âge. Je revois ma mère en train de m'essayer à la pénétration de l'épinard dans le gosier. Dans mon assiette s'affalait une sorte de bouse verdâtre dont je pensais que la merde de vache devait être meilleure. Plus tard, vers les dix ans, ma mère, toujours la même, a essayé de me convertir au haricot vert avec toute la finesse pédagogique dont les parents d'une certaine époque étaient capables. « Tu manges ou je te cogne une beigne ! » Malheureusement la beigne n'arrivait jamais m'interdisant l'excuse de regagner ma chambre en pleurant, criant au désespoir et menaçant de déposer un projet de loi à l'assemblée nationale pour inclure dans la maltraitance des enfants, l'abus des légumes verts. Beaucoup plus tard, ma femme, remarquable cuisinière, a voulu instaurer une journée brocoli dans l'année alimentaire. Le brocoli a une qualité, celle d'avancer démasqué. Au retour d'un labeur scandaleusement sous payé, je rencontre le concierge un masque à gaz sur le nez et une bombe désodorisante à la main. Il me fait signe de rester sur place et me supplie de demeurer à l'écart d'une attaque chimique dont seuls les islamistes les plus radicaux sont capables. Je passe outre. Dans l'escalier, il y a toujours une vieille qui traîne. Ses sens sont émoussés mais l'odeur du brocoli en pleine cuisson passe à travers la cloison nasale. La pauvre femme escalade à genoux les dernières marches qui mènent à son petit deux pièces. Le râle pathétique qui s'échappe de ses alvéoles pulmonaires commande une euthanasie immédiate. Peu charitable je la lui refuse. En face de chez moi, le voisin a mis son nez dans la litière pour chat inodore. Il me montre ma porte d'entrée en tendant le poing. Horreur et putréfaction. L'odeur du dehors était suave par rapport aux effluves du dedans. Le brocoli en train de mijoter donne toute la mesure de ses exceptionnelles capacités de nuisance. Être obligé de supporter l'insupportable n'est pas supportable. Le brocoli cuit est une atteinte à la dignité humaine. J'opère un repli stratégique et m'en vais deux rues plus loin m'asseoir devant une belle côte de bœuf servie avec des pommes sarladaises et arrosée d'un petit Canon Fronsac. En dessous de chez moi, le voisin a la main verte. Il a joliment décoré son balcon de magnifiques plantes aux noms latin et pour la plupart à l'origine exotique. Les feuilles sont persistances et il veut profiter de son petit carré de verdure toute l'année. Moi, mon balcon est nickel. Pas une mousse, pas une trace de lichen chlorophyllé. Je mets un point d'honneur à ce que l'hygiène de mon petit carré de béton soit irréprochable. L'eau de javel est ma meilleure amie. J'en verse de larges rasades et frotte avec un balai brosse. Le surplus de chlore est évacué par de petits trous percés pour éviter les eaux stagnantes. Il s'écoule largement sur le balcon du voisin du dessous et arrose généreusement ses plantations. Las, les orangers du Mexique et les Photinias n'aiment pas la javel qui le leur rend bien. Le pauvre homme a bien tenté de mettre sa verdure contre sa baie vitrée. Il croyait déjouer mon incroyable capacité à détourner les lois les plus fondamentales de la physique quotidienne. La javel a plus d'un tour dans son sac, elle s'insinue dans les fissures, traque l'enduit poreux, elle cherche l'oxygène, s'agrège à la pluie fine et se déverse sur la plante. Cette dernière pâlit et s'effondre en un petit tas brunâtre. Morte. La vie tient à peu de chose. En signe de bonne volonté et pour marquer mon sens de la conciliation, je lui ai acheté de la peinture verte. Passée en couche épaisse sur son balcon elle donne un style « gazon anglais » du meilleur effet. Je descends les escaliers et malheureusement je rencontre super Dédé. Il joue de la bombe aérosol comme Mozart de la flûte enchantée. L'air s'enivre des effluves de pin parasol. Super Dédé est content, il sent la mer et les coquillages. Je me rue vers la sortie et enfin, remplis mes poumons des gaz d'échappement, mes narines frémissent à l'humidité des pluies acides. Je n'ai pas besoin de me polluer les bronches de fumée de cigarette, l'air urbain fait son travail. On aperçoit même un rayon de soleil à travers les nuages de carbone. La vie est belle ! Le piga-magnon n'a pas quitté l'Afrique couvert de poils, les jambes arquées, le front étroit et l'air complètement abruti, il n'a pas marché des siècles et des siècles suivant la piste improbable du mammouth aux dents de sabres, il n'a pas escaladé les Alpes avec son petit pagne en renard argenté croquant la neige à pleines dents pour étancher sa soif de survie, il n'a pas choppé des maladies honteuses avec des néandertaliennes de mauvaises vies recluses au fin fond de grottes humides, il n'a pas défriché la forêt primaire pour construire des cabanes en bois qui brûlaient mieux que les cabanes en pierres depuis l'invention du feu, il ne s'est pas mis à fumer de la gauloise délaissant la gitane aux ibères, il n'a pas massacré les huns et les autres, il n'a pas inventé l'imprimerie pour dupliquer des idées et répandre la bonne parole, il n'a pas troqué son cheval de trait pour le cheval vapeur plus sûr et plus rapide pour sa femelle ménopausée, il n'a pas fait perdre la tête aux rois et fait tourner la tête aux reines, il n'a pas arrêté des hordes de teutons abreuvés de sang impure qui voulaient détruire Paris et appeler leurs filles Germaine, Il n'a pas voté pour le prestigieux François Hollande, pour brouter de l'herbe fraîche et se rafraîchir à la rosée du matin !

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 11:16

 

Ce soir, c'est Noël. Chez mes voisins, c'est l'ambiance « grande fête ». Ils perpétuent la tradition du solstice d'hiver inventée par nos ancêtres cro mignons qui nous ont légué la chanson immortelle « Mon beau sapiens, roi des ... ». Le chromosome du cadeau a réactivé le neurone financier lui-même branché sur le code génétique de la carte bleue.

                                            

Pour ma tendre épouse, le plus beau cadeau que je puisse lui faire est d'être encore vivant. Je lui évite de rejoindre les statistiques exponentielles de la multiplication des veuves sur lesquelles les interrogations pleuvent. La veuve est-elle une espèce nouvelle issue du réchauffement climatique et de la fonte des glaciers, ou bien est-elle le résultat de l'évolution darwinienne de la lignée humanoïde ? En tout cas, elle se reproduit à un âge où sa fertilité devrait laisser à désirer. La veuve sauvage a été avantageusement remplacée par la veuve d'élevage, confinée dans des cages à vieilles poules. Cependant mon immeuble reste bien pourvu de quelques veuves nées sous l'ancien régime, celui où le sel et le gras n'étaient pas bannis, de la veuve joyeuse qui peut enfin s'ébattre avec son amant sans risquer de se faire surprendre par un mari inconvenant, à la veuve un peu rance sentant le renfermé et dont la principale activité est de se plaindre.

La plainte de la veuve au fond des bois.

Elle est lancinante et revient sans cesse aux oreilles de la fille soumise ou du fils ingrat, « je suis seule et abandonnée ». Il existe de nombreuses variantes, « tu ne viens jamais me voir », « ma voisine a de la chance, ses enfants lui rendent visite». La veuve nous enterrera tous, mais elle est très malade. La plainte est maladive, « je suis très mal ».

Maison de retraite ?

A ces seuls mots, la veuve se redresse, accélère le pas, cesse de pleurnicher, va beaucoup mieux. Si la vieille veuve mettait autant d'énergie à aller bien plutôt que d'aller mal, elle se porterait comme un charme.

                                       

 

Ce soir, c'est Noël et je reçois ma fille, mon gendre et mes petits enfants.

Oui, aussi étonnant que ça puisse paraître, Piga est grand père. Qui l'aurait dit au vue de sa silhouette juvénile, de sa chevelure fauve et de sa démarche alerte ? Avec ma femme on l'a prénommée Ursula parce que c'était le jour du « u ». Si elle était née le jour du « q », on aurait tenté Quitterie. Manque de pot ce prénom ne lui a pas convenu, elle l'a laissé tomber pour Mauricette. Son mari, lui, a choisi Maurice. Pour les enfants, ils n'ont encore rien choisi, ils ont subi. Marcel et Marcelle. Au nombre de lettres, la fille a été plus gâtée.

A part ça ils sont très consommables, juste un peu trop festifs à mon goût. Ma fille a voulu un développement intellectuel épanouissant à travers une stimulation de tous les instants. Les pauvres gosses ont eu droit à tous les jouets lumineux possibles et inimaginables. Ils bronzaient, couchés dans leur berceau, sous l'effet de lampes colorées. Après une séance de rouge et bleu, ils se pointaient chez la nourrice en violet. Ils sont entrés en maternelle avec les joues turquoise. Les séances de luminothérapie avaient l’avantage d'être silencieuses.

Malheureusement, Maurice veillait.

Il les a initiés aux percussions classiques dont le célèbre concerto dit « concerto des tonneliers », en baguettes de tambour et peau de chagrin soutenu par le marteau et cerclage en fer. L'éducation s'est terminée avec le chant chorale et le décapant contre ut du Serge Lama à poil dur.

Le but a été atteint. A sept et neuf ans les enfants sont sourds et hurlent pour s'entendre, à moitie aveugles ils shootent dans tous les meubles, les plus fragiles de préférence. Mais enfin, ce sont mes petits fils et filles et je leur dois le respect, car maintenant, pauvre lecteur, l'enfant à tous les droits et aucun devoir comme le disait une institutrice de mes amies.

 

Heureusement, l'esprit de Noël veille.

Il faut dire que moi, qui ne croit pas en grand chose, je mets chaque année mes souliers sous le sapin et chaque année ma savate est pleine à craquer. Je crois au père Noël jusqu'à ce que mort s'en suive ou que ma chaussure soit vide. Mes petits enfants, eux, n'y croient plus. Il y a toujours quelqu'un de bien intentionné pour vendre la mèche. L'avantage de cette situation est de couper court à l'éternel débat : quand est-ce-que l'on ouvre les cadeaux ? Combien de Noëls gâchés par une décision précipitée ou peu appropriée ?

Combien de divorces prononcés parce que des maris pressés s'impatientaient le 24 au soir ? Combien de femmes frustrées ont fait la grève du sexe en attendant le 25 au matin ? Des millions selon les organisateurs, des dizaines selon la police. Trop de toute évidence.

Aujourd'hui plus de discussion, les enfants sont grands, les parents aussi, donc les cadeaux seront offerts le soir du 24 décembre. Autre avantage, les enfants seront occupés à casser leurs jouets et éviteront de dégrader l'appartement sous l’œil béat des parents admiratifs, sous l’œil compréhensif de maman Piga et le sourire crispé et réprobateur de papa Piga. Rien ne se crée, rien ne se perd, sauf la claque éducative.

Comme dit plus haut, le Maurice est joyeux et dynamique surtout un soir de fête. Sa dernière idée originale : se déguiser en Père Noël et descendre par la cheminée. Bravo enchaîne Mauricette, la femme servile, applaudissements des enfants abrutis, bonne idée déclare sobrement mon épouse, quel con pense-je tout bas car on pourrait bien m'entendre. Mais l'esprit de Noël veille et voulant me fondre dans l'enthousiasme général je fais remarquer qu'il y a une cheminée dans le salon, qu'elle n'a pas servi depuis plus d'un siècle, donc le conduit est froid et que l'accès à la toiture est aisé par le grenier. Pour faciliter l’ascension du père Noël, il y a même une échelle.

Le Maurice est joyeux et aussi volontaire. Ce n'est pas la moindre de ses qualités. Il s'habille en conséquence, chaudement de préférence et rouge en évidence. Sous les encouragements de la foule en délire, il gravit peu à peu la face nord en prenant l'ascenseur. On le voit disparaître dans les combles. On le suit par la pensée, on l'imagine ouvrir le vasistas qui donne sur le toit, marcher sur la terrasse, aller à la cheminée, s'introduire dans le conduit et descendre tranquillement en s'appuyant sur les barreaux intérieurs.

Comme un seul homme dans un mouvement harmonieux de grande cohésion familiale, nous nous précipitons à l'âtre. Âtre, mon frère âtre, ne vois tu rien venir ? Je ne vois que la lune qui poudroie et la suie qui merdoie.

Pas de trace du gendre. C'est une bonne nouvelle en soi pas encore partagée par le reste de la famille.

Le temps passe et il fait faim et soif. Je laisse un guetteur près de la cheminée ce qui nous permet de nous attabler l'esprit serein. La bûche de fin de repas est l'objet de plaisanteries désopilantes en rapport avec la cheminée. Le champagne et les chants paillards clôturent cette excellente soirée avec une seule ombre au tableau, l'absence des jouets emportés on ne sait où par le père Noël.

Dernier coup d’œil rapide dans le conduit et ma fille s'en va rejoindre le flot ininterrompu des veuves. Elle emmène ses enfants, mes adorables petits enfants et me fait promettre de regarder de temps en temps si rien ne tombe dans la cheminée.

 

L'année suivante, les mêmes causes produisant les même effets, nous nous retrouvons, le 24 décembre au soir, devant la Sainte table décorée d’huîtres et autres fruits de mer. L'ombre de mon gendre disparu plane sur le foyer mais ne nous coupe pas l’appétit.

A la fenêtre, à minuit, le ciel s'illumine d'une étoile filante. Elle se rapproche. C'est le père Noël. Les enfants se précipitent, ma femme et ma fille écrasent

une larme. Je reste calme car je sais depuis toujours que le père Noël existe. Flottant dans l'air les rennes tirent un chariot rouge conduit par...une mère Noël sculptée dans le moule qui a servit pour Monica Bellucci. A côté d'elle un père Noël, mon gendre, enlace la belle grognasse et nous fait un doigt d'honneur.

 

 

 

C'ETAIT NOËL...
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